Travail et intelligence artificielle : un virage à encadrer

Par La rédaction | 9 April 2025 | Last updated on 8 April 2025
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Robot humanoïde d’IA touchant l’écran virtuel d’hologramme affichant le concept du big data.
NanoStockk / iStock

L’intelligence artificielle (IA) redéfinit les règles du jeu du travail en matière de responsabilité, de gestion, de sécurité et de formation. Pourtant, alors que son adoption s’accélère, 92 % des organisations n’ont toujours pas évalué son impact sur leurs équipes et leurs pratiques, révèle un mémoire de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) présenté au ministère du Travail.

Alors que de nombreuses entreprises accélèrent leur virage numérique pour gagner en productivité et rester compétitives, l’Ordre des CRHA pointe plusieurs défis liés à l’utilisation de l’IA au travail :

  • son utilisation en gestion des ressources humaines soulève des questions éthiques, car elle peut influencer des décisions critiques touchant des millions de travailleurs ;
  • peu d’entreprises ont entamé une évaluation approfondie des impacts de l’IA sur leurs employés ;
  • l’écart technologique entre les grandes organisations et les PME ne cesse de se creuser ;
  • l’évolution rapide des technologies réduit la durée de vie utile des compétences professionnelles ;
  • les algorithmes peuvent reproduire et amplifier des biais discriminatoires, exacerbant ainsi les inégalités sur le marché du travail ;
  • la gestion algorithmique, qui repose sur l’analyse de données pour organiser, superviser et évaluer le travail, peut entraîner anxiété, frustration, perte d’autonomie et désengagement des employés.

Face à ces défis, l’ordre des CRHA recommande plusieurs mesures :

  • clarifier la responsabilité et l’imputabilité des concepteurs, des clients et des utilisateurs dans les décisions prises à l’aide de l’IA ;
  • encadrer l’utilisation des technologies de surveillance pour protéger la vie privée des employés ;
  • renforcer la littéracie numérique et proposer des programmes de requalification pour préparer les employés aux changements technologiques.

Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des CRHA, insiste sur l’urgence pour les employeurs d’encadrer l’utilisation de l’IA au sein des entreprises. « Les employeurs doivent baliser sans plus tarder l’utilisation de l’IA par les individus, procéder à de sérieuses analyses de risques dans leurs propres implantations de l’IA et s’assurer d’inclure les travailleuses, les travailleurs et les responsables des ressources humaines dans la prise de décision, » conseille-t-elle.

TÉLÉTRAVAIL : DE NOUVEAUX DÉFIS À RELEVER

Le télétravail, adopté par une proportion croissante de travailleurs, soulève des questions en matière de santé, de sécurité et de gestion des conflits. En 2023, 26 % des travailleurs québécois affirmaient ressentir une pression pour rester connectés en dehors des heures normales de travail, par exemple pour répondre à des courriels le soir ou la fin de semaine. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes employés, chez qui cette proportion est encore plus élevée.

L’hyperconnectivité a des effets néfastes sur la santé physique et mentale, aggravant le stress et perturbant l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Or, au Québec, à l’exception des moins de 16 ans, la Loi sur les normes du travail ne prévoit aucune limite quant à la durée maximale de travail quotidienne ou hebdomadaire.

L’ordre des CRHA souligne la nécessité de clarifier la responsabilité des employeurs en matière de télétravail. La loi devrait notamment préciser jusqu’où s’étendent leurs obligations en matière de santé et sécurité.

Par ailleurs, l’essor du travail sur les plateformes numériques offre une flexibilité accrue, tant pour les travailleurs que pour les exploitants de ces services. Cependant, il contribue également à une augmentation du travail précaire. Pour pallier cette réalité, l’Ordre prône la mise en place de mécanismes de protection supplémentaires pour les employés concernés.

ENCADREMENT À REVOIR

Le mémoire de l’ordre des CRHA présente plusieurs recommandations pour ajuster la législation aux défis technologiques de l’heure, notamment :

  • d’instaurer un droit à la déconnexion pour lutter contre l’hyperconnectivité.
  • d’établir la présomption du statut de salarié pour les personnes qui travaillent sur des plateformes numériques.
  • d’interdire aux employeurs de délocaliser le travail d’un employé syndiqué en grève grâce au télétravail.
  • de définir clairement la responsabilité des développeurs d’algorithmes dans les décisions qu’ils influencent.
  • de renforcer les mécanismes de dialogue entre employeurs et employés.
  • et de créer un organisme public indépendant chargé de surveiller les pratiques d’utilisation de l’IA dans le monde du travail.

« Préserver la capacité des milieux de travail à innover tout en restant attentif au volet humain des changements technologiques actuels représente un grand défi », précise Manon Poirier. Pour assurer une transformation harmonieuse à long terme, l’IA et le télétravail doivent être guidés par des principes éthiques et des règles claires qui mettent l’humain au cœur des décisions, souligne-t-elle.

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La rédaction