L’assurance, un pilier fiable dans la tempête

Par Alizée Calza | 14 October 2025 | Last updated on 10 October 2025
5 min read
Photo portrait de Lyne Duhaime, présidente de l'ACCAP Québec.
Crédit: Réjean Meloche

« Nous sommes un pilier sur lequel les Québécois et les Canadiens peuvent compter. Durant les tempêtes, ils peuvent compter sur notre fiabilité et notre engagement », assure Lyne Duhaime, présidente pour le Québec de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP).

L’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis a été un véritable tremblement de terre. Le monde entier a basculé, ébranlant notamment l’économie, les marchés boursiers et les entreprises. Malgré ce choc, le secteur financier canadien est demeuré solide, observe Lyne Duhaime.

Aujourd’hui, comme en 2008, le secteur de l’assurance s’appuie sur la solidité du système financier canadien pour faire face aux turbulences avec une remarquable résilience, estime la présidente de l’ACCAP Québec.

Et si l’inflation n’a pas épargné le secteur de l’assurance, celui-ci poursuit sa mission auprès des Canadiens. « Nous avons versé des sommes record en prestations », rappelle Lyne Duhaime. En effet, cette année, les assureurs vie et santé canadiens ont collectivement versé 143,3 G$ en prestations d’assurance et de retraite en 2024, soit une hausse de 12 % par rapport à 2023.

Lire également : Les assureurs vie et santé canadiens ont versé 143,3 G$ en prestations en 2024

« Je me perçois plus comme étant là pour les gens durant ces périodes difficiles », résume Lyne Duhaime.

CONSTANCE ET FLEXIBILITÉ À L’HORIZON

La présidente de l’ACCAP constate une certaine stabilité dans les attentes des clients. « Ils veulent des produits qui sont relativement abordables, de bons conseils et un service à la clientèle efficace, résume-t-elle. […] Je ne suis pas convaincue que les attentes des clients aient tellement changé dans les dernières années ou qu’elles changeront radicalement », continue-t-elle.

Évidemment, elle convient que la technologie transforme le secteur, notamment par la distribution de produits par internet. Toutefois, en assurance de personnes, le rôle du conseiller reste central. « Les clients privilégient encore le recours à un conseiller [lorsqu’il s’agit de souscrire des produits à long terme] », relève-t-elle.

Et selon elle, cela n’est pas près de changer.

TROIS PRIORITÉS POUR L’ACCAP

Interrogée sur les priorités stratégiques de l’ACCAP d’ici à 2030, Lyne Duhaime a tenu à rappeler l’importance de la flexibilité. « Nos priorités doivent être revues régulièrement, car nous nous adaptons sans cesse à des situations, explique-t-elle. Cinq ans dans notre univers, c’est une éternité ! »

Toutefois, la présidente de l’ACCAP Québec a ciblé trois chantiers majeurs qui mobilisent actuellement l’association :

1) Réduire la charge réglementaire 

Selon Lyne Duhaime, le Canada, et en particulier le Québec, fait face à une charge réglementaire particulièrement lourde. « Tous les secteurs d’activité ont besoin d’un certain encadrement, mais il faut trouver le juste équilibre entre une charge réglementaire qui protège les consommateurs et une charge réglementaire, qui freine l’innovation et nuit à la productivité », souligne-t-elle.

Elle note qu’une grande partie de cette réglementation a été mise en place après la crise financière de 2008, souvent en réponse à des besoins ponctuels, et estime qu’il est temps de revoir l’ensemble.

2) Les barrières interprovinciales 

« Dans le contexte actuel, y aurait-il des opportunités pour alléger les barrières interprovinciales ? » se questionne-t-elle estimant que celles-ci compliquent notamment la prestation de services à l’échelle du pays.

Elle aimerait ainsi que les professionnels puissent servir plus aisément des clients d’une province à l’autre grâce à une amélioration du système de reconnaissance de permis.

Dans cette optique d’harmonisation, elle aimerait également voir une reconnaissance mutuelle de la formation continue entre les provinces. Un dossier sur lequel pourrait éventuellement se pencher la nouvelle Chambre de l’Assurance.

« Évidemment, le Québec a ses spécificités, reconnaît-elle. Mais ne pourrait-on pas travailler à ce que la formation continue complétée par un conseiller, qui détient par exemple des permis dans deux provinces, soit reconnue d’une juridiction à l’autre ? »

3) La reconnaissance du rôle des MGA 

« Les MGA jouent un rôle de plus en plus important dans la distribution des produits d’assurance et nous sommes d’avis que nous avons atteint un point où il faut reconnaître leur rôle », appuie-t-elle.

Elle note que cette question est déjà étudiée de près en Ontario, une initiative que l’ACCAP supporte pleinement.

UN SOUTIEN AU MRCC3

L’ACCAP appuie pleinement le projet de phase 3 du Modèle de relation client conseiller (MRCC 3) sur lequel elle a travaillé de concert avec toutes les parties prenantes du secteur. Elle rappelle d’ailleurs que le Conseil canadien des responsables de la réglementation d’assurance (CCRRA) prévoit publier une ligne directrice finale dès l’automne, marquant une réforme en profondeur du secteur des fonds distincts, notamment par une divulgation accrue.

« Cette réforme va améliorer la transparence et sera bénéfique pour le consommateur », déclare-t-elle.

Elle qualifie cette modernisation de majeure, et souligne que, bien qu’elle implique des efforts considérables, en particulier sur le plan technologique, les assureurs et les gestionnaires de fonds communs sont déjà à pied d’œuvre pour assurer sa mise en œuvre.

« C’est un chantier important en matière d’implantation, mais nous allons y arriver. »

Malgré le travail requis, elle ne pense pas que cette réforme puisse freiner l’innovation, car il se prépare depuis longtemps. « Nous ne sommes pas pris par surprise. Cela se prépare depuis longtemps. »

DES GARDE-FOUS POUR L’IA

L’ACCAP suit de près les initiatives des régulateurs et des gouvernements entourant l’intelligence artificielle (IA).

« Nous savons que l’AMF a une ligne directrice qui est en consultation présentement sur l’IA », indique ainsi Lyne Duhaime.

Le gouvernement fédéral a également annoncé des cadres liés à l’utilisation des technologies émergentes. Bien que cela ne concerne pas spécifiquement le secteur financier, l’ACCAP y voit une occasion de bâtir un encadrement cohérent.

« L’IA se développe partout, il faut donc une approche concertée et non pas réglementer chaque secteur d’activité au cas par cas », déclare Lyne Duhaime insistant encore une fois sur l’importance d’éviter une surcharge réglementaire.

Elle rappelle toutefois que si certains usages de l’IA sont encore flous, nous ne nous trouvons pas dans un vide juridique. Certaines lois l’encadrent déjà, comme la Loi sur la protection des renseignements.

« Nous avons déjà un cadre en place. » Des ajustements peuvent être nécessaires pour l’IA, mais nous n’avons pas besoin de recréer une réglementation de zéro, résume-t-elle.

Elle recommande toutefois aux entreprises d’agir rapidement, en instaurant une gouvernance interne solide autour de l’IA. Elle cite notamment l’usage d’outils comme ChatGPT par les employés, souvent à l’insu de leurs gestionnaires.

Un enjeu crucial pour le secteur de l’assurance, où la manipulation de données personnelles est au cœur des opérations.

Abonnez-vous à nos infolettres

Alizée Calza

Alizée Calza est rédactrice en chef adjointe pour Conseiller.ca et pour Finance et Investissement.