Nous pouvons combler le fossé grandissant en matière de littératie financière au Canada

Par Mélanie Valcin | 27 November 2025 | Last updated on 26 November 2025
5 min read
Un père enseigne à son fils à compter de l’argent à la maison.
kate_sept2004 / iStock

Chaque année, en novembre, le Mois de la littératie financière nous rappelle que comprendre l’argent est essentiel pour bâtir un avenir stable et sûr. Gérer son budget, planifier et prendre des décisions éclairées sont des compétences qui influencent chaque étape de la vie. Pourtant, ces capacités reposent sur une base plus fondamentale, souvent négligée : la littératie elle-même.

Chez Littératie Ensemble, nous constatons chaque jour que la confiance est le moteur de tout apprentissage. Lorsque les personnes se sentent à l’aise pour lire, écrire, calculer ou poser des questions, leurs compétences s’améliorent rapidement. Nous savons aussi que cette confiance se construit dès l’enfance. C’est pourquoi, en plus de soutenir les adultes partout au Canada, nous accompagnons les enfants et les jeunes pour éveiller leur curiosité, développer leur esprit critique et renforcer leur compréhension des finances.  Ces atouts les accompagneront toute leur vie.  

La confiance se transmet aussi d’une génération à l’autre. Lorsque les adultes acquièrent de nouvelles compétences, ils les mettent naturellement en pratique à la maison et les partagent avec leurs proches. Les enfants qui voient leurs parents lire, comparer ou discuter des factures grandissent en comprenant que l’argent n’est ni mystérieux ni tabou. De la même façon, lorsqu’on encourage les plus jeunes à poser des questions, ils deviennent des adultes capables de faire des choix éclairés et réfléchis. Ainsi, la littératie financière n’est pas une simple matière, mais un apprentissage continu, un processus intergénérationnel qui accompagne toute une vie.

Selon le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, un adulte sur cinq, soit 20 % des Canadiens, se situe au plus bas niveau de littératie. Cela complique la lecture de documents, la comparaison de taux d’intérêt ou l’interprétation d’un relevé bancaire. Sans ces compétences essentielles, gérer son argent devient plus difficile et l’éducation financière moins efficace. 

La littératie est plus qu’une simple compétence : c’est un levier économique pour le pays. Une amélioration de son niveau augmente la productivité, réduit les inégalités et renforce les communautés. Selon les études, une hausse de 1 % du niveau moyen de littératie pourrait rapporter des dizaines de milliards de dollars à l’économie canadienne, renforçant ainsi l’emploi, la santé des familles et la prospérité des entreprises locales.  

Pour atteindre cet objectif, l’accès est aussi important que les compétences elles-mêmes. L’éducation financière n’est efficace que si elle est proposée là où les gens vivent, travaillent et apprennent. C’est pourquoi Littératie Ensemble déploie ses programmes dans des lieux où chacun se sent accueilli et en confiance.

À Edmonton, par exemple, nous collaborons avec une banque alimentaire locale pour offrir des séances d’apprentissage gratuites qui allient lecture, calcul et notions financières concrètes. Dans les refuges, nous incluons la gestion financière dans les apprentissages en groupe, pour que les personnes qui se reconstruisent puissent s’exercer, poser des questions et reprendre confiance en leur capacité à gérer leur vie. Dans les centres d’accueil pour nouveaux arrivants, nous intégrons des notions financières expliquées clairement à des cours de lecture, d’écriture et de calcul, afin d’aider les participants à mieux comprendre et s’adapter à la vie au Canada.

La confiance est ce qui permet à l’apprentissage de s’ancrer durablement. Les gens s’engagent lorsqu’ils se sentent écoutés et respectés. Un tuteur bénévole qui garde vos objectifs à l’esprit, ou un instructeur qui encourage à poser toutes les questions, peut transformer complètement la manière dont une personne vit l’apprentissage.  

Dans notre travail avec les refuges, par exemple, la confiance est souvent la première véritable réussite. Une fois que les participants se sentent en sécurité, ils commencent à comprendre qu’ils peuvent gérer l’information, prendre des décisions éclairées et faire des pas modestes, mais significatifs vers la stabilité financière.

La leçon à retenir est simple : l’éducation financière ne peut se limiter à une initiative ponctuelle ou à quelques ateliers isolés. Elle doit être continue, inclusive et fondée sur la lecture, l’écriture et le calcul tout au long de la vie. Pour bâtir la confiance, garantir l’accès et assurer la fiabilité, il faut un engagement constant et une coopération entre tous les acteurs concernés. Les gouvernements, les institutions financières et les organisations communautaires doivent harmoniser leurs efforts afin que la littératie et l’éducation financière progressent ensemble.

Pour y parvenir, nous devons : 

  • Investir tôt et régulièrement : développer les compétences en lecture, écriture et calcul dès la petite enfance et tout au long de la vie. Les compétences acquises avant cinq ans influencent la compréhension, la résolution de problèmes et la gestion financière futures. 
  • Intégrer la littératie dans les politiques et les programmes d’éducation financière. L’éducation financière est plus efficace lorsqu’elle s’appuie sur de solides compétences en lecture, en écriture et en calcul.   
  • Utiliser un langage clair, inclusif et pratique. Tout le monde devrait être capable de comprendre et d’utiliser les informations financières reçues à l’école, à la banque ou dans un cadre communautaire.  
  • Soutenir les organisations communautaires qui rendent l’apprentissage accessible aux personnes exclues des institutions formelles. Des investissements stables leur permettent d’offrir des espaces accueillants, des horaires flexibles et de bâtir des relations basées sur la confiance. 
  • Suivre les progrès et mesurer ce qui compte. Ne pas se limiter simplement tester les connaissances. Mesurer également les progrès en matière de confiance en soi et de participation à la vie communautaire et économique. 

Lorsque les individus savent lire, comprendre et utiliser l’information financière, les impacts sont considérables : des parents qui orientent leurs enfants, des travailleurs qui prennent des décisions éclairées, des entrepreneurs qui planifient leur croissance et des communautés qui prospèrent grâce à des citoyens pleinement engagés.

La littératie financière n’est pas une compétence isolée. Il s’agit d’un parcours communautaire fondé sur la confiance et l’accès. Lorsque nous renforçons la littératie, nous renforçons la littératie financière et, par conséquent, les fondements d’une économie inclusive et résiliente.

Notre conclusion est simple : la littératie et la littératie financière doivent progresser ensemble. Elles favorisent la compréhension des concepts financiers, la stabilité et l’autonomie des individus, et contribuent à une économie résiliente et inclusive. 

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Mélanie Valcin

Mélanie Valcin est présidente-directrice générale de Littératie Ensemble, un organisme caritatif national qui organise chaque année, en mars à Toronto, la soirée Game Night for Literacy.