Investissement Québec aidera les entreprises à se tourner vers d’autres marchés

Par La Presse Canadienne | 21 February 2025 | Last updated on 20 February 2025
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Drapeaux canadiens et américains dans les montagnes
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Investissement Québec (IQ) pourrait venir en aide aux entreprises frappées par d’éventuels tarifs. Dans tous les cas, le bras financier du gouvernement québécois veut aider les entrepreneurs à se tourner vers d’autres marchés. 

Les menaces du président américain, Donald Trump, ont mis bon nombre de propriétaires d’entreprises sur le qui-vive, constate la présidente-directrice générale d’IQ, Bicha Ngo. 

Le marché américain recevait 74 % des exportations internationales de l’économie québécoise en 2023. En tenant compte des exportations vers les autres provinces canadiennes, les États-Unis représentent près de la moitié des ventes de biens hors Québec. 

« C’est sûr que ce qui fait mal en ce moment, c’est l’incertitude, souligne-t-elle en entrevue. On ne sait pas s’il y a des tarifs. On ne sait pas la hauteur de ces tarifs-là. Dans quel secteur ? La durée. Et c’est très difficile de miser sur des projets de croissance si on n’a pas une certaine stabilité. »

Elle se dit « enchantée » de voir plusieurs entrepreneurs élaborer des scénarios pour s’adapter si « le pire des cas » venait à se concrétiser. Les entreprises auront toutefois besoin de temps pour s’ajuster. « C’est là où la flexibilité de nos instruments financiers vient en jeu aussi. »

La société d’État avait déployé des aides financières durant la pandémie et elle serait disposée à le refaire advenant une guerre tarifaire. 

Le coup de pouce pourrait prendre la forme d’un moratoire sur les paiements des dettes de certaines entreprises en portefeuille « qui allaient bien avant les tarifs », le temps que leurs dirigeants révisent leurs stratégies, précise Mme Ngo. 

« Si jamais il y a des tarifs qui entrent en vigueur, des entreprises, à court terme, vont avoir des enjeux de liquidités », prévient-elle.

UN NOUVEAU PROGRAMME

Que M. Trump mette à exécution ses menaces ou non, IQ veut aider les entreprises québécoises à trouver d’autres débouchés, que ce soit à l’international ou dans les autres provinces canadiennes. 

La société d’État lance ainsi le programme Panorama. En plus d’un accompagnement, certaines entreprises pourraient être admissibles à un soutien financier pouvant aller de 250 000 $ à 1 million $ avec un moratoire sur le remboursement du capital qui pourrait aller jusqu’à 24 mois. 

Le financement aiderait les entreprises à lancer des projets d’exportations. « Que ce soit ouvrir un bureau à l’étranger, recruter un représentant à l’étranger, des frais de déplacement, de marketing, de promotion », donne en exemple Mme Ngo. 

Elle souligne que les deux tiers des équipes d’IQ consacrent leur temps aux projets liés aux exportations hors États-Unis, soit vers d’autres pays ou provinces canadiennes.

Jusqu’à maintenant, le Québec n’a pas su profiter pleinement de l’accord de libre-échange conclu avec l’Union européenne en 2017, constate Mme Ngo. 

« Nos exportations, du Québec vers l’Union européenne, ont augmenté de 15 % depuis 2017. Or, les importations, qui viennent de l’Union européenne vers le Québec, ont augmenté de 55 %. Donc, on ne profite pas de cet accord-là », déplore-t-elle.

LES ÉTATS-UNIS RESTENT INCONTOURNABLES

Malgré les vents contraires, le marché américain demeure un incontournable par sa proximité géographique et par la taille de son économie, admet Mme Ngo. 

IQ continuera de soutenir les entrepreneurs qui ont des projets aux États-Unis, si le plan d’affaires est bon. « Si elles ont un avantage de continuer à exporter aux États-Unis, on ne va pas les retenir, répond la PDG de la société d’État. Mais, en même temps, s’il y a des tarifs là-dessus, il faut drôlement que tes marges soient très élevées pour pouvoir mitiger l’impact des tarifs. »

Elle ajoute que plusieurs facteurs peuvent entrer en compte et que la dépréciation du dollar canadien pourrait procurer un avantage financier pour certains exportateurs. 

Pour éviter les tarifs, des entrepreneurs songent à délocaliser certaines activités aux États-Unis. IQ va tenter d’éviter ce scénario, mais Mme Ngo ne ferme pas complètement la porte à soutenir ponctuellement certains projets.

« On parlait à une entreprise, par exemple, qui a décidé de mettre un centre de transfert aux États-Unis pour transférer certaines de ses activités, répond-elle. Si elle fait ça, ça lui permet d’être quand même plus solide et de passer à travers. Ça, on ne va pas l’arrêter. On va quand même continuer à la soutenir.

« Ce qu’on essaie, c’est de trouver des moyens pour qu’elles (les entreprises) restent au Québec, qu’elles continuent à investir au Québec », insiste Mme Ngo.

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