Le départ de Chrystia Freeland alarme le milieu des affaires

Par La Presse Canadienne | 19 December 2024 | Last updated on 18 December 2024
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Le dessin d'une main humaine qui retient un signe d’exclamation.
tommy / iStock

Certains chefs d’entreprise craignent que la démission de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, du cabinet fédéral ne laisse le Canada sans « quart-arrière » à un moment critique pour l’économie et les relations commerciales du pays.

La lettre de démission de Chrystia Freeland, publiée lundi sur les médias sociaux, avertit que le Canada est confronté à un « grand défi » avec l’arrivée de l’administration de Donald Trump aux États-Unis et sa menace de tarifs douaniers.

Dans sa lettre, elle a indiqué au premier ministre Justin Trudeau qu’Ottawa doit prendre la menace au sérieux tout en « évitant les astuces politiques coûteuses que nous ne pouvons pas nous permettre et qui font douter les Canadiens que nous reconnaissons à quel point ce moment est grave ».

Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile, estime que le gouvernement fédéral est maintenant privé de « sa main la plus expérimentée et la plus compétente dans les relations canado-américaines au moment où nous en avons le plus besoin ».

« Nous avons l’adversaire le plus coriace que nous ayons jamais affronté en matière de commerce entre les États-Unis et le Canada qui va être inauguré et qui promet de nuire au Canada dès le premier jour », a-t-il souligné.

« Nous sommes très en retard dans le jeu. Nous avons un système, nous avons une équipe. Nous n’avons pas de quart-arrière. »

Bien que Flavio Volpe ait avancé que Justin Trudeau semble avoir une bonne idée de la façon de traiter avec le président américain élu — il a salué le voyage du premier ministre à Mar-a-Lago après que Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 25 % sur les produits canadiens — il juge que le premier ministre ne devrait pas être le négociateur en chef du Canada en matière de commerce. 

Flavio Volpe a également salué l’approche de Chrystia Freeland lors des renégociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) sous la première administration Trump, soutenant qu’elle avait apporté une « main ferme » et une volonté d’impliquer les acteurs de l’industrie dans les négociations.

« Nous avons fini par avoir un nouvel ALENA que, dans l’ensemble, la plupart des gens considèrent comme positif pour le Canada », a-t-il indiqué. 

« Aucun d’entre nous n’espérait retomber dans cette dynamique, mais Donald Trump a décidé que nous allions le faire et l’une des choses qui m’ont rassuré, ainsi que l’industrie, c’est que nous revenions avec le quart-arrière gagnant. »

UNE REMISE EN QUESTION

Selon Goldy Hyder, président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires, la décision de Chrystia Freeland de se retirer « remet en question les intérêts que le gouvernement fédéral défend ». 

Les commentaires publics de Chrystia Freeland jettent le doute sur les motivations du gouvernement à « un moment très grave dans la vie de notre pays », a-t-il avancé. 

Il a qualifié de « profondément troublant que l’ancienne ministre des Finances estime que le gouvernement opte pour des “astuces politiques coûteuses” à un moment où les finances fédérales sont gravement mises à rude épreuve ». 

La décision du gouvernement d’offrir une pause de deux mois de la TPS sur certains produits pendant les Fêtes a pris effet le 14 décembre, mais n’a reçu qu’un soutien mitigé de la part des consommateurs et des entreprises. 

La démission de Chrystia Freeland a aussi semé le trouble dans les plans du gouvernement libéral de dévoiler une mise à jour économique d’automne lundi. 

« Les Canadiens ont le droit de connaître la situation budgétaire du pays, et les entreprises ont besoin de connaître les faits. Comment le gouvernement a-t-il dépensé l’argent des contribuables ? Quelle est l’ampleur du déficit ? », s’est interrogé Goldy Hyder dans un communiqué. 

« Le pays est confronté à d’importants vents contraires économiques au cours des prochaines semaines […] Nous devons placer l’intérêt national au-dessus de tout et nous assurer que le pays fonctionne en position de force, et non de faiblesse. » 

La démission de Chrystia Freeland est la dernière d’une série d’événements qui ajoutent de l’incertitude sur les marchés canadiens, a expliqué Tu Nguyen, économiste chez RSM Canada. 

Le dollar canadien avait glissé à son plus bas niveau en plus de quatre ans — depuis le milieu de la pandémie de COVID-19 — après l’annonce de Chrystia Freeland, a-t-elle mentionné dans une publication en ligne.

« Bien que l’impact sur les marchés financiers ait été modéré, un événement comme celui-ci pourrait contribuer au défi du Canada d’attirer des investissements étrangers en 2025, lorsque l’administration Trump s’accompagnera d’une incertitude en matière de politique commerciale avec le Canada », a-t-elle précisé.

Le président du Conseil des innovateurs canadiens, Benjamin Bergen, a ajouté que l’annonce « révèle des fissures plus profondes dans la capacité du gouvernement à fournir le leadership stable et cohérent dont les entreprises ont besoin ».

« La confiance dans la gestion économique du gouvernement est déjà faible, et le chaos actuel ne fait que renforcer ce point de vue », a-t-il fait valoir par communiqué.

De son côté, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a remercié la ministre Chrystia Freeland pour son travail avant un discours prononcé devant la Chambre de commerce du Grand Vancouver.

« Nous nous réjouissons de travailler avec le prochain ministre des Finances et de continuer à promouvoir le bien-être économique et financier des Canadiens », a-t-il ajouté, rappelant que la Banque du Canada est indépendante du « processus politique ».

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