Un décalage important entre les risques de fraude perçus et réels

Par La rédaction | 17 February 2025 | Last updated on 14 February 2025
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Un homme tapant au clavier, devant lui on voit cinq image de profil, dont un sélectionné et en rouge.
anyaberkut / iStock

Un sondage mené auprès de dirigeants d’entreprises québécois met en lumière un gouffre entre les risques de fraude perçus et ceux réellement existants. Il faudrait adopter des stratégies plus robustes pour lutter contre la fraude financière, si l’on en croit les résultats du plus récent sondage mené par le groupe Juricomptabilité, enquêtes et soutien en cas de litiges de MNP.

Le sondage montre qu’une entreprise sur trois sera victime d’une fraude au cours de son existence.

« La hausse est alarmante : 33 % des propriétaires d’entreprise ont signalé des incidents liés à la fraude ou croient avoir été victimes. Les dommages ne se limitent pas aux pertes financières : ces situations minent le moral du personnel, aggravant les défis pour des organisations qui peinent déjà à maintenir la tête hors de l’eau », rapporte Corey Anne Bloom, associée et leader du groupe Juricomptabilité, enquêtes et soutien en cas de litiges de MNP pour la région de l’Est du Canada.

Malgré ces chiffres, 78 % des 256 hauts dirigeants et propriétaires d’entreprises interrogés évaluent le risque de fraude financière comme faible, voire modéré.

« Il est assez préoccupant de constater comment la perception du risque de fraude est demeurée presque inchangée depuis 2022, malgré les perturbations économiques et certains cas de fraude très médiatisés », déclare Corey Anne Bloom.

Le sondage montre que les propriétaires d’entreprise sont plus susceptibles de percevoir le risque de fraude comme étant élevé comparativement aux dirigeants non propriétaires. De plus, les répondants plus jeunes voient le risque de fraude financière comme étant plus élevé que leurs pairs plus âgés.

UN CONTEXTE PROPICE À LA FRAUDE

Bien que 40 % des sondés reconnaissent que ce risque s’est accentué en raison de l’inflation et de la hausse des taux d’intérêt, la fraude n’est pas une préoccupation majeure. Pour cette raison, nombre de dirigeants ne se munissent pas de stratégies de prévention adéquates.

« Les fraudeurs sont particulièrement actifs en période de perturbations, tel que nous vivons à l’heure actuelle. Les changements que nous vivons présentement sur les plans économiques et de l’organisation du travail, ainsi que l’évolution rapide de technologies qui sont de plus en plus complexes, rendent les entreprises plus vulnérables aux tentatives de fraude puisqu’elles risquent de ne pas réagir adéquatement aux différentes menaces », prévient Corey Anne Bloom.

Les besoins financiers (68 %) apparaissent comme la principale raison perçue pour commettre une fraude financière, suivis par un manque de loyauté envers l’entreprise (46 %). Il est intéressant de noter que les propriétaires d’entreprises sont moins enclins que les autres membres de l’organisation à penser que la quête d’argent est le principal moteur des employés pour se livrer à une fraude.

DES MÉTHODES NÉGLIGÉES

Les propriétaires d’entreprise sont conscients de ne pas être suffisamment préparés à lutter contre la fraude financière. Plusieurs ont même admis avoir encore moins de mesures et de techniques de détection de la fraude en place que par le passé.

Ceci laisse penser que les pressions économiques ont poussé les propriétaires d’entreprises à reléguer cette menace au second plan ou bien plus loin. En effet, selon le sondage, le recrutement de personnel et la pénurie de main-d’œuvre (30 %) sont les plus grandes préoccupations des entreprises. La fraude financière ou en milieu de travail (4 %) se classe à l’avant-dernier rang.

Alors que les signalements sont encore considérés comme la meilleure méthode de détection de la fraude, les mesures telles que les lignes de dénonciation et les formations antifraude sont sous-utilisées au sein des entreprises. Seuls 16 % des sondés se sont dotés de tels systèmes.

Il est également intéressant de constater que les entreprises ont moins recours à des contrôles antifraude de base, tels que la séparation des tâches et les vérifications préalables à l’embauche, augmentant ainsi l’exposition aux risques.

« Les dirigeants concentrent leurs efforts sur les risques dont ils entendent le plus souvent parler, comme la cybersécurité ou le vol d’informations confidentielles, ce qui crée une ouverture pour les menaces plus ciblées telles que la fraude liée à la paie, la fraude dans les états financiers et d’autres stratagèmes moins connus. Ils doivent agir maintenant pour répondre à ces risques et remédier aux lacunes dans leurs défenses afin de se protéger efficacement contre la fraude », note Simon Gaudreau, directeur principal, Juricomptabilité, enquêtes et soutien en cas de litiges chez MNP à Montréal.

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La rédaction