Le billet vert n’a pas dit son dernier mot

Par Nicolas Ritoux | 9 September 2025 | Last updated on 10 September 2025
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Dollars américains
Photo : Gordan1 / iStock

Malgré les nombreux vents contraires qu’il affronte actuellement, le dollar américain devrait demeurer la devise dominante de l’économie mondiale, croit Éric Morin, directeur de la stratégie macroéconomique mondiale au sein de l’équipe de gestion des devises à Gestion d’actifs CIBC.

Plusieurs facteurs contribuent à l’affaiblissement de la devise américaine :

  • d’une part, les tarifs douaniers négociés par la nouvelle administration alourdissent la facture des consommateurs et des entreprises, car ce sont eux qui en assument ultimement le coût ;
  • d’autre part, la Réserve fédérale américaine (Fed) a entrepris un cycle de normalisation qui va probablement l’amener à abaisser de nouveau ses taux d’intérêt.

Selon l’expert, cette combinaison de tarifs douaniers et de politique monétaire ralentira la croissance économique américaine d’au moins un point de pourcentage dans les 12 prochains mois. Il entrevoit des baisses de taux « d’au moins 100 points de base » d’ici là. 

« Les institutions américaines sont aux prises avec un risque élevé, avec d’un côté un déficit élevé à environ 6 ou 7 % du PIB, et une hausse marquée de la dette publique. Les investisseurs étrangers s’inquiètent de plus en plus de la soutenabilité budgétaire à long terme des États-Unis. C’est un sentiment inédit, qui se traduit par une prime de risque sur les rendements à long terme », observe Éric Morin.

« Un autre sujet d’inquiétude porte sur l’indépendance de la Fed, alors que le président Trump a menacé de limoger des membres du FOMC, le comité qui conduit la politique monétaire. Un tel niveau d’ingérence politique, plus souvent associé aux pays émergents, risque d’éroder la confiance envers les institutions. Dans ce contexte, plusieurs banques centrales sont tentées de réduire leur exposition aux actifs américains et en particulier aux bons du Trésor. »

Il croit que les prix des marchés reflètent d’ores et déjà entre quatre et cinq baisses de taux de 25 points de base pour les 12 prochains mois, une évaluation « raisonnable » selon lui, mais qui va peser sur le billet vert.

« Bien sûr, il reste la possibilité que l’économie américaine soit plus résiliente qu’on le croit, et que la Fed réduise moins ses taux que prévu. Beaucoup d’incertitude demeure », tempère Éric Morin.

Pour les épargnants d’ici, la faiblesse du billet vert est plutôt encourageante, assure-t-il.

« Les Canadiens ont tout intérêt à détenir des actifs américains, même si la devise s’affaiblit. Nous préconisons des stratégies de couverture qui tiennent compte à la fois du risque de change et des attraits fondamentaux des titres américains. Il faut garder à l’esprit que, malgré sa faiblesse relative, le dollar américain demeure la principale devise de réserve de l’économie mondiale. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.