Confiance modérée pour les entreprises

Par La Presse Canadienne | 27 October 2025 | Last updated on 24 October 2025
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Certains économistes estiment que la Banque du Canada est plus susceptible de réduire son taux directeur la semaine prochaine, après que deux enquêtes de la banque centrale ont révélé lundi que les droits de douane américains continuent de peser lourdement sur les entreprises et les consommateurs.

L’enquête de la Banque du Canada auprès des entreprises révèle que la confiance reste « modérée » à travers le pays, en grande partie en raison de l’incertitude commerciale persistante avec les États-Unis.

L’enquête trimestrielle de la banque centrale sur les perspectives des entreprises, publiée lundi matin, indique que les droits de douane et les questions persistantes concernant le conflit commercial freinent de nombreuses entreprises quant à leur volonté d’investir dans leurs activités et d’accroître leurs effectifs.

La Banque du Canada synthétise les réponses de son enquête en un seul indicateur de confiance des entreprises et des prévisions de ventes. Cet indicateur s’est légèrement amélioré par rapport au deuxième trimestre de l’exercice, lorsque la campagne tarifaire américaine a atteint son paroxysme, mais il demeure bien inférieur aux moyennes historiques.

L’incertitude reste la principale préoccupation des entreprises canadiennes, même si elles sont relativement moins nombreuses à exprimer des inquiétudes quant à la situation financière, économique et politique par rapport au trimestre précédent. Les pressions sur les coûts, le ralentissement de la demande, ainsi que les impôts et la réglementation, complètent les quatre principales préoccupations des entreprises au troisième trimestre.

L’enquête sur les perspectives des entreprises a été menée en grande partie en août et début septembre et reflète principalement le sentiment des entreprises avant que le Canada ne supprime la majeure partie de ses droits de douane de rétorsion sur les importations américaines.

L’enquête révèle que les entreprises consacrent davantage d’argent à l’entretien courant qu’à la croissance de leurs activités.

La plupart des exportateurs indiquent que leurs marchandises entrent toujours aux États-Unis en étant exemptes de droits de douane, mais les entreprises des secteurs de l’acier et de l’aluminium doutent que les marchés étrangers puissent compenser l’impact de la hausse des droits de douane sur le marché américain.

« Bien que certaines exportations de l’aluminium primaire aient été réacheminées vers l’Europe, ces exportateurs considèrent cette stratégie comme une solution de rechange insoutenable à l’accès aux marchés américains en raison des inquiétudes concernant la rentabilité à long terme », indique l’enquête sur les perspectives des entreprises.

D’après l’enquête, moins d’entreprises prévoient des hausses de prix liées aux droits de douane par rapport au deuxième trimestre, bien que la proportion de celles qui prévoient de hausser significativement leurs prix ait augmenté. Les entreprises qui ont augmenté leurs prix en réponse aux perturbations commerciales ont souvent cité les intrants d’acier et d’aluminium comme point sensible.

Les entreprises de la Saskatchewan ont également indiqué à la Banque du Canada que les droits de douane imposés par la Chine sur le canola et d’autres produits agricoles pèsent sur leurs projets d’investissement.

L’enquête révèle que près d’un tiers des entreprises s’attendent maintenant à une récession au Canada, soit une hausse de cinq points de pourcentage par rapport à la dernière enquête.

Les deux tiers des Canadiens s’attendent à une récession

La Banque du Canada a également publié lundi son enquête trimestrielle connexe auprès des consommateurs, qui indique que les droits de douane pèsent toujours sur les finances des Canadiens.

Ce rapport indique que les deux tiers des Canadiens s’attendent à une récession — « soit une part beaucoup plus élevée qu’avant le début du conflit commercial » — bien que la plupart des ménages estiment que leur santé financière s’est améliorée par rapport au trimestre précédent.

Les entreprises ont fait état de dépenses de consommation plus solides, comparativement aux creux marqués du début d’année. La baisse des taux d’intérêt par la Banque du Canada, la réduction des prix de l’essence et la forte demande d’achats canadiens ont contribué à compenser la baisse des ventes due à l’incertitude économique, selon l’enquête.

L’indicateur global de consommation de la Banque du Canada s’est amélioré au troisième trimestre, mais, comme celui des entreprises, il demeure bien inférieur aux moyennes historiques.

La détérioration de la confiance dans le marché du travail a contribué au déclin de l’indicateur. Selon le rapport, les travailleurs du secteur public ont déclaré qu’ils seraient moins susceptibles de trouver un autre emploi, possiblement en raison de l’examen exhaustif des dépenses du gouvernement fédéral.

Un tableau « pessimiste » de l’économie

Les enquêtes qui évaluent la santé des entreprises et des consommateurs sont menées avant la prochaine décision de la Banque du Canada sur les taux d’intérêt, prévue le 29 octobre.

La banque centrale a réduit son taux directeur de 25 points de base pour le fixer à 2,5 % lors de sa dernière décision en septembre.

Andrew Grantham, économiste principal à la CIBC, a affirmé lundi dans une note à ses clients que les deux enquêtes continuent de « brosser un tableau pessimiste de l’économie » malgré une légère amélioration du sentiment.

« Les enquêtes suggérant également que les anticipations d’inflation sont relativement bien contenues, les données d’aujourd’hui soutiennent encore plus une réduction par la Banque du Canada des taux d’intérêt d’un quart de point la semaine prochaine », a indiqué Andrew Grantham.

Shelly Kaushik, économiste principale à la BMO, a déclaré dans une note que les enquêtes montrent que les risques liés au conflit commercial continuent de pencher vers un impact économique plus marqué, notamment sur le marché du travail.

Elle a indiqué que la Banque du Canada suivra attentivement le rapport sur l’inflation de mardi pour septembre avant de prendre sa décision sur les taux, mais elle a convenu avec Andrew Grantham que les probabilités d’une baisse sont plus élevées après que les enquêtes ont montré une faiblesse du moral des entreprises et des consommateurs.

La probabilité sur les marchés financiers d’une baisse d’un quart de point le 29 octobre est passée à environ 76 % lundi, contre environ 64 % à la fin de la semaine dernière, selon LSEG Data & Analytics.

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