Le BSIF prêt à « faire évoluer sa tolérance au risque »

Par Alisha Hiyate | 29 September 2025 | Last updated on 26 September 2025
4 min read
Gros plan d'un bloc sur la tour de blocs de bois, ton foncé
oatawa / AdobeStock

À un moment où les menaces géopolitiques mondiales et l’instabilité s’accentuent, Peter Routledge, surintendant des institutions financières au Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), estime qu’il y a de la place pour davantage de risque dans le système financier canadien.

Lors du sommet du Global Risk Institute (GRI) à Toronto, il a décrit le système financier comme étant résilient.

À titre de preuve, il a rappelé qu’aucune institution de dépôts sous réglementation fédérale n’a fait faillite au Canada depuis 1996, alors qu’aux États-Unis, on a recensé plus de 500 faillites. Du côté de l’assurance, il y a eu sept faillites depuis 2000 au Canada (et elles n’étaient pas toutes sous réglementation fédérale), contre 547 aux États-Unis.

« Compte tenu de ces statistiques, je crois qu’il est raisonnable de conclure que le BSIF pourrait ajuster son appétit pour le risque à l’égard des nouveaux entrants », a-t-il souligné, ajoutant que le régulateur prévoit de revoir son processus d’approbation afin de faciliter l’entrée dans le secteur bancaire « et, ce faisant, de faire évoluer notre tolérance au risque ».

Selon lui, la résilience du système financier peut également être mise à profit pour aider l’économie canadienne à s’adapter aux bouleversements économiques, technologiques et autres à l’échelle mondiale.

« Par rapport à l’économie canadienne de 3 000 milliards de dollars (G$), […] les banques canadiennes ont une capacité suffisante pour financer l’ajustement du pays à cette nouvelle ère », a-t-il affirmé.

Il a souligné que les banques d’importance systémique ont déclaré des ratios de fonds propres de catégorie 1 (CET1) moyens de 13,7 %, soit 220 points de base au-dessus du plancher réglementaire, au cours du dernier trimestre.

« En termes simples, les banques pourraient accorder près de 1 000 G$ supplémentaires en prêts ou autres formes de crédit tout en demeurant au-dessus des exigences minimales actuelles en capital », a-t-il expliqué.

Peter Routledge a également noté que les assureurs-vie canadiens ont augmenté leurs ratios de fonds propres de base d’environ 13 % au cours des six dernières années et qu’ils disposent de coussins de capital qui « peuvent être mobilisés de la même manière pour de nouveaux investissements dans l’économie canadienne ».

Récemment, le BSIF a réduit les exigences de capital sur les investissements en infrastructures des assureurs-vie afin de faciliter une hausse des dépenses.

Le mois dernier, l’organisme a aussi publié un plan de politiques révisé, décrivant les mesures prises pour s’assurer que le système financier canadien puisse « générer de meilleurs résultats en matière de croissance économique », tout en réduisant le fardeau réglementaire, conformément à l’examen fédéral sur les formalités administratives.

« Étant donné la résilience du système et la situation économique actuelle, nous pouvons commencer à envisager cette résilience comme un levier permettant à l’économie de traverser une période d’incertitude », a-t-il précisé.

Cette incertitude demeure toutefois importante. Comparant 2025 à la période suivant la fin de la guerre froide. « L’époque actuelle n’est pas moins éprouvante que cette période. », a-t-il assuré.

Les défis incluent l’instabilité géopolitique croissante, les menaces cybernétiques, les changements climatiques, les transformations économiques internes et l’innovation technologique.

« Les risques et les occasions auxquels font face les institutions financières canadiennes sont complexes et lourds de conséquences, a rappelé Peter Routledge. Le système financier canadien traverse une période de profonde incertitude. »

L’IMPÉRATIF D’INNOVATION

En conversation avec Sonia Baxendale, présidente et chef de la direction du GRI, Peter Routledge a reconnu que le BSIF avait peut-être mis en place des protections excessivement élevées depuis la crise financière.

« Sans le vouloir, nous avons érigé des murs de protection […] assez hauts, et peut-être que nous pouvons tolérer un peu plus de risque dans le système en facilitant l’entrée de nouveaux joueurs. »

Si l’entrée est plus facile, les nouvelles firmes seraient moins susceptibles de chercher à développer des modèles opérant à l’extérieur du système réglementé, a-t-il soutenu.

Le Canada est également confronté à la concurrence posée par les développements américains sur les cryptomonnaies stables. La récente adoption du GENIUS Act, qui a bénéficié d’un appui bipartite aux États-Unis, permettra des avancées significatives sur les stablecoins et les dépôts tokenisés.

« Cette innovation me semble inévitable », a-t-il affirmé, ajoutant que le rôle du BSIF est à la fois de s’y préparer et de ne pas l’entraver.

« Nous ne devrions pas être un obstacle à l’innovation dans notre système, car je crois qu’un Canada qui prend du retard dans l’innovation financière sera un Canada confronté à davantage de défis, tant dans son système financier que dans l’économie au sens large », a-t-il dit.

Peter Routledge a également abordé le mandat élargi du BSIF. En plus de s’assurer que les institutions qu’il réglemente soient en bonne santé financière, le gouvernement fédéral lui a confié en 2023 la responsabilité de veiller à ce que ces institutions disposent de protections contre les menaces à l’intégrité et à la sécurité, notamment l’ingérence étrangère. Le BSIF a créé à cette fin une nouvelle unité d’environ 50 personnes.

Abonnez-vous à nos infolettres

Alisha Hiyate

Alisha Hiyate est rédactrice en chef d’Investment Executive et d’Advisor.ca. Elle a 19 ans d’expérience dans le journalisme et couvre l’industrie minière et les marchés. Envoyez-lui un courriel à l’adresse alisha.h@newcom.ca.