Vers une autre année de surperformance pour les actions canadiennes

Par Nicolas Ritoux | 2 December 2025 | Last updated on 8 December 2025
5 min read
Un homme d’affaires regarde vers la ville à l’horizon à travers des jumelles.
erhui1979 / iStock

Les étoiles sont alignées pour que l’indice canadien TSX batte l’américain S&P 500 en 2026, croit Craig Jerusalim, directeur de portefeuille principal, actions canadiennes, Gestion d’actifs CIBC.

 « Il est amusant de se rappeler à quel point notre optimisme du début 2025 allait à contre-courant, alors que la plupart des analystes se méfiaient des actions. Notre équipe avait anticipé une surperformance d’environ 10 % du S&P 500, misant sur une croissance des bénéfices et sur des valorisations attrayantes. Mais notre lecture n’était que partiellement juste. Nous n’avions pas prévu que les investissements massifs en intelligence artificielle (IA) propulseraient les technologies d’un bout à l’autre de la chaîne d’approvisionnement, des centres de données aux sources d’énergie en passant par tous les équipements nécessaires. Aucun blocage budgétaire, tarifs douaniers ou risques géopolitiques n’a pu entamer l’enthousiasme des investisseurs envers ces titres ! », observe Craig Jerusalim.

 Pendant que les actions canadiennes affichaient de solides performances, l’économie présentait un portrait moins reluisant, souligne l’expert. La hausse du chômage, la croissance au ralenti et la guerre commerciale américaine ont laissé des traces. Mais puisque les entreprises canadiennes génèrent près de 60 % de leurs revenus à l’étranger, dont environ 40 % aux États-Unis, leurs résultats boursiers ne reflètent pas nécessairement l’état de l’économie canadienne, et l’inverse est tout aussi vrai.

À la mi-novembre, les actions canadiennes affichaient plus de 25 % de gains depuis le début de l’année, surpassant ainsi le S&P 500.  

Selon l’expert, cette performance s’explique par un marché canadien plus diversifié, doté d’une croissance comparable, de dividendes plus élevés, et de valorisations plus attrayants. Et il prévoit d’ores et déjà une surperformance similaire pour 2026.

« Les gains provenaient en partie des matériaux de base, et en particulier des titres aurifères, qui ont plus que doublé de valeur cette année, et triplé en trois ans. Une progression soutenue par le prix mondial de l’or, qui a récemment atteint des sommets historiques. Les investisseurs s’en servent comme couverture contre l’inflation, mais aussi comme valeur refuge dans un contexte d’incertitude géopolitique et comme outil de diversification par rapport aux actions et obligations. Plusieurs pays, comme la Chine et la Russie, ont explicitement décidé de réduire leur exposition aux bons du Trésor américain, et puisqu’il n’y a pas vraiment d’alternative parmi les autres devises, ils ont acheté de grandes quantités d’or sans se soucier du prix », relève Craig Jerusalim.

Il note que la Chine a encore de la marge de manœuvre pour accumuler le précieux métal puisqu’il ne compte que pour 8 % de ses réserves, contre une moyenne mondiale de 25 %. 

« Nous n’avons jamais autant détenu de titres aurifères dans notre portefeuille. Ces sociétés permettent d’investir dans l’or avec effet de levier, compte tenu des importants flux de liquidités excédentaires qu’elles génèrent aux cours actuels. Elles comprennent qu’elles seront récompensées pour leurs profits, plutôt que pour la construction d’empires, et rendent beaucoup de capital à leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions, d’autant plus qu’elles ont remboursé leurs dettes. C’est notamment le cas d’entreprises comme Barrick, Agnico Eagle et Alamos », explique Craig Jerusalim. 

LE MOMENTUM ET L’IA

Selon lui, un autre grand thème de 2025 a été la sous-performance des titres de qualité en faveur du momentum et des sociétés de moindre qualité. Beaucoup de sociétés peu profitables et fortement endettées ont vu pourtant leurs titres surperformer, un phénomène que l’expert qualifie d’épisode de « spéculation » appelé à rester éphémère. Il se réjouit d’ailleurs de constater que plusieurs titres de grande qualité s’échangent aujourd’hui à des prix attrayants pour les investisseurs capables d’en reconnaître le potentiel. C’est ainsi le cas de titres comme Intact Corporation Financière, Element Fleet, Fairfax, Waste Connections, GFL, Trisura, Thomson Reuters et Boyd Group.

Côté IA, plusieurs entreprises technologiques canadiennes ont surfé sur l’engouement, comme Celestica et Shopify. Les sociétés répondant aux besoins des centres de données en ont également bénéficié, comme le partenariat de Cameco et Brookfield dans Westinghouse, et des firmes d’ingénierie et construction comme AtkinsRéalis, WSP et Stantec. 

Si plusieurs perçoivent l’IA comme une bulle financière prête à éclater, les sociétés canadiennes demeurent peu vulnérables. Elles enregistrent en effet de véritables gains de productivité et d’amélioration des marges grâce à l’IA, des résultats qui se reflètent clairement dans leurs états financiers, souligne l’expert.

Il mentionne TC Energy, qui a exploité l’apprentissage-machine pour accroître de 10 % le débit en gaz naturel de ses pipelines, produisant ainsi un milliard de profits supplémentaires sans toucher à son effectif ni réaliser d’investissement majeur. Ou encore Brookfield Asset Management, qui a lancé un fonds de 10 milliards de dollars dédié aux infrastructures de l’IA en partenariat avec Nvidia et les autorités du Koweit, et qui s’attend à percevoir des retours d’investissement pour de nombreuses années. 

« Le ratio risque/bénéfice est moins grand pour les actions canadiennes liées à l’IA, car elles sont bien moins spéculatives et plus prévisibles que les américaines », assure Craig Jerusalim. 

Au bout du compte, l’année 2025 a souri aux actionnaires des sociétés canadiennes, mis à part une légère contraction autour du « jour de la Libération » de l’administration Trump au mois d’avril. Si des corrections de 5 à 10 % se présentent de nouveau, elles seront autant d’occasion de saisir des titres de qualité à bon prix. 

Craig Jerusalim prévoit une performance « dans les deux chiffres inférieurs » pour le TSX pour 2026, basée sur une croissance des profits de 10 % selon la plupart des analyses ascendantes. 

« Le plus grand risque est de voir l’intérêt des investisseurs pour l’IA s’effriter à force de déceptions. Mais le S&P 500 y est bien plus vulnérable que le TSX, et c’est pourquoi j’entrevois une autre année de surperformance pour ce dernier. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.