Leadership féminin, vraiment ?

Par Brigitte Lespérance | 9 September 2024 | Last updated on 11 November 2024
4 min read
Gens d’affaires, informatique et analytique surveillant les statistiques de l’entreprise de graphique ou de graphique à l’écran au bureau. Femmes employées dans la collaboration de travail d’équipe en regardant des données d’entreprise.
LumiNola / iStock

Dans une période où l’identité de genre est au cœur de nombreuses discussions et polémiques, il me semblait tout indiqué de parler du leadership féminin.

Je lis trop souvent que l’écoute et l’empathie, pour ne nommer que ces deux qualités, sont associées au leadership féminin. Si l’identité de genre est le sentiment de chaque personne d’être une femme, ou un homme, ou ni l’un ni l’autre, ou quelque part entre ces deux pôles et qu’il ne correspond pas nécessairement au sexe de la personne, on peut bien se poser des questions sur le leadership de genre !

Mon intérêt pour le genre remonte à plusieurs décennies, notamment lors d’un cours d’anglais alors que je fréquentais le Cégep. Mon professeur, un vrai Anglais d’Angleterre, nous avait tenu un long discours à ce sujet, qui m’a forcément marqué, puisque je vous en parle dès ma première chronique.

Cela ne faisait aucun sens pour lui qu’une table soit une fille ou un garçon. Une table est une table. It is a table. Elle n’a ni genre ni sexe, dans la langue de Shakespeare du moins, car c’est loin d’être le cas dans les langues romanes où on s’enfarge dans les fleurs du tapis. J’ai déjà proposé des moyens mnémotechniques à des élèves qui éprouvaient de la difficulté à retenir le genre du mot avion À cette époque, j’enseignais le français langue maternelle et le latin (vous avez bien lu, le latin). Je m’entends encore dire : « C’est un avion, car l’avion a une queue. » Cela dit, je ne suis pas certaine que j’utiliserais encore ce moyen de nos jours, aussi efficace a-t-il pu être, je craindrais trop aujourd’hui qu’une personne porte plainte…

Je m’égare un peu et si on revenait à nos moutons. À mon sens, tout comme la table de mon professeur d’anglais, le leadership n’a ni genre ni sexe. Les personnes ont du leadership. Point. Vous, comme tous ceux qui vous entourent, incluant votre clientèle.

Le web regorge de définitions du leadership et personne ne s’entend sur une liste commune de compétences qui le composent : ici on parle de cinq compétences clés, là de sept et ailleurs de onze. Il y a de quoi en perdre son latin ! Selon moi, l’important à retenir pour savoir si une personne a du leadership ou non est d’identifier la perception que les gens ont d’elle. La considère-t-on comme un ou une leader et en quelle circonstance ? Car ce sont celles et ceux qui suivent qui font d’une personne un ou une leader.

Le meilleur et plus triste exemple que je puisse donner pour illustrer ce concept est Adolf Hitler. C’était sans contredit un leader exceptionnel parce qu’il avait une armée de suiveurs! Oui. Il était chancelier, mais ce n’est pas son poste qui a fait de lui un leader, tristement célèbre.

Si vous m’avez bien suivi, ce n’est donc ni votre genre ni votre sexe, ni vous ni le poste que vous occupez qui font de vous un ou une leader. En revanche, les organisations cherchent des leaders pour occuper des postes et elles ont avantage à créer des profils en fonction, entre autres, des défis à relever et du niveau de maturité de l’équipe à superviser. Pour ce faire, elles identifient des connaissances, des compétences clés et le style de leadership (situationnel, mobilisateur, directif et j’en passe) recherchés.

Mais qu’en est-il d’une personne qui ne gère pas d’équipe et/ou qui exerce une activité professionnelle pour son propre compte? Est-ce que par exemple un.e conseiller.ère en services financiers ou en investissement peut— faire preuve de leadership ? Si vous considérez que sa clientèle a besoin d’écoute, d’empathie et de collaboration, toutes des qualités habituellement associées au stéréotype qu’est le concept de « leadership féminin », pour la conseiller et la mener vers une prise de décision, la ou le conseiller.ère fait bel et bien preuve de leadership!

En résumé, le leadership repose sur des qualités et des compétences qui n’ont aucune relation avec le genre, mais tout à voir avec ce qu’une organisation ou une clientèle recherchent et ce que la personne a à lui offrir. Transcendons svp ensemble les genres liés au leadership !

Les opinions émises dans cet article sont celles de son auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues de Conseiller.

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Brigitte Lespérance

Brigitte Lespérance est une leader à l’écoute des gens et des besoins, convaincue que l’impact positif d’une organisation sur les individus et la société est primordial. En tant qu’ancienne vice-présidente stratégie et développement dans une firme conseil, elle a dirigé des mandats de planification stratégique avec rigueur et écoute. Elle a également travaillé dans des environnements complexes tels que l’enseignement supérieur et le réseau de la santé, où elle a géré une grande transformation. Son approche de leadership repose sur l’inspiration, l’engagement et la bienveillance, visant à créer un environnement collaboratif et respectueux, tout en mobilisant les équipes autour d’objectifs communs.