Méfiez-vous de l’eau qui dort

Par Nicolas Ritoux | 21 October 2025 | Last updated on 20 October 2025
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Homme travaillant depuis son bureau, analysant des graphiques financiers imprimés et prenant des notes.
ridvan_celik / iStock

L’optimisme ambiant des marchés nous fait oublier leur grande vulnérabilité, prévient Leslie Alba, cheffe, Solutions de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC.

Elle voit trois thèmes se dégager des marchés en cette fin d’année 2025 : les faibles écarts de rendement obligataires, la surévaluation des actions, et un sentiment croissant d’euphorie parmi les participants.

« Les écarts de rendement sont faibles, car les investisseurs réclament peu d’excédents en échange du risque qu’ils prennent avec des obligations de sociétés plutôt que de gouvernements. Les actions s’échangent à des prix élevés, car les craintes liées aux tarifs douaniers américains se sont dissipées en cours d’année, et les profits des sociétés ont été au rendez-vous, notamment dans les technologies. Enfin, les banques centrales ont réduit leurs taux d’intérêt tant au Canada qu’aux États-Unis. Tout cela dénote une tolérance élevée au risque, et même une certaine euphorie », observe Leslie Alba.

Mais si la volatilité des marchés a été atténuée ces derniers mois, les « apparences de surface » ne doivent pas faire oublier la « fragilité » sous-jacente des marchés, dit l’experte.

« C’est un contexte où même un petit choc peut déclencher une réaction démesurée. La gestion du risque et la discipline s’imposent donc plus que jamais. Le ratio risque-bénéfice est de moins en moins attrayant et laisse peu de place à l’erreur. »

Elle note une surperformance des marchés mondiaux et un effritement de la domination américaine. 

« Les actions canadiennes, par exemple, s’échangent à meilleur prix que celles de l’indice américain S&P 500 alors que les prévisions de profits sont similaires. Et les marchés européens profitent d’un robuste soutien fiscal et d’un secteur bancaire vigoureux. Dans les deux cas cependant, on ne trouve pas la même culture d’innovation qu’aux États-Unis, surtout en ce qui a trait au numérique et à l’intelligence artificielle. C’est surtout l’Asie qui pose un défi, avec la croissance rapide de la Chine au niveau de la production des véhicules électriques, de l’intelligence artificielle et des énergies renouvelables. Malgré l’instabilité géopolitique, la Chine voit son influence grandir, donnant lieu à un environnement multipolaire. Pour les investisseurs, cela veut dire qu’il ne faut plus se limiter à une seule région ou un seul secteur. La diversification est essentielle », dit Leslie Alba.

À ce point de vue, elle souligne la popularité croissante des actions de sociétés privées au sein des portefeuilles, mais met en garde contre leur faible liquidité.

« Il peut être intéressant de s’exposer à ces possibilités de croissance dynamiques, mais les investisseurs doivent en comprendre les risques, au premier chef leur manque de liquidité. L’idéal est de réaliser des placements modestes et alignés sur les objectifs à long terme et la tolérance au risque, sans compromettre les besoins de liquidité. Mieux vaut opter pour la prudence », insiste Leslie Alba.

Dans ses portefeuilles sous gestion, elle favorise la neutralité entre actions et revenu fixe. 

« Notre répartition d’actifs s’appuie sur leur productivité intrinsèque. Pour les actions, nous nous concentrons sur la trajectoire des profits, et pour les obligations, nous nous attardons aux rendements et à l’inflation. Nous gardons à l’œil les éléments fondamentaux à long terme, en évitant de réagir aux bruits du marché à court terme. Notre approche est à la fois dynamique et diversifiée : nous réagissons aux changements profonds plutôt qu’aux manchettes du moment, pour aider les investisseurs à naviguer au travers de l’incertitude et à capturer la croissance à long terme », explique Leslie Alba.

Dans l’ensemble, elle se dit optimiste pour les marchés, bien que consciente des risques.

« Malgré la fragilité de l’économie, nous trouvons encourageantes les politiques des banques centrales, et espérons qu’elles pourront éviter une récession au Canada, aux États-Unis et ailleurs. Nous restons vigilants quant à la stabilité des institutions qui garantissent la vigueur des devises et les rendements des obligations. »

 Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.