Dans la course à l’IA, les bilans passent avant l’engouement

Par Nicolas Ritoux | 17 February 2026 | Last updated on 23 February 2026
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Concept de processeur d’intelligence artificielle. Baie de Big Data IA.
BlackJack3D / iStock

Les gagnants de la course à l’intelligence artificielle (IA) seront principalement déterminés par leur qualité d’exécution, leur autonomie énergétique, et leurs flux de liquidité disponibles, croit Mickey Ganguly, gestionnaire de portefeuille associé, Gestion d’actifs CIBC.

L’expert prend pour exemple le différentiel de performance entre les actions d’Oracle et d’Alphabet au cours de 2025. Il s’expliquerait moins par leurs promesses respectives en matière d’IA que par la santé de leurs états financiers, par leurs contraintes réglementaires, et par la concentration de leur modèle d’affaires. 

Alphabet avait des liquidités de plus 100 milliards de dollars (G$) qui ont couvert ses dépenses de 93 G$ en 2025, à quoi il faut ajouter 24 G$ de liquidités générées en cours d’année, et un très faible niveau d’endettement.

Pendant ce temps, Oracle a signé un contrat d’infrastructure de 300 G$ avec OpenAI qui a poussé son action à la hausse, mais des questionnements ont émergé quant à sa capacité à financer ce projet et aux risques de contrepartie. L’entreprise a passé l’année à s’endetter et son flux de liquidité disponibles est passé dans le rouge puisque ses dépenses en capital ont dépassé ses revenus d’exploitation.

Sur le front réglementaire, Alphabet a passé la moitié de l’année dans la crainte d’être forcée de séparer son navigateur Chrome de son système mobile Android. Cette menace qui pesait sur son titre a finalement été levée par un juge fédéral au mois de septembre, causant un bond de 15 %. 

Pendant ce temps, les investisseurs ont commencé à se méfier de la dépendance d’Oracle envers un seul et même client, OpenAI, d’autant plus que la santé financière de ce dernier est fragilisée par d’importantes dépenses en capital sans perspectives de profits adéquats.

Alphabet a fini par se distinguer grâce à son modèle d’affaire diversifié, entre infonuagique, publicité en ligne, et intelligence artificielle, en plus de sa bonne santé financière et de ses revenus en croissance. 

Cela pousse l’expert à surpondérer Alphabet pour 2026. Ses perspectives sont encourageantes sur tous les fronts, incluant l’IA avec son modèle Gemini 3 qui rencontre beaucoup de succès, et devrait être intégré aux produits d’Apple. Oracle, en revanche, fait face à beaucoup d’incertitude en raison de ses fortes dépenses et de sa concentration sur l’IA. L’entreprise a déjà annoncé de nouvelles dépenses en construction de centres de données, qui seront financées par la dette et par des actions, ce qui nuira à sa cote de crédit et diluera ses actionnaires. 

« Les principaux joueurs de l’IA ont consacré l’année 2025 à accroître leurs capacités et leur clientèle. En 2026, on devrait clairement voir se distinguer les gagnants et les perdants. Ceux qui parviennent à livrer des agents multitâches parfaitement fonctionnels sortiront du lot. On voit déjà ce phénomène à l’œuvre du côté d’Anthropic et OpenAI, qui font la course à l’automatisation des services professionnels. Les perdants, en revanche, seront ceux qui ne parviennent pas à évoluer avec les besoins de leurs clients, et qui se contentent de mettre une étiquette AI sur leurs produits existants plutôt que d’innover réellement », analyse Mickey Ganguly.

« Leur réussite dépendra ensuite de leur capacité à s’approvisionner en électricité pour leurs centres de données, par exemple en mettant la main sur de l’énergie à rabais sans dépendre d’infrastructures tierces et en misant sur le renouvelable, particulièrement le nucléaire », poursuit-il.

Du point de vue des risques, il y a d’abord l’importance des coûts engagés dans le développement des modèles.

« Si une société investit massivement dans des infrastructures qu’elle ne parvient pas à monétiser rapidement, par exemple si l’usage croît moins vite que prévu, elle risque de voir son action négativement affectée. La meilleure façon d’éviter ce risque consiste donc à sélectionner des entreprises qui ont des états financiers durables et la capacité de financer d’elles-mêmes leurs dépenses en capital », dit Mickey Ganguly.

« Il y a aussi le risque de voir les dépenses baisser, entrainant avec elles les performances de tout l’écosystème d’IA, des fabricants de semiconducteurs aux distributeurs d’électricité ; ou encore le risque d’une guerre des prix qui ralentit le retour sur investissement », évoque-t-il.

Pour le moment, sa stratégie consiste à diversifier ses placements technologiques, entre les fournisseurs de processeurs, les éditeurs de logiciels et les sociétés adjacentes comme dans le secteur de l’énergie. « J’évite de laisser une société entrainer le portefeuille à elle seule », résume-t-il. 

« Nous nous efforçons en outre d’éviter les entreprises trop concentrées en matière de segments de marché, comme Oracle et de favoriser celles qui ont plusieurs sources de revenus, comme Alphabet, ce qui nous protège en cas de contraction. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.