L’indépendance de la Fed mise à l’épreuve

Par Nicolas Ritoux | 7 October 2025 | Last updated on 6 October 2025
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Banque fédérale de réserve à Washington D.C.
Philip / AdobeStock

Toute interférence des gouvernements dans la politique des banques centrales compromet la confiance des investisseurs, rappelle Giuseppe Pietrantonio, directeur et vice-président des solutions multiclasse d’actifs et gestion des devises à Gestion d’actifs CIBC.

« L’indépendance est un enjeu crucial pour les banques centrales, car celles-ci ont un mandat différent de celui des gouvernements, qui consiste à maintenir à des niveaux raisonnables le taux de chômage et les prix à la consommation. Dit autrement, elles assurent la stabilité à long terme, tandis que les gouvernements élus pour quelques années ont des délais d’action plus courts. Elles doivent donc pouvoir garder le cap sans se soucier des pressions politiques du moment », explique Giuseppe Pietrantonio. 

Le niveau d’indépendance des banques centrales influence directement leur crédibilité auprès du reste du monde. Dans plusieurs pays émergents, le manque d’indépendance entraîne une dépréciation rapide de la devise, et pèse sur toutes les catégories d’actif, des obligations aux actions. La Réserve fédérale américaine (Fed), de son côté, jouit d’un haut niveau de crédibilité depuis de longues années. Mais la situation pourrait se détériorer sous l’effet des pressions de l’administration Trump. 

« Les participants du marché sont attachés à la stabilité de la Fed. Lorsqu’ils sentent que le président Trump souhaite imposer sa volonté, cela les rend nerveux. Ils tendent alors à réclamer des rendements plus élevés, comme on le constate avec les bons du Trésor américain sur cinq et dix ans », note Giuseppe Pietrantonio. 

« Historiquement, les banques centrales des pays développés ont maintenu une certaine crédibilité avec leurs politiques monétaires pour combattre l’inflation, qui est restée faible pendant plusieurs décennies pendant que les pays émergents souffraient d’inflation élevée. Les politiques ont différé quelque peu dernièrement, entre la Banque centrale européenne et la Banque du Canada qui ont rapidement baissé leurs taux, et la Fed qui a pris davantage de temps à réagir. Mais cela est justifié par une croissance plus vigoureuse aux États-Unis », poursuit l’expert. 

À l’inverse, il évoque les exemples de la Turquie et de l’Argentine, où l’ingérence des gouvernements dans les politiques monétaires a eu des effets calamiteux sur les devises et les rendements obligataires. C’est précisément ce risque que fait courir le président Trump aux États-Unis, selon lui, en critiquant publiquement les décisions de la Fed et en réclamant le départ de son président Jerome Powell. 

« Les États-Unis affichent un déficit vis-à-vis de l’investissement direct étranger, qui finance en grande partie la balance des paiements. Si cette injection de capitaux vient à faiblir, les rendements du revenu fixe devront grimper pour inciter les investisseurs à détenir de la dette américaine. Il faut donc se méfier des efforts du gouvernement pour imposer ses candidats favoris à la présidence de la Fed. Cela pose un grand risque pour les marchés de capitaux », tranche Giuseppe Pietrantonio. 

« La Fed se trouve actuellement dans une situation délicate où l’inflation stagne, l’économie ralentit, et la dette publique augmente. Pendant ce temps, le gouvernement la pousse à réduire ses taux en soulignant son retard sur les autres banques centrales. Or, l’histoire a montré que réduire les taux trop tôt après un ralentissement de l’inflation peut provoquer un nouveau rebond des prix. C’est ce que la Fed tente d’éviter, d’autant plus que dans le cas présent, il faut ajouter l’effet inflationniste des tarifs douaniers », poursuit l’expert. 

« La Fed doit prendre une décision difficile, entre garder des taux élevés qui font pression sur la croissance et l’emploi, ou les réduire avec le risque de voir l’inflation remonter. Elle attendra probablement que l’inflation reste modeste pendant encore deux trimestres avant de pouvoir réduire les taux avec des effets positifs sur l’emploi et la croissance. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.