Les femmes ne seront plus rémunérées pour leur travail en 2024

Par La rédaction | 3 December 2024 | Last updated on 2 December 2024
4 min read
Des femmes d’affaires joyeuses se serrant la main dans la salle de réunion
LaylaBird / iStock

Le 29 novembre symbolise le jour où les femmes cessent d’être rémunérées pour leur travail comparativement aux hommes. L’Observatoire québécois des inégalités met un point d’honneur à souligner symboliquement cette journée. Cette année, ils ont publié un document « Pourquoi les femmes gagnent-elles toujours moins que les hommes en emploi au Québec ? ».

Le rapport révèle que les femmes gagnent 91 % de la rémunération horaire moyenne des hommes. Ainsi, en 2023, le salaire horaire moyen des Québécoises salariées de 15 ans et plus s’élève à 30,90 $, alors que celui des Québécois atteint 33,80 $, soit un écart de près de 3 $ de l’heure.

Bien que cet écart reste significatif, il est encourageant de constater qu’il diminue progressivement. Il y a de cela près de 20 ans, en 2005, le salaire horaire des femmes représentait 86 % de celui des hommes. Lors de l’adoption de la Loi sur l’équité salariale en 1996, les femmes gagnaient en moyenne 84 % du salaire horaire des hommes. En 1978, les femmes travaillant à temps plein toute l’année percevaient environ 60 % du salaire des hommes.

Certaines femmes sont encore davantage touchées par cet écart, notamment les femmes immigrantes. Sachant que le salaire horaire moyen des personnes immigrantes est inférieur de 5 % à celui des personnes natives, les femmes immigrantes sont doublement pénalisées. Ainsi, le salaire horaire moyen des femmes immigrantes représente 85 % de celui des hommes natifs.

POURQUOI CET ÉCART

L’étude de l’Observatoire québécois des inégalités se penche sur les raisons de cette différence de rémunération.

Le premier facteur qui explique cette inégalité est attribuable aux types d’emploi et aux secteurs d’activité où l’on retrouve les femmes. Ces dernières sont particulièrement présentes dans les secteurs de la santé et occupent davantage d’emplois à faible rémunération comme :

  • Éducatrices à la petite enfance (96 %) ;
  • Infirmières (90 %) ;
  • Préposées aux bénéficiaires (83 %).

Le deuxième facteur est la maternité. Cette dernière continue d’avoir un impact sur les salaires des femmes. En plus d’affecter le temps de travail, notamment en raison de la prise de congés plus longs lors de la naissance des enfants, les interruptions de carrière des mères peuvent également influencer leur rémunération et limiter leurs perspectives de promotion.

Elles sont également plus enclines (24,5 %) à occuper un emploi de faible qualité — soit un emploi caractérisé par un salaire bas, des qualifications faibles, une surqualification, une instabilité et des heures de travail supérieures à 40 par semaine — que les hommes (19,8 %).

Finalement, les femmes demeurent sous-représentées dans les postes de cadre au Québec, particulièrement en ce qui concerne les cadres supérieurs. Elles constituaient ainsi 31 % de cette catégorie en 2022.

UN PARTAGE INÉGAL

L’étude note que si l’écart salarial tend à se combler, le partage des tâches domestiques reste inégal. En 2022, les femmes effectuaient encore 3,4 heures par jour contre 2,4 heures pour les hommes. Ces chiffres demeurent plus ou moins les mêmes depuis 2015.

Parmi ces activités non rémunérées, Statistique Canada compte les tâches ménagères, les soins aux enfants de moins de 18 ans et aux autres adultes vivant dans le même foyer, ainsi que l’achat de biens ou de services.

Ce calcul exclut d’autres tâches qui relèvent de ce qu’on appelle la charge mentale, soit : anticiper les besoins, trouver des solutions, prendre des décisions et évaluer les progrès.

Si ce partage inégal affecte le revenu des femmes, il a également des répercussions sur leur santé et leurs conditions de vie. Les femmes sont ainsi davantage susceptibles que les hommes (+4,7 points de pourcentage) de percevoir une forte pression liée au manque de temps.

En conclusion, d’importantes avancées ont été réalisées depuis les dernières années en matière d’inégalités socioéconomiques, mais il reste encore du travail à faire pour atteindre l’équité. Si certains facteurs expliquent l’écart salarial, d’autres aspects mériteraient d’être abordés selon l’Observatoire québécois des inégalités.

Celui-ci cite ainsi :

  • les inégalités de patrimoine, le fait de posséder ou non une propriété ;
  • les impacts de la pandémie sur le travail des femmes ;
  • les barrières pour accéder à certains secteurs professionnels
  • ainsi qu’à la proche aidance.

Soulignant les bénéfices apportés par l’introduction de certaines politiques publiques — comme le le développement des centres de la petite enfance, la Loi sur l’équité salariale, le RQAP, ainsi que les politiques de conciliation travail-famille-vie personnelle en milieu de travail — l’Observatoire québécois des inégalités estime que d’autres mesures pourraient être envisagées et recommandent de regarder notamment ce qui se fait en Europe.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction