L’assurance, un nouveau terrain de jeu pour les fonds privés

Par La rédaction | 5 November 2024 | Last updated on 4 November 2024
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Un parapluie multicolore sous la pluie.
Romolo Tavani / AdobeStock

Alors que le secteur mondial du capital-investissement connaît une contraction significative, avec une baisse de 21 % des volumes et de 24 % de la valeur des transactions en 2023, le secteur de l’assurance fait figure d’exception. Les investissements privés dans ce domaine ont bondi de 20 milliards de dollars (G$) en 2022-2023 à 27 G$ en 2024, marquant un regain d’intérêt notable des investisseurs, indique une nouvelle analyse de McKinsey.

Cette dynamique s’explique notamment par trois axes majeurs de développement. Le courtage commercial reste le segment le plus attractif, avec une présence marquée des acteurs du marché des souscriptions privées qui représentent désormais 39 % des revenus des dix premières entreprises en France, 37 % au Royaume-Uni et 34 % aux États-Unis. Les services de sinistres émergent comme une nouvelle frontière d’investissement, tandis que les logiciels d’assurance attirent l’attention des investisseurs, particulièrement dans le contexte de l’essor de l’intelligence artificielle.

« La distribution d’assurance, particulièrement dans les lignes commerciales, s’est révélée être le sous-segment le plus résilient au sein du large spectre des investissements dans les services financiers », note le rapport, et ce malgré l’impact de la hausse des taux d’intérêt sur le financement par la dette.

La consolidation du marché se poursuit, mais avec une approche plus sophistiquée. Les investisseurs ne se contentent plus d’une simple stratégie de regroupement, mais cherchent à créer de véritables plateformes intégrées. Cette évolution s’accompagne d’une expansion vers des segments adjacents, incluant les grossistes, le courtage de retraite d’entreprise et le courtage de détail.

Dans le domaine des services de sinistres, une tendance à l’intégration mondiale se dessine, bien que les plateformes véritablement internationales restent rares. Les États-Unis et le Royaume-Uni mènent la danse, particulièrement dans le segment des administrateurs tiers, tandis que l’Europe continue de présenter des opportunités de développement.

L’innovation technologique constitue le troisième pilier de cette dynamique d’investissement. La demande croissante de solutions technologiques avancées, notamment dans l’analyse de données et l’intelligence artificielle générative, ouvre de nouvelles perspectives pour les investisseurs. Les solutions visant à améliorer le ratio de sinistralité et à optimiser les processus de souscription attirent particulièrement l’attention.

LES TROIS PILIERS DE LA CRÉATION DE VALEUR

Face à ce nouveau contexte, les fonds de capital-investissement doivent repenser leurs stratégies. L’analyse de McKinsey portant sur plus de 100 fonds révèle que ceux qui se concentrent sur la création de valeur opérationnelle obtiennent des taux de rentabilité interne (TRI) supérieurs de deux à trois points de pourcentage par rapport à leurs pairs. Trois axes stratégiques émergent comme essentiels pour réussir dans ce secteur.

Premier axe : la recherche méticuleuse de la croissance organique devient primordiale. « À mesure que le vent favorable de l’environnement actuel des taux d’intérêt s’estompe, des sorties réussies à des multiples plus élevés nécessiteront que les entreprises démontrent leur capacité à croître organiquement », soulignent les experts. Cette croissance passe notamment par l’exploitation fine des données et analyses pour identifier les segments les plus rentables et les opportunités de marché sous-exploitées.

Deuxième axe : l’exploitation des nouvelles technologies, particulièrement l’intelligence artificielle (IA), s’impose comme un levier majeur. Selon les estimations de McKinsey, l’IA générative pourrait générer entre 50 et 70 G$ de revenus dans l’industrie de l’assurance. Une enquête menée en février 2024 auprès de plus de 50 assureurs révèle que plus de la moitié d’entre eux anticipent des gains de productivité de 10 % à 20 % grâce à cette technologie, ainsi qu’une croissance des primes de 1,5 à 3,0 points de pourcentage.

Troisième axe : la gestion des talents devient critique dans un contexte de pénurie. En 2022, les postes vacants dans l’industrie ont augmenté de 74 % sur un an, avec des taux d’attrition atteignant 18 % pour certaines entreprises leaders au Royaume-Uni. Cette situation est d’autant plus préoccupante que le départ des professionnels expérimentés menace la continuité des relations clients et l’expertise interne.

« Ces dernières années, le talent est apparu comme un facteur critique dans la création de valeur pour les compagnies d’assurance dans la souscription, la distribution des sinistres et la technologie », note le rapport. Les récents changements dans la législation américaine sur les clauses de non-concurrence pourraient toutefois offrir de nouvelles opportunités aux entreprises proposant des forfaits attractifs allant au-delà de la simple rémunération.

Cette évolution marque un tournant stratégique pour le secteur. Les investisseurs et les équipes de direction doivent désormais privilégier la création de valeur opérationnelle plutôt que la simple croissance en volume. Cette approche plus nuancée, combinant innovation technologique, gestion des talents et croissance ciblée, apparaît comme la clé du succès dans un environnement de plus en plus complexe, concluent les experts.

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La rédaction