Les PDG québécois : 10 heures pour dépasser le salaire annuel d’un travailleur moyen

Par La rédaction | 3 January 2025 | Last updated on 3 January 2025
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Homme d’affaires par le biais de la fenêtre à la recherche de la ville
baona / iStock

Le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA) examine chaque année la rémunération des 100 chefs d’entreprises les mieux payés au Canada, parmi les entreprises cotées en bourse à Toronto (indice composé S&P/TSX).

En 2023, ces PDG québécois ont chacun touché en moyenne 13,2 millions de dollars (M$). En 10,1 heures, ils ont touché 60 007 $, soit ce qu’un travailleur moyen gagne en une année au Québec, révèle l’auteur de l’analyse, l’économiste Geoffroy Boucher. En un an, ils obtiendront ainsi 206 fois plus que le salaire annuel moyen.

Cette rémunération englobe des salaires ainsi que différentes formes de primes, comme les bonus en argent et les options d’achat d’actions.

Par ailleurs, les dividendes déclarés par les entreprises canadiennes, soit les paiements versés aux actionnaires d’une entreprise à partir de son bénéfice net, ont atteint un sommet inédit en 2022.

De fait, celles-ci ont versé un total de 308,6 milliards de dollars (G$) à leurs actionnaires en 2022, contre 58,3 G$ en 2002, soit une augmentation de 429 % en 20 ans.

Ce montant de 308,6 G$ équivaut au salaire annuel moyen de plus de 5 millions de travailleurs québécois, observe l’auteur de l’analyse.

UN GROUPE MASCULIN, À UNE EXCEPTION PRÈS

Parmi ces 21 PDG d’entreprises québécoises analysées, une seule femme y figure.

D’après l’auteur, ce constat est cohérent avec les résultats du portrait des populations mieux nanties publié récemment par l’Observatoire québécois des inégalités, celui-ci montrant que les femmes étaient moins nombreuses que les hommes parmi le groupe des mieux nantis.

Selon cette analyse basée sur les données fiscales canadiennes, les femmes ont respectivement 67,4 % moins de chances que les hommes au Canada (et 64,6 % moins de chances que les hommes au Québec) de faire partie du groupe des mieux nantis.

PLUS D’IMPÔTS À PAYER ?

Ensemble, les 21 PDG d’entreprises québécoises analysées détiennent des actions dont la valeur atteint 11,8 G$.

L’économiste Geoffroy Boucher souligne que « les changements au taux d’inclusion du gain en capital annoncés dans le budget 2024 du gouvernement du Canada pourraient se traduire par une augmentation de l’impôt à payer si ces chefs d’entreprises décidaient de vendre ces actions ».

Il rappelle au passage que depuis le 25 juin 2024, le taux d’inclusion du gain en capital au Canada est passé de 50 % à 66,7 % pour la tranche excédant 250 000 $ par année.

« Ainsi, si on émet l’hypothèse que 25 % de la valeur des actions détenues par ces 21 chefs d’entreprises représentent des gains en capital, ce changement pourrait accroître de 250 M$ l’impôt à verser au moment de la vente de ces actions », signale-t-il.

POUR UNE MEILLEURE RÉPARTITION DE LA RICHESSE

Pour l’économiste Geoffrey Boucher, les inégalités de patrimoine sont particulièrement exacerbées au Québec

Il mentionne que, depuis la pandémie, les familles faisant partie des 10 % les plus riches ont capté, à elles seules, 32 % de l’augmentation de la richesse, contre seulement 11 % pour les 40 % les plus pauvres.

Citant le Laboratoire sur les inégalités mondiales, une réduction de ces inégalités est indispensable pour relever les défis du 21e siècle.

À l’échelle locale, par exemple, la crise du logement accentue les inégalités entre locataires et propriétaires, alors que la crise de l’insécurité alimentaire touche un nombre grandissant de travailleurs.

« Mieux répartir la richesse permettrait d’améliorer notre capacité collective à relever ces défis », conclut l’auteur.

Depuis l’an dernier, le CCPA et l’Observatoire québécois des inégalités réalisent cette compilation pour le Québec.

Parmi les 100 chefs d’entreprises les mieux payés au Canada, 21 sont à la tête d’une entreprise dont le siège social se situe au Québec.

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La rédaction