La santé mentale : une responsabilité partagée

Par La rédaction | 19 September 2024 | Last updated on 18 September 2024
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Trois cube en bois représentant trois émotions. Une main choisit celui affichant un sourire.
Inna Kot / iStock

La santé mentale est au centre des réflexions, en particulier en raison du stress élevé sur le lieu de travail. La charge de travail est toujours plus lourde et les travailleurs peinent à équilibrer vie professionnelle et vie personnelle. Fournir un soutien adéquat en matière de santé mentale pourrait être une solution efficace à de nombreux problèmes, selon une baladodiffusion de Beneva.

Parmi les problèmes actuels, on peut citer les défis de recrutement de personnel. Elizabeth Kate Gauthier, conseillère en santé organisationnelle chez Beneva, rapporte que le Conseil du patronat du Québec mentionne, entre autres, que 94 % des entreprises sont aux prises avec ce défi. Selon elle, ce manque de personnel s’explique en grande partie par l’épuisement des travailleurs. 

Elle estime que si les employeurs mettaient en place des initiatives en santé mieux-être, cela pourrait aider à résoudre ce manque de travailleurs. Sans compter qu’en investissant dans la santé mentale, les employeurs et entreprises vont investir dans leur marque employeur ce qui les aidera à dénicher de nouveaux talents.

Évidemment cela améliorerait également la rétention du personnel déjà en place et ferait diminuer drastiquement le nombre de congés maladie de durée indéterminée.

« Les personnes qui sont déjà en place, qui ont déjà une bonne santé mentale, et qui sont en mesure de travailler et de s’accomplir dans leur travail, vont vouloir continuer à travailler pour leur employeur », souligne-t-elle.

UNE RÉFLEXION MONDIALE

Le soutien à la santé mentale est loin d’être une préoccupation uniquement canadienne. Simon Coulombe, titulaire de la Chaire de recherche Relief en santé mentale, le prouve par ses recherches. Son travail est ainsi « d’aller comprendre ce qui se fait à travers le monde, quelles sont les meilleures recherches, les meilleurs travaux qui peuvent nous inspirer pour encore mieux comprendre les enjeux de santé mentale au travail et les bonnes pratiques pour intervenir en prévention des difficultés de santé mentale ou en promotion », comme lui-même le décrit.

Sa recherche prouve bien qu’il s’agit d’un enjeu mondial. Il s’est notamment penché sur la question des aires ouvertes versus les bureaux de travail fermés et son impact sur la santé mentale. Si le résultat de cette étude est mitigé, il rapporte que « ce qui ressort beaucoup des travaux sur le sujet puis des consultations qu’on a faites, c’est que les gens veulent participer, ils veulent avoir leur mot à dire ».

« Le sentiment de contrôle ou de compétence, c’est un des trois besoins fondamentaux que les études montrent systématiquement comme étant reliés au bien-être et à la santé mentale », ajoute-t-il.

Catherine Duranceau, animatrice de la baladodiffusion, souligne que le sens du travail — c’est-à-dire comprendre pourquoi on travaille pour une entreprise et quel est le but de notre travail — est également crucial pour la santé mentale.

« Ce dont on se rend compte [c’est que] peu importe le type d’emploi qu’ils occupent, on dirait qu’il y a des personnes qui arrivent à trouver un sens puis à trouver une certaine joie », confirme Simon Coulombe.

INSTAURER DE MEILLEURES PRATIQUES AU TRAVAIL

Ce point dépend autant des entreprises que des employés, souligne Elizabeth Kate Gauthier.

Du point de vue des entreprises, il faut « s’assurer que ce qu’on peut identifier comme étant des facteurs de risque à la santé mentale deviennent plutôt des facteurs de protection ».

La clé est de choisir d’établir une culture axée sur la santé, en intégrant le bien-être physique, psychologique et mental à tous les niveaux de l’entreprise. Il faut donc que la haute direction soit en accord avec ce concept et qu’elle soit une ambassadrice de la santé pour que tout le monde y croie. 

« On commence par instaurer des politiques en santé, mieux-être, que ce soit une politique sur la civilité, sur la prévention du harcèlement, la prévention de toutes les formes de violence, pour vraiment mettre une base de sécurité psychologique pour les employés. »

Ensuite, il est bon d’aller vers les employés. Comme mentionné précédemment, le sentiment d’implication est essentiel pour la santé mentale. Les employés doivent se sentir maîtres de leur propre bien-être. Il est important de leur demander ce qu’ils ont apprécié ou moins aimé dans les mesures mises en place, de recueillir leurs idées pour améliorer ces initiatives, et de les consulter sur leurs besoins.

UNE TÂCHE AUSSI POUR LES EMPLOYÉS

Si les employeurs doivent en faire davantage en mesure de santé mentale, les employés ont également leur chemin à faire. Ils doivent apprendre à mieux écouter leurs besoins, car leurs actions peuvent entraîner des répercussions négatives sur leurs collègues et sur l’entreprise. Par exemple, le « présentéisme » — où un employé se rend au travail malgré des problèmes de santé physique ou psychologique — peut entraîner une diminution de l’efficacité et de la concentration, augmentant ainsi le risque d’accidents de travail.

Il est essentiel que tant les employés que les gestionnaires restent attentifs aux signes de fatigue. Par exemple, des signes comme une apparence plus fatiguée, un manque de courtoisie ou des comportements plus irritables peuvent indiquer des problèmes de fatigue.

Elizabeth Kate Gauthier estime que les « employeurs ont un très grand rôle à jouer là-dedans », notamment en outillant les gestionnaires « pour qu’ils soient à l’affût des petits signes avant-coureurs de modification de comportements chez les gens ».

En établissant une culture axée sur la santé mentale, employeurs, gestionnaires et employés seront tous plus attentifs aux signes de détresse et veilleront à la santé mentale de leurs collègues ainsi qu’à la leur.

« Le fait d’investir dans la santé mentale va avoir vraiment plusieurs répercussions qui sont très, très positives pour les employeurs et pour les employés », conclut Elizabeth Kate Gauthier.

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La rédaction