Assurance : moins accessible et plus coûteuse

Par La rédaction | 6 November 2025 | Last updated on 5 November 2025
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Une main tenant une forme de parapluie en bois au-dessus de trois formes représentant des parents et un enfant et de piles de monnaie.
sommart / iStock

La hausse des catastrophes naturelles, des cybermenaces et des tensions géopolitiques creuse l’écart entre les pertes économiques et la couverture réellement assurée, qui atteint 1 830 milliards de dollars dans le monde, selon le rapport Pathways to Protection publié en octobre 2025 par la Global Federation of Insurance Associations (GFIA). Une part croissante des risques auxquels font face les ménages et les entreprises demeure ainsi sans filet de protection

L’inflation persistante, la hausse du coût des sinistres et la pression réglementaire pèsent sur la rentabilité des assureurs. En assurance de dommages, les primes ont bondi de 12,4 % en 2023, selon l’Organisation de coopération et de développement (OCDE), sous l’effet de la flambée des coûts de réparation et du durcissement des marchés de réassurance.

Les catastrophes naturelles ont généré à elles seules 368 G$ de pertes économiques en 2024, dont près de 40 % étaient assurées. À cela s’ajoute l’explosion des cyberrisques : les paiements de rançons ont doublé entre 2022 et 2023 pour dépasser le milliard de dollars. Près de neuf entreprises sur dix se disent encore « insuffisamment protégées », faute de solutions abordables et de données suffisantes pour modéliser les risques.

Ces évolutions pèsent sur les particuliers, les entreprises et les assureurs, confrontés à des risques plus difficiles à évaluer et à des marchés de réassurance plus coûteux, indique le rapport.

RÉINVENTER L’ASSURANCE DE PERSONNES

La transformation la plus importante du secteur se joue du côté de l’assurance de personnes. Selon la GFIA, la « pénétration de l’assurance vie, définie comme le rapport entre le volume des primes et le PIB, stagne, voire régresse sur de nombreux marchés depuis le début des années 2000, en partie à cause des taux d’intérêt extrêmement bas qui ont affaibli les produits d’épargne et de rente. »

Les changements démographiques amplifient la tendance : vieillissement de la population, familles plus petites, recul de la natalité. Ces facteurs réduisent la base d’assurés à faible risque et modifient la demande. En parallèle, la volatilité des marchés et la réduction des incitations fiscales freinent l’épargne à long terme.

RENDRE L’ASSURANCE PLUS ABORDABLE

D’autres facteurs alourdissent les primes, notamment en assurance de dommage : le coût des réparations et la fiscalité. Dans certains pays, les taxes représentent jusqu’à 30 % du prix d’une assurance habitation, indique le rapport.

Pour alléger la facture, la GFIA suggère de supprimer les taxes sur les primes, d’ouvrir les marchés de réassurance et de recourir à la tarification fondée sur le risque en offrant des réductions aux assurés qui investissent dans la prévention.

Toutefois, ces mesures ne suffiront pas, sans des programmes pour favoriser la prévention et la concurrence, prévient l’organisation. Elle souligne que certaines politiques, même bien intentionnées, peuvent aggraver les déséquilibres (tarifs plafonnés, subventions mal calibrées) en rendant certains produits intenables sur le plan économique.

RÉGLEMENTATION EN HAUSSE

La GFIA évoque aussi un environnement réglementaire de plus en plus complexe, « orienté vers la protection des consommateurs et des résultats positifs », mais susceptible de « générer des frictions opérationnelles et des coûts supplémentaires ».

Selon l’organisation, « les efforts visant à moderniser les modèles d’assurance pour répondre à l’innovation et aux nouveaux risques peuvent involontairement nuire à l’accessibilité et faire grimper encore davantage les primes, surtout lorsque les exigences réglementaires dépassent leurs bénéfices concrets. »

Ce contexte pousse les assureurs à revoir leur modèle et à offrir davantage de produits personnalisés, de prévention santé et de gestion du risque à long terme. L’objectif n’est plus seulement de couvrir un sinistre, mais d’accompagner l’assuré tout au long de son parcours de vie.

LA CONFIANCE : UN MAILLON FAIBLE

Au-delà des facteurs financiers, la GFIA identifie trois défis : la littératie financière, la perception du risque et, surtout, la baisse de confiance. « Les assureurs continuent de faire face à un déficit de confiance, surtout auprès des consommateurs qui les perçoivent davantage comme axés sur le profit que sur le service à la clientèle », note le rapport.

Cette méfiance s’explique aussi par le fait que, dans de nombreux pays, les particuliers s’attendent à ce que l’État indemnise automatiquement les pertes après une catastrophe, ce qui réduit l’intérêt pour la couverture privée.

UN SECTEUR EN TRANSFORMATION

Malgré ces défis, le secteur s’adapte. « Certains risques ne sont peut-être plus assurables selon les conditions antérieures, mais le secteur s’adapte activement et innove pour répondre aux besoins émergents », signale la GFIA.

Les technologies numériques, la collecte de données et les objets connectés offrent des perspectives pour personnaliser les produits, mieux comprendre les comportements des consommateurs et encourager la prévention.

La télémédecine et les services virtuels, désormais inclus dans plusieurs régimes d’assurance collective canadiens, permettent de réduire les coûts et d’améliorer les soins. En Europe, les tableaux de bord de retraite aident les citoyens à visualiser leurs droits et à mieux planifier leur épargne.

Ces innovations traduisent un changement de paradigme : l’assurance de personnes devient un outil de gestion active du risque, non plus un simple mécanisme d’indemnisation, signale la GFIA.

DES INITIATIVES POUR ACCROÎTRE LA LITTÉRATIE FINANCIÈRE

Dans plusieurs marchés, des campagnes d’éducation financière visent déjà à inverser la tendance. Au Japon, des modules sur la gestion du risque et la retraite ont été intégrés dans les programmes scolaires. En Grèce, la campagne « Why Insure Myself » vulgarise les principes de l’assurance.

Au Brésil, des programmes proposent des microassurances santé, vie ou funérailles, simples et abordables, aux habitants des quartiers populaires. En parallèle, certains assureurs misent sur les applications mobiles et les partenariats avec les entreprises technologiques financières (fintechs) pour toucher de nouveaux publics. Les autorités, de leur côté, sont invitées à assouplir les cadres de test pour accélérer l’innovation.

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La rédaction