Le billet vert face aux vents contraires

Par Nicolas Ritoux | 10 February 2026 | Last updated on 9 February 2026
3 min read
Dollars américains
Photo : Gordan1 / iStock

La croissance mondiale va se faire au détriment du dollar américain, selon Éric Morin, chef de la recherche mondiale pour Gestion d’actifs CIBC. 

« La croissance à venir dépendra d’abord des politiques budgétaires, notamment des baisses de taux mises en œuvre par les banques centrales au cours de 2025, dont les effets devraient se faire sentir cette année. Elle sera aussi soutenue par la hausse marquée des dépenses militaires en Europe, au Japon et en Chine. Par la suite, la croissance reposera sur le cycle technologique mondial, porté tant par la demande que par les investissements dans l’intelligence artificielle, les centres de données et les ressources nécessaires à la production des équipements et des infrastructures », soutient Éric Morin. 

L’expert croit que ces facteurs seront suffisants à produire une forte croissance en 2026, malgré les pressions exercées par les tarifs douaniers et les politiques d’immigration de l’administration américaine. 

« Pour les investisseurs, cela signifie que l’environnement est favorable aux actifs plus risqués et qu’il exercera une pression à la baisse sur le dollar américain. En effet, celui-ci tend à se déprécier lorsque la croissance mondiale est vigoureuse, ce qui devrait vraisemblablement être le cas, particulièrement à l’extérieur des États-Unis », poursuit Éric Morin. 

La perspective d’un « différentiel de croissance » entre les États-Unis et le reste du monde le pousse à sous-pondérer les actifs américains pour les mois à venir.  

« Les États-Unis affichent un important déficit du compte courant avec le reste du monde. Autrement dit, ils importent bien plus qu’ils n’exportent, et cet écart doit être financé par des capitaux étrangers. Jusqu’ici, cela ne posait pas de problème, puisque les actions américaines étaient très attrayantes. Mais à mesure que le déficit se creuse, l’appétit pour les actifs américains pourrait s’atténuer et exercer une pression à la baisse sur le dollar », prédit Éric Morin. 

Il note d’ailleurs que les investisseurs institutionnels ont un regain d’intérêt pour les marchés émergents et tendent à réduire leur exposition aux bons du Trésor américain.

« Le dollar américain est actuellement surévalué. Il s’inscrit dans un mégacycle : tandis que les cycles d’affaires durent quelques années, celui du dollar peut s’étaler sur plus d’une décennie. Or il est surévalué depuis un certain temps et devrait donc naturellement s’orienter vers un affaiblissement », résume Éric Morin. 

« Enfin, le monde s’éloigne progressivement de l’américanocentrisme pour évoluer vers un système multipolaire et plus fragmenté, marqué par la montée des rivalités. Dans ce contexte, le dollar américain conserve son statut de principale devise de réserve mondiale, mais la demande à son égard tend à s’affaiblir. »

Pendant ce temps, l’or devrait continuer à profiter des changements géopolitiques, au profit de pays producteurs comme le Canada.

« La part de l’or dans les réserves des banques centrales dépasse actuellement 20 %, mais elle excédait 30 % à la fin des années 1980 et atteignait même plus de 50 % au plus fort de la guerre froide. Il reste donc une marge de progression importante », note l’expert.

Il s’agit de l’un des facteurs qui l’amènent à croire que le marché d’actions canadien demeure sous-évalué, d’autant plus qu’il offre de solides possibilités de diversification face aux marchés d’actions américains, largement dominés par les technologies. 

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.