Les fusions et acquisitions encouragées par les tarifs douaniers ?

Par La rédaction | 30 January 2025 | Last updated on 29 January 2025
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Drapeau des USA à Chicago avec des gratte-ciel sur fond.
william87 / iStock

Si les tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump risquent d’engendrer un ralentissement des activités de fusion et d’acquisition, cette situation pourrait n’être que transitoire, selon les leaders nationaux, Services-conseils transactionnels, chez KPMG au Canada. En effet, après les six premiers mois, des changements structurels dans le commerce pourraient, à long terme, favoriser des transactions transfrontalières.

Les tarifs douaniers de 25 % faisaient partie des promesses de campagne de Donald Trump. Le premier jour de son mandat, le président Trump a publié une note de service demandant aux organismes fédéraux d’évaluer les pratiques commerciales avec les autres pays, tout en suggérant l’imposition de ces droits de douane sur toutes les marchandises canadiennes dès le mois de février.

En vue de ces éventuels tarifs, le Canada prépare déjà des contre-mesures. Toutefois, l’incertitude plane. Cette situation n’est pas sans impact pour les entreprises faisant affaire avec les États-Unis. Celles-ci sont moins attractives aux yeux des acquéreurs potentiels, dans un marché de fusions-acquisitions particulièrement dynamique, estime Marco Tomassetti, président de KPMG Corporate Finance.

« À court terme, nous assisterons à une stagnation des activités liées aux contrats, car les acheteurs et les vendeurs prendront le temps d’évaluer l’incidence des tarifs douaniers américains sur les revenus, rapporte-t-il. Les propriétaires qui cherchent à commercialiser leurs produits pourraient attendre que l’incertitude se résorbe, car les tarifs pourraient avoir une incidence sur leurs coûts et la demande des consommateurs. Cette incertitude se traduit par une pression à la baisse sur la valeur des produits et augmente la probabilité de transactions qui échouent — deux résultats que les propriétaires d’entreprise souhaitent éviter. »

Du côté des acheteurs, l’attente semble également être de mise. Ces derniers veulent évaluer l’impact des potentiels tarifs douaniers sur les entreprises qui les intéressent.

« L’incertitude entourant les revenus rend l’évaluation des entreprises et le financement des transactions plus difficiles, ce qui laisse généralement aux acheteurs deux solutions de rechange pour gérer le risque, soit l’introduction d’une structure de la transaction et de mesures de protection connexes, ce que la plupart des vendeurs ne souhaitent pas — ou simplement attendre de voir comment les choses se dérouleront avant de déclencher des fusions-acquisitions. Quoi qu’il en soit, cette incertitude pour l’acheteur et le vendeur ralentira un peu les marchés des fusions et acquisitions au cours du premier semestre de l’année », prédit Marco Tomassetti.

Toutefois, nombre d’entreprises restent peu exposées aux États-Unis ; leur propriétaire les propose donc encore sur le marché, tempère-t-il.

« La filière des transactions est saine, et nous constatons que les transactions sur le marché génèrent beaucoup d’intérêt à leur pleine évaluation. Donc, malgré l’incidence des tarifs douaniers sur un sous-ensemble de fusions et acquisitions d’entreprises privées canadiennes, l’élan demeure robuste et nous nous attendons à une année solide sur le plan des transactions », précise l’expert.

UNE OPPORTUNITÉ À LONG TERME ?

À long terme, des ajustements dans les accords commerciaux, comme une possible révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), pourraient pousser les entreprises canadiennes à acquérir des actifs aux États-Unis ce qui leur permettrait de contourner les restrictions commerciales potentielles.

Une guerre commerciale pourrait également augmenter les transactions transfrontalières, les entreprises et investisseurs canadiens cherchant à réaliser des acquisitions stratégiques aux États-Unis. Marco Tomassetti estime que plusieurs entreprises pourraient désirer acheter des usines de fabrication américaines, dans le but de répondre aux nouvelles exigences de la chaîne d’approvisionnement.

Sans compter que d’autres facteurs politiques, comme une éventuelle augmentation de l’impôt sur les gains en capital, pourraient également inciter les compagnies canadiennes à conclure des transactions aux États-Unis.

Ainsi, ces éventuels tarifs sont loin de signer la fin des fusions et acquisitions.

Les équipes des services-conseils transactionnels de KPMG conseillent aux acquéreurs et aux vendeurs recommandent toutefois aux acquéreurs et vendeurs de prendre plusieurs mesures clés :

  • Évaluer l’impact : comment cette potentielle guerre commerciale et ces tarifs pourraient affecter leurs activités ? Les éventuelles vulnérabilités, l’impact sur les coûts, les chaînes d’approvisionnement et les stratégies de tarification devraient être évalués.
  • Préparer des scénarios : des plans stratégiques devraient être mis en place pour pouvoir facilement se revirer, peu importe la situation. Cela inclut également une analyse de l’impact de ces stratégies sur une fusion ou une acquisition à venir.
  • Mettre en place des stratégies d’atténuation : mieux vaut prévenir que guérir ; les entreprises qui cherchent acquéreurs ont tout intérêt à démontrer aux acheteurs potentiels comment elles continueront de créer de la valeur, notamment en mettant en évidence les synergies stratégiques, même dans un environnement tarifaire difficile.
  • Pratiquer une diligence raisonnable approfondie : les acquéreurs devraient adopter des méthodes rigoureuses de diligence raisonnable, centrées sur les données, pour évaluer l’impact de différents scénarios commerciaux sur les cibles d’acquisition.
  • Se tourner vers des experts : les entrepreneurs ont tout intérêt à travailler avec des conseillers spécialisés en fusions et acquisitions, qui possèdent une expertise en fiscalité, prix de transfert, logistique, chaîne d’approvisionnement et stratégies de tarification, particulièrement dans le contexte des transactions transfrontalières.

Cette approche permettrait aux entreprises de faire face aux défis liés à une éventuelle guerre économique tout en maximisant leurs opportunités de fusion et d’acquisition.

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La rédaction