Technologie et productivité : un potentiel encore sous-exploité

Par La rédaction | 17 June 2025 | Last updated on 16 June 2025
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Homme d'affaires travaillant avec un système d'analyse et de gestion de données sur ordinateur, gestion de documents en ligne et mesures connectées à une base de données. Stratégie d'entreprise pour les finances, les opérations et les ventes..
Sittipol-Sukuna / iStock

Conscientes du potentiel des nouvelles technologies, nombre d’entreprises ont investi dans l’espoir d’augmenter substantiellement leur productivité. Toutefois, ces gains tardent à se matérialiser, freinés par un manque d’investissement dans le développement des compétences du personnel.

« L’investissement dans de nouveaux outils et de nouvelles plateformes technologiques peut faire desmerveilles pour la productivité d’une organisation en rationalisant les processus, les flux de travail et les tâches, rapporte Stavros Demetriou, associé et leader national de KPMG, Gestion des personnes et du changement, au Canada. Les dernières données de Statistique Canada montrent que le Canada a réalisé des gains de productivité au cours de chacun des deux derniers trimestres, mais cette augmentation reste inférieure à celle des États-Unis au cours de la même période. »

Un sondage prouve toutefois que les chefs d’entreprise canadiens comprennent l’importance de bien former leurs employés. Sur les 250 chefs d’entreprise interrogés, 63 % estiment que le problème provient de l’utilisation qu’ils font de la technologie, et non de la technologie elle-même. Ils affirment ainsi que leurs employés n’utilisent pas efficacement les nouvelles technologies, ce qui les empêche de rentabiliser pleinement leurs dépenses en la matière.

Pour expliquer cet écart entre leurs réalisations et la réalité :

  • 74 % des répondants avouent avoir sous-estimé les défis de la transformation numérique,
  • 53 % comprennent qu’ils n’ont pas investi suffisamment dans la formation et les occasions d’apprentissages,
  • 56 % estiment ne pas avoir les talents ou les ressources nécessaires à la mise en œuvre et à l’utilisation de la technologie
  • Et 88 % pensent avoir besoin de meilleurs processus pour encourager leurs travailleurs.

« À moins que les organisations canadiennes ne mettent en place des plans efficaces de formation et d’éducation des employés, ces derniers ne feront qu’effleurer ce que la technologie peut faire pour les rendre plus productifs, et notre écart par rapport aux États-Unis et à d’autres pays continuera de se creuser », prévient Stavros Demetriou.

Un espoir à l’horizon : la grande majorité des chefs d’entreprises (89 %) affirment investir dans l’amélioration des compétences de leurs employés.

Face à ces statistiques, Stavros Demetriou retient que si 74 % pensent que l’IA résoudra leur problème de productivité, la même proportion de sondés admet avoir sous-estimé les défis liés à la mise en œuvre de nouvelles technologies comme l’IA. « Une sous-estimation de l’impact de mesures telles que le changement de processus et d’habitudes de travail pourrait expliquer pourquoi les employés ne sont pas entièrement équipés pour tirer pleinement parti des nouvelles technologies », convient-il.

UN PROBLÈME DE FORMATION

« On croit généralement que la transformation numérique d’une entreprise est surtout un exercice de mise à niveau de la technologie, mais la réalité est que la mise en œuvre de la technologie n’est qu’une partie du parcours — la transformation numérique est tout autant une question de développement et de perfectionnement du personnel. Il s’agit d’un processus continu et itératif qui, s’il est mené correctement, permet d’accroître la productivité et l’innovation et d’aborder l’avenir avec plus de confiance », ajoute-t-il.

Le sondage montre bien que les entreprises peinent encore à tirer pleinement parti de leurs investissements technologiques, une réalité également relevée par Megan Jones, responsable nationale de la transformation des RH et de la main-d’œuvre chez KPMG.

Cette dernière constate que nombre de compagnies sous-estiment les capacités de leurs nouvelles technologies ou n’offrent pas la formation adéquate pour en maximiser les retombées. Ainsi, les formations sont parfois trop techniques ou mal ciblées ce qui ne permet pas de bien saisir toutes les fonctionnalités des outils.

Megan Jones est heureuse toutefois de constater que 87 % des entreprises reconnaissent pouvoir faire mieux pour favoriser une culture d’innovation, en encourageant le partage d’idées et la prise de risques. Elle-même recommande de proposer des ateliers interactifs, des journées d’exploration de l’IA et la valorisation des succès internes pour stimuler la créativité à l’échelle de l’organisation.

UNE MAUVAISE SOLUTION

Le sondage de KPMG montre que 86 % des chefs d’entreprises comptent s’appuyer sur les jeunes générations, plus à l’aise avec le numérique, pour que leur entreprise adopte plus facilement les nouvelles technologies et deviennent ainsi plus productive.

Lewis Curley, associé de KPMG, Gestion des personnes et du changement, estime que la meilleure façon d’intégrer la technologie dans les entreprises est de mobiliser l’entièreté de sa main-d’œuvre au début du parcours. Cela évite de créer un fossé entre les employés qui sera ensuite difficile à combler.

« Si une organisation cherche à mettre en œuvre l’IA, elle doit mobiliser l’ensemble de son personnel dès le départ. Si certains employés n’ont pas l’impression de faire partie du parcours, ils pourraient se désengager du processus, perdre confiance dans l’IA ou craindre que la technologie ne les remplace, ce qui pourrait les dissuader de l’utiliser », prévient-il.

« Tout le monde a un rôle à jouer dans la transformation numérique d’une entreprise, et chaque employé, du chef de la direction au dernier embauché, joue un rôle pour rendre son organisation plus productive, de sorte que la transparence, la communication et l’engagement sont essentiels. »

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La rédaction