IA, entre productivité et défis

Par Brigitte Lespérance | 9 June 2025 | Last updated on 5 June 2025
4 min read
Un analyste de données utilisant la technologie AI pour l’outil de travail pour l’analyse de données Chatbot Chat avec l’IA, en utilisant l’IA robot intelligent technologique, l’intelligence artificielle pour générer quelque chose.
Khanchit Khirisutchalual / iStock

Dans mon précédent billet, je vous encourageais vivement à exercer votre esprit critique et à vérifier tout et systématiquement les informations et les contenus générés par l’intelligence artificielle (IA).

 Je suis en pleine exploration et en plein apprentissage de cet univers où je peux, en quelques clics, me sentir incroyablement compétente et productive. L’IA m’ouvre des portes, accélère des processus et m’offre des capacités nouvelles et presque illimitées. Tout simplement jouissif ! Cependant, au fil de mes expérimentations, deux préoccupations, moins souvent abordées, ont émergé : deux potentiels revers de la médaille que j’aimerais partager avec vous.

1. VERS UNE ÉROSION DE NOTRE MAÎTRISE LINGUISTIQUE ?

Le premier danger que je perçois touche à notre rapport à la langue, particulièrement à l’écrit. L’IA excelle à transformer mes idées brutes en textes structurés et bien formulés. Il me suffit de lui donner quelques directives et voilà qu’un texte prend forme. Il ne s’agit après coup que de « redresser le tir », de corriger quelques tournures ou idées qui ne conviennent pas.

Cette facilité nouvelle pourrait engendrer une forme insidieuse de paresse intellectuelle. Pourquoi se forcer à affiner son vocabulaire ou sa syntaxe quand une machine peut le faire à notre place avec une efficacité redoutable et qui, de plus est, en quelques secondes ? Un fossé risque de se creuser davantage entre notre aisance à l’oral et notre capacité à produire un écrit riche et personnel. Ayant moi-même un baccalauréat en études françaises, mon entourage pourrait présumer que le niveau de langue d’un texte généré par IA et légèrement retouché reflète ma propre compétence. Ce potentiel fossé entre la perception et la réalité soulève des questions importantes.

Allons-nous assister à une acceptation sociale généralisée de l’IA comme « rédacteur fantôme » ? Si oui, est-ce que cela entraînera une baisse globale de la qualité de la communication écrite « naturelle »? Est-ce que nous allons voir surgir une standardisation des styles au détriment de l’authenticité ? Ou, à l’inverse, est-ce que l’exposition constante à des textes bien structurés (même générés par machine) pourrait tirer le niveau général vers le haut ? L’avenir nous le dira, mais la question de l’impact sur nos compétences fondamentales en communication mérite une réflexion approfondie. Perdre la nécessité de l’effort linguistique, c’est peut-être perdre une partie de notre capacité à penser de manière fine et originale…

2. LE RISQUE DE LA DÉPENSE DÉMESURÉE

Le second danger que j’entrevoie est d’ordre plus matériel : la tentation de dépenser de manière excessive. En découvrant l’éventail étourdissant des outils IA disponibles, j’ai ressenti une bouffée d’enthousiasme, un sentiment de puissance et d’autonomie incommensurables. Chaque application semble promettre de me rendre plus efficace, plus créative, meilleure dans mon travail. Que ce soit pour générer du texte (souvent avec des crédits supplémentaires, comme Gemini, ChatGPT, Copilot, pour rencontrer mes besoins toujours de plus en plus grands), créer des présentations époustouflantes (avec Gamma.app par exemple), automatiser la gestion de mes réseaux sociaux ou même répondre à mes messages, l’offre est surabondante et alléchante !

Ce sentiment de productivité accrue est puissant, presque addictif. Il me serait facile de me laisser entraîner dans une spirale d’abonnements et d’achats de crédits. « Juste un petit plus pour améliorer ce texte », « juste cet abonnement pour des mises en page parfaites »… C’est un peu comme une machine à sous high-tech : chaque investissement semble promettre un gain de temps ou de qualité, m’incitant à continuer.

L’augmentation de la productivité est indéniable et ces outils représentent une aide précieuse. Mais pour plusieurs, qui se décrivent volontiers comme « workaholic », cette facilité décuplée pose question. Où se situe la limite ? Est-ce que cette capacité à en faire encore plus, plus vite, surtout si vous vous définissez comme un ou une workaholic, ne risque pas de brouiller davantage les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle ? Et sur le plan financier, l’accumulation de ces micro-dépenses ou abonnements mensuels peut rapidement représenter un budget conséquent, parfois sans que le retour sur investissement soit si évident que ça une fois l’excitation initiale retombée. Vers où cette course à l’outil et à la productivité absolue nous mènera-t-elle ?

CONCLUSION : NAVIGUER AVEC CONSCIENCE

L’intelligence artificielle est sans conteste une révolution technologique aux possibilités immenses. Et au risque de me répéter, elle est là pour rester. Mais comme tout outil puissant, elle demande à être utilisée avec discernement. Au-delà de la nécessaire vérification des contenus que j’encourage fortement, je vous invite aussi à être attentifs à l’impact qu’elle a sur vos propres compétences, notamment linguistiques, et sur vos habitudes de consommation et de travail. La facilité ne doit pas devenir un prétexte à la paresse intellectuelle et la quête de productivité ne doit pas non plus vous entraîner dans une spirale de dépenses incontrôlées. Gardez votre esprit critique affûté, non seulement face à la machine, mais aussi face à vos propres réactions et à l’attrait qu’elle peut exercer sur vous. C’est en naviguant avec conscience dans ce nouvel univers que vous pourrez véritablement en exploiter le potentiel, sans en subir les revers insidieux !

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Brigitte Lespérance

Brigitte Lespérance est une leader à l’écoute des gens et des besoins, convaincue que l’impact positif d’une organisation sur les individus et la société est primordial. En tant qu’ancienne vice-présidente stratégie et développement dans une firme conseil, elle a dirigé des mandats de planification stratégique avec rigueur et écoute. Elle a également travaillé dans des environnements complexes tels que l’enseignement supérieur et le réseau de la santé, où elle a géré une grande transformation. Son approche de leadership repose sur l’inspiration, l’engagement et la bienveillance, visant à créer un environnement collaboratif et respectueux, tout en mobilisant les équipes autour d’objectifs communs.