Trump et la DEI : l’impact se fait sentir au Canada

Par La rédaction | 4 March 2025 | Last updated on 3 March 2025
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Gros plan de collègues empilant leurs mains ensemble.
AnVr / iStock

La diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) traversent une phase critique sous l’effet des changements politiques et sociaux. La réélection de Donal Trump à la présidence des États-Unis transforme la perception des initiatives des entreprises à cet égard, constate Wyle Baoween, PDG et fondateur d’Inclusivity, une firme de consultation en DEI basée à Vancouver.

La DEI est désormais perçue sous un tout autre angle en raison des nouvelles directives et idéologies véhiculées par la Maison-Blanche, explique le spécialiste dans une entrevue à Canadian HR Reporter.

UNE OPPOSITION GRANDISSANTE AU CANADA

Si certains employeurs redoublent d’efforts pour intégrer ces principes, d’autres prennent du recul, voire reconsidèrent leur engagement. L’impact dépasse les frontières américaines et se fait sentir jusqu’au Canada.

Les mesures prises par Trump contre la DEI entraînent des répercussions directes sur les milieux de travail canadiens. D’après des sondages menés par Inclusivity, entre 7 et 8 % des employés canadiens se déclaraient opposés aux initiatives DEI avant la réélection de Trump. Depuis, cette résistance est devenue plus visible et assumée.

LA DEI ATTAQUÉE DE FRONT

Depuis son retour à la présidence, Donald Trump a intensifié ses critiques envers la DEI. Il a même attribué un récent écrasement d’avion à Washington ayant causé la mort de 67 personnes aux politiques d’inclusion, affirmant que l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) avait embauché « des travailleurs souffrant de graves déficiences intellectuelles » sous l’effet de ces mesures.

Son administration a exigé que les employés fédéraux signalent toute modification récente des descriptions de poste ou des contrats en lien avec la DEI. Tous les fonctionnaires travaillant sur ces programmes ont par ailleurs été congédiés, dans un geste pour faire disparaître ces initiatives du secteur public américain.

Pourtant, un rapport de la firme Seramount indique que 80 % des travailleurs américains jugent important que leur employeur favorise l’inclusion, et qu’une grande majorité souhaite s’impliquer activement dans la lutte contre le racisme et l’injustice.

BEAUCOUP D’INITIATIVES, PEU DE RÉSULTATS

Même avant le retour de Trump, l’efficacité des initiatives DEI suscitait des doutes, signale Wyle Baoween. Depuis 2020, la représentation des femmes aux postes de direction n’a progressé que de 1,5 %, tandis que l’écart salarial demeure inchangé.

D’après l’expert, beaucoup d’initiatives en DEI sont trop superficielles et ne sont pas intégrées à la stratégie d’entreprise. Résultats : les employés deviennent sceptiques et développent de la résistance face aux mesures.

Un autre problème réside dans le fait que de nombreuses initiatives sont menées par des employés ne possédant pas d’expertise en gestion du changement. Ces responsabilités sont souvent confiées à des employés issus du marketing, des ressources humaines ou des opérations, sans formation spécifique sur le sujet.

Par ailleurs, le langage utilisé pour promouvoir la DEI constitue un obstacle supplémentaire. Le discours est souvent complexe et polémique, truffé d’acronymes et de concepts abstraits, ce qui le rend incompréhensible pour beaucoup, estime l’expert. Selon lui, les employeurs devraient privilégier un langage simple et centré sur l’humain.

DES PDG EN FAVEUR DE LA DEI

Malgré les tensions entourant la DEI, plusieurs grands dirigeants réaffirment leur engagement. Lors du dernier Forum économique mondial de Davos, Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, a souligné que son entreprise continuerait à soutenir les communautés noires, hispaniques, LGBTQ+ et les vétérans.

Adena Friedman, PDG de Nasdaq, a également déclaré que son organisation poursuivrait ses efforts pour bâtir une culture d’entreprise inclusive, tout comme Bill Ready, PDG de Pinterest, qui a déclaré ne prévoir aucun changement dans la stratégie DEI de son entreprise.

Cependant, d’autres dirigeants, dont Elon Musk, PDG de Tesla, ont préféré saluer le principe d’embauche basé sur le « mérite, l’excellence et l’intelligence » (MEI).

Pour Wyle Baoween, les organisations qui souhaitent renforcer leur engagement dans le contexte actuel devront intégrer les initiatives DEI à leur stratégie d’affaires et éviter les approches superficielles. « L’équité est la clé. Si vous êtes justes, vous adoptez des pratiques inclusives. Si vous favorisez la diversité, vous créez un environnement plus équitable, notamment en matière de rémunération », dit-il.

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La rédaction