La moitié des employeurs veulent moins de télétravail

Par La rédaction | 10 October 2024 | Last updated on 9 October 2024
4 min read
Un homme d'affaire faisant du télétravail, mais prenant une pause avec un café.
Inside Creative House / iStock

Si la plupart des employés ont goûté au télétravail pendant la pandémie, nombre d’entre eux ne sont pas prêts à abandonner cette formule, au grand dépit des employeurs.

En effet, les travailleurs, particulièrement ceux qui sont parents ou proches aidants, apprécient la flexibilité du télétravail. Mais un employeur sur deux souhaiterait une plus grande présence des employés sur les lieux de travail, révèle le sondage annuel sur la conciliation famille-travail réalisé par Léger pour le compte de Concilivi.

Ce sondage, initiative du Réseau pour un Québec Famille (RPQF), montre que 58 % des parents travaillent en mode hybride. Mais parmi ceux-ci, 46 % déplorent qu’au cours de la dernière année, leur employeur a resserré sa politique de télétravail afin de favoriser une plus grande présence au bureau. Ainsi 22 % sont obligés de travailler davantage en présentiel et un autre 24 % précisent que plus de jours en présentiel sont souhaités par l’employeur, sans que cela fasse l’objet d’une obligation stricte.

Pourtant, 61 % des sondés sont convaincus d’être davantage efficaces chez eux qu’au bureau. Une impression encore plus élevée chez les femmes (68 %) que chez les hommes (54 %).



« Le télétravail permet une plus grande flexibilité dans la gestion des tâches et de l’horaire et cela se répercute dans le sentiment de performance au travail, analyse la professeure Diane-Gabrielle Tremblay, qui collabore à la réalisation de l’étude annuelle. D’ailleurs, la formule hybride est fortement appréciée, soit par 85 % des répondant(e)s au sondage, et 79 % sont d’avis qu’elle facilite la conciliation famille-travail. Par contre, les employeurs tentent toutefois de ramener les employés au bureau, en affirmant que la créativité et la performance sont meilleures au bureau qu’à distance ou avec des rencontres en ligne. »

LES REVERS DU TÉLÉTRAVAIL

Toutefois, le télétravail ne vient pas qu’avec des avantages. Ainsi, la majorité des répondants (52 %) affirment que ce mode de travail rend la déconnexion plus difficile. De plus, 49 % assurent ressentir un moins grand soutien de leurs collègues par rapport à leurs besoins de conciliation famille-travail lorsqu’ils travaillent de chez eux.

Sans compter que plusieurs ressentent que le télétravail :

  • les exclut de certains réseaux de décision (45 %) ;
  • a un effet négatif sur leur carrière en raison d’une présence et d’une visibilité moindres (39 %).

« Les réseaux informels d’influence et de pouvoir au sein des milieux de travail ont peut-être traditionnellement favorisé davantage les hommes, tandis que les femmes conservent une plus grande charge mentale envers les responsabilités familiales et domestiques. Cela peut contribuer à expliquer cette différence de genre dans la perception des avantages et des inconvénients du télétravail », avance Diane-Gabrielle Tremblay.

CONCILIATION TRAVAIL-FAMILLE

Le sondage montre qu’il semble devenir de plus en plus complexe de concilier travail et vie familiale. Ainsi, 43 % des sondés estiment que cette conciliation est problématique contre 39 % l’an passé et 33 % en 2022. On constate donc un bond de dix points de pourcentage en deux ans.

Le sondage révèle également que certaines mesures de conciliation entre la vie familiale et le travail, notamment celles nécessitant une flexibilité dans l’organisation du travail, comme le choix des vacances, les congés pour responsabilités familiales, la récupération de temps accumulé ou le fractionnement des congés, ont diminué.

Parmi les raisons évoquées, la volonté de se conformer aux attentes du milieu professionnel a notablement augmenté, passant de 9 % à 15 %.

Le sondage met également en évidence les défis spécifiques auxquels font face les personnes qui assument des responsabilités de proche aidant, notamment lorsqu’elles ont des enfants mineurs. Parmi ces individus, 53 % signalent que la conciliation de ces deux rôles est difficile pour eux.

« Les politiques de conciliation famille-travail sont généralement conçues pour répondre aux besoins des parents et la réalité des personnes proches aidantes en entreprise est souvent mal comprise, ce qui peut contribuer à un sentiment de stigmatisation de leur part », affirme Corinne Vachon Croteau, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille.

Plus grave, 39 % des proches aidants craignent des impacts négatifs sur leur carrière s’ils demandent des congés ou des aménagements. Ainsi, 38 % disent éviter de révéler leur situation à leur employeur par crainte de jugements ou de perte d’opportunités au travail.

« Il est préoccupant de constater qu’un si grand nombre de personnes proches aidantes n’osent pas parler de leur réalité à leur employeur. Cela démontre à quel point il s’agit d’un tabou qui n’a pourtant pas sa raison d’être. Avec le vieillissement de la population, il devient impératif de mettre en place des mesures concrètes pour soutenir les personnes proches aidantes. La sensibilisation des employeurs à leurs besoins et à la diversité des situations de proche aidance constitue le prochain défi de la conciliation famille-travail », précise la directrice générale.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction