L’IA et le mirage de la réponse facile

Par Brigitte Lespérance | 24 November 2025 | Last updated on 21 November 2025
4 min read
Personne utilisant un stylet sur une tablette, avec des données numériques en surimpression.
Tippapatt / iStock

Pendant des décennies, l’école nous a enseigné l’art de la recherche documentaire. Cet exercice, jadis laborieux, mais formateur, consistait à naviguer à travers des fiches de catalogue (souvent appelées fiches de classement ou fiches bibliographiques) pour obtenir un numéro (la fameuse Classification décimale de Dewey) et finalement localiser un livre sur une étagère. J’en ai passé du temps dans les bibliothèques ! Le processus était long, mais il exigeait une intelligence de fouille et une vigilance critique !

L’arrivée des ordinateurs a transformé cette, disons-le, corvée. Les catalogues de fiches ont été remplacés par des bases de données numériques, écourtant considérablement le temps de localisation. La recherche est devenue plus rapide, mais l’étape cruciale de la vérification, de la sélection et de la localisation physique du livre ou de la revue demeurait. Notre cerveau restait l’arbitre principal !

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle (IA) générative bouscule cet équilibre. Plus besoin de fiches, plus besoin de numéroter, ni même de chercher un livre ! Nous tapons une requête dans un moteur de recherche, et la réponse de l’IA apparaît instantanément, comme par magie, et en prime, au-dessus des résultats traditionnels. L’information, qu’on croit naïvement la bonne, est au bout de nos doigts !

Cette facilité spectaculaire vient toutefois avec un prix : l’atrophie de notre cerveau et de notre sens critique. L’IA se nourrit de milliards de données provenant de sources diverses, sites, livres, forums, articles, sans disposer d’un mécanisme infaillible pour distinguer une source crédible d’un billet de blogue erroné.

Laissez-moi vous donner un exemple vécu pas plus tard que cette semaine. Ma fille de 11 ans a interrogé une IA (plutôt que d’ouvrir son Bescherelle) pour conjuguer le verbe ouvrir au futur simple. L’IA a fourni une réponse incorrecte. Son instinct lui disant qu’il y avait une erreur, ma fille a contesté. L’IA a maintenu sa position. Ce n’est qu’après s’être référée au Bescherelle et avoir donné la bonne réponse que l’IA a finalement reconnu son erreur (quelle humilité !). J’aimerais souligner, ici, que l’IA en concédant la victoire à ma fille l’a, en quelque sorte, reconnue comme une experte du verbe ouvrir conjugué au futur simple ! Bravo, Champion !

Et l’enjeu n’est pas limité aux devoirs de nos enfants. Au Canada, un rapport de 418 pages sur la réforme scolaire, commandé auprès de consultants par le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, a été entaché par des sources et des citations inventées par l’IA.

LEÇONS À TIRER

Ces exemples offrent une leçon fondamentale : reconnaître que l’IA est un outil puissant pour générer des ébauches et synthétiser des idées, mais qu’elle n’est pas infaillible, même pour les faits les plus simples.

La morale de ces histoires est double :

  1. Vérifiez toujours les sources : lorsque l’IA fournit des sources (ce qu’elle devrait toujours faire), il est impératif d’utiliser cette bonne vieille intelligence de fouille pour évaluer leur crédibilité, même dans nos rapports soumis à un gouvernement.
  2. Ne déléguez pas votre jugement : ne laissez pas l’IA être l’unique arbitre de la vérité, surtout pour des décisions stratégiques.

La recherche documentaire d’antan nous a légué une discipline essentielle : l’esprit de curiosité, de doute, et la capacité à discerner. Cet esprit n’a jamais été aussi vital. Cultivons-le !

Ainsi, heureusement, pour ceux qui privilégient la recherche brute, il est souvent possible de désactiver ou de contourner les fonctionnalités d’IA sur les grands moteurs de recherche. Par exemple, Google et Microsoft Edge offrent des paramètres permettant de masquer ou de désactiver les résumés générés par l’IA, vous forçant à utiliser votre propre intelligence pour fouiller et évaluer l’information. Je vous rassure tout de suite : vous en êtes capables !

Je terminerais en disant que le vrai pouvoir de l’IA ne réside pas dans sa capacité à nous donner une réponse, mais dans notre capacité à questionner cette réponse. Continuons à former les esprits à la rigueur, car c’est la seule façon de garantir l’intégrité de nos conseils et la justesse de nos stratégies !

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Brigitte Lespérance

Brigitte Lespérance est une leader à l’écoute des gens et des besoins, convaincue que l’impact positif d’une organisation sur les individus et la société est primordial. En tant qu’ancienne vice-présidente stratégie et développement dans une firme conseil, elle a dirigé des mandats de planification stratégique avec rigueur et écoute. Elle a également travaillé dans des environnements complexes tels que l’enseignement supérieur et le réseau de la santé, où elle a géré une grande transformation. Son approche de leadership repose sur l’inspiration, l’engagement et la bienveillance, visant à créer un environnement collaboratif et respectueux, tout en mobilisant les équipes autour d’objectifs communs.