Marché du travail canadien : productivité en berne, déséquilibres en hausse

Par La rédaction | 11 April 2025 | Last updated on 10 April 2025
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Une personne assise à une table devant un journal et un café qui entoure les petites annonces.
Photo : Thomas_EyeDesign / istockphoto

Le Canada peine à faire coïncider sa croissance démographique et les dynamiques de son marché du travail. C’est le constat central d’une étude exhaustive menée par l’Institut C.D. Howe, qui dresse un portrait nuancé, mais préoccupant du marché du travail.

Tandis que l’emploi progresse, il ne parvient pas à suivre le rythme d’une population en forte augmentation, tirée par l’immigration. Résultat : le taux de chômage grimpe, la productivité recule, et les déséquilibres entre l’offre et la demande de main-d’œuvre se creusent.

UN PORTRAIT EN DEMI-TEINTE
En 2024, le marché canadien comptait 20,7 millions d’emplois, soit une hausse depuis 2019. Mais cette progression masque un ralentissement relatif : le taux d’emploi est passé de 62,2 % en 2023 à 61,3 % en 2024, un niveau inférieur à celui d’avant la pandémie. Parallèlement, le taux d’activité global a chuté à 65,5 %, malgré des niveaux record chez les 25-54 ans. Le vieillissement de la population explique en grande partie ce recul.

L’un des constats les plus préoccupants concerne la productivité du travail, en recul constant depuis 2020. En 2023, elle est retombée à 63,6 $ par heure travaillée, effaçant les gains temporaires de la pandémie. Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance :

  • une dépendance accrue aux travailleurs étrangers temporaires pour occuper des emplois peu qualifiés et mal rémunérés ;
  • la surqualification des immigrants, avec 21 % d’entre eux travaillant dans des postes en deçà de leurs qualifications ;
  • un investissement limité en capital et une lente adoption des technologies ;
  • l’expansion du secteur public, dont la productivité est inférieure à celle du secteur privé (58,20 $ contre 59,10 $ par heure en 2023).

Cette baisse de productivité a contribué directement à une réduction du PIB réel par habitant, indicateur clé du niveau de vie des Canadiens.

UN MARCHÉ DU TRAVAIL DÉSÉQUILIBRÉ
Malgré plus d’un demi-million de postes vacants au troisième trimestre 2024, le marché du travail souffre d’une inadéquation chronique entre les compétences recherchées et celles disponibles. Plus de 31 % des postes restent vacants pendant plus de 90 jours, tandis que plus d’un demi-million de travailleurs sont sous-employés, cherchant un emploi à temps plein tout en étant employés à temps partiel.

Les secteurs les plus touchés par les pénuries, comme la santé, n’ont pas suffisamment augmenté les salaires pour attirer les candidats. L’étude note que malgré une hausse de 48 % des offres d’emploi dans les services publics, le salaire horaire moyen proposé n’a augmenté que de 2 % depuis la pandémie.

Le vieillissement de la population exerce une pression considérable sur le marché du travail canadien. La participation des personnes âgées (65 ans et plus) reste faible à 15 %, malgré une progression depuis 2001 où elle n’était que de 6 %.

Des écarts importants existent entre les provinces : la Saskatchewan affiche le taux de participation des aînés le plus élevé (18,5 %), tandis que les provinces atlantiques sont à la traîne, avec Terre-Neuve-et-Labrador à seulement 11,5 %.

Autre phénomène significatif : l’écart entre l’âge moyen de départ à la retraite des travailleurs indépendants (plus de 68 ans) et celui des employés du secteur public, qui prennent leur retraite nettement plus tôt. Cette différence s’explique par les structures de pension et les incitations financières à la retraite.

L’immigration, censée compenser le vieillissement démographique, présente aussi des défis d’intégration. En 2024, les immigrants âgés de 25 à 54 ans avaient un taux d’emploi inférieur de 4,3 points à celui des natifs. Cet écart est particulièrement marqué pour les femmes immigrées récentes (15,5 points d’écart). Le taux de chômage des immigrants récents a bondi à 9,9 % en 2024, soit plus du double du taux des non-immigrants.

DES SOLUTIONS POLITIQUES
Face à ces défis, l’étude propose plusieurs recommandations concrètes :

  1. Relever progressivement l’âge normal de la retraite à 67 ans, à l’instar de nombreux pays de l’OCDE comme l’Australie, le Danemark et le Royaume-Uni.
  2. Soutenir les travailleurs âgés par des modalités de travail flexibles, des options à temps partiel et le travail indépendant.
  3. Investir dans des programmes de formation de haute qualité ciblant les compétences numériques et les stratégies de recherche d’emploi.
  4. Rationaliser la reconnaissance des titres étrangers et faciliter la mobilité interprovinciale de la main-d’œuvre dans les professions réglementées.
  5. Améliorer les stratégies d’établissement des immigrants, notamment par des cours de langue axés sur les besoins du milieu de travail.

L’étude souligne également l’importance d’intégrer l’automatisation et l’intelligence artificielle pour stimuler la productivité, tout en accompagnant les travailleurs dans cette transition technologique.

Sans ces mesures structurelles, le Canada risque de voir son niveau de vie stagner, voire régresser, malgré des niveaux d’immigration record, prévient l’Institut C.D. Howe. Le simple afflux de main-d’œuvre ne suffira pas à contrer les effets du vieillissement démographique si la productivité continue de décliner.

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La rédaction