L’incertitude mondiale, un frein pour les fusions et acquisitions

Par Kevin Press | 20 May 2025 | Last updated on 16 May 2025
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Deux personnes que l'on voit derrière une vitre se serrant la main. Sur la vitre, on voit un reflet de ville.
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Les pratiques canadiennes en matière de conseil financier s’ajoutent désormais à la liste des secteurs impactés par la guerre commerciale mondiale lancée par le président américain Donald Trump. Cette année, les attentes élevées des analystes concernant les fusions et acquisitions (F&A) ne se sont réalisées qu’en partie, freinées par la volatilité des marchés financiers et la réticence des acheteurs potentiels à prendre des risques.

« C’est une discussion que tout le monde a, au Canada et dans le monde : “est-ce le bon moment pour mettre du capital à risque ?”, rapporte Michael Morrow, directeur général, leader national, fusions et acquisitions et marchés des capitaux chez BDO Canada. Je ne pense pas qu’une équipe de direction ou un conseil d’administration se fasse réprimander pour avoir attendu que l’incertitude se dissipe. »

L’annonce, le mois dernier, de l’achat par Purpose Unlimited de Steadyhand Investment Management et de Steadyhand Investment Funds a été plus une exception qu’une règle depuis le début de l’année.

Michael Morrow observe une certaine activité dans le secteur de l’assurance de personnes, notamment de la part de consolidateurs stratégiques, de sociétés de capital-investissement et d’acteurs du marché intermédiaire. Mais les transactions sont modestes. Les mégatransactions de plus de 100 millions de dollars sont « plus difficiles à réaliser dans cet environnement, car de nombreuses parties prenantes sont impliquées », dit-il.

Par rapport au premier trimestre 2024, le volume des transactions d’assurance de personnes en Amérique du Nord est en baisse de 27 % au premier trimestre 2025, selon BDO Canada.

Les valorisations restent solides, oscillant entre 5 et 6,5 fois le chiffre d’affaires. Lorsqu’elles sont exprimées en multiple de l’EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement), les pratiques se négocient entre 15 et 22 fois. Ce sont là des niveaux « proches de records », selon Michael Morrow.

L’attrait de cette activité réside dans le fait qu’elle est à l’abri de la récession — le besoin d’assurance ne change pas en période de ralentissement économique.

Les entreprises qui vendent beaucoup de polices d’assurance permanente à des fins de planification successorale voient leurs cycles de vente s’allonger, rapporte Joe Millott, directeur et fondateur d’Acquatio, une entreprise qui conseille les conseillers en matière de fusions et d’acquisitions, dans une réponse envoyée par courriel.

« Ces transactions sont souvent perçues comme des dépenses en partie discrétionnaires et sont sensibles à un climat d’incertitude plus large — notamment les récentes discussions sur les tarifs douaniers, explique-t-il. Bien que les cabinets de conseil disposent encore d’un bon carnet de commandes, les clients prennent davantage de temps à s’engager, ce qui retarde la reconnaissance des revenus. Ce ralentissement pourrait également expliquer pourquoi moins d’entreprises de ce secteur arrivent actuellement sur le marché. »

LES GESTIONNAIRES DE PATRIMOINE EN ATTENTE

La gestion de patrimoine est moins attrayante en raison de la volatilité des marchés financiers provoquée par Washington. Cela a un impact sur les niveaux d’actifs et les frais d’investissement. Les acheteurs qui ont une vision à long terme continuent de voir de la valeur dans le secteur de la gestion de patrimoine au Canada, mais beaucoup d’entre eux sont sur la touche pour le moment.

BDO Canada rapporte que le volume des transactions en Amérique du Nord est resté stable au premier trimestre 2025, par rapport au premier trimestre de l’année dernière. Les valorisations ont légèrement baissé dans le segment du patrimoine, mais pas de façon spectaculaire.

« Les valorisations ont diminué par rapport aux sommets de l’ère de la [politique de taux d’intérêt zéro], constate Joe Millot. Nous avons vu des multiples de 15 à 17 fois l’EBITDA, mais ils se sont depuis rapprochés de 10 à 15 fois, reflétant le nouvel environnement de taux d’intérêt. »

L’ironie dans tout cela, c’est que les deux derniers mois ont poussé plus d’un conseiller à jeter l’éponge. Selon Michael Morrow, des années pourraient s’écouler avant que le marché ne revienne à un niveau plus équilibré.

« Les clients avec lesquels nous discutons depuis plusieurs années nous ont dit qu’ils prenaient maintenant la décision d’aller de l’avant avec le processus de vente », déclare-t-il.

D’autres sont en attente. « Les marchés étant toujours volatils, ils souhaitent laisser les tendances [des actifs sous gestion] se stabiliser et donner une image de croissance plus forte aux acheteurs potentiels », constate Joe Millott.

Depuis le début de l’année, les acheteurs internationaux ont fortement diminué, selon Michael Morrow. La demande des entreprises américaines est restée plus ferme.

« Le taux de change est certainement attractif pour les investissements à ce stade du cycle, estime-t-il. Je pense qu’elles ont toujours confiance dans le marché canadien. »

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Kevin Press

Kevin Press est directeur éditorial de Advisor.ca. Il est joignable à l’adresse kevin@newcom.ca.