Alzheimer et planification financière : agir avant qu’il ne soit trop tard

Par Sylvie Lemieux | 23 October 2025 | Last updated on 22 October 2025
4 min read
Des mains d'une personne d'un certain âge, posées sur une canne
PeopleImages / iStock

La maladie d’Alzheimer touche une part croissante de la population âgée. Pour les conseillers, il est essentiel d’ouvrir la discussion quand leurs clients sont encore aptes à prendre des décisions.

En 2025, environ 772 000 personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer ou un autre trouble neurocognitif au Canada, selon les données de la Société Alzheimer. Cela représente près de 2 % de la population, mais la proportion grimpe à 8 % chez les 65 ans et plus, et atteint près de 25 % chez les 85 ans et plus.

« Dès qu’un client vieillit, on doit s’attendre à ce que ces enjeux fassent partie de sa réalité, ou de celle de ses proches », affirme Serge Lessard, vice-président adjoint régional pour le Québec chez Manuvie.

Pour lui, il ne s’agit pas de dramatiser, mais de prévenir. « Le rôle du conseiller, c’est d’aider à structurer la réponse financière avant que la personne ne perde la capacité de décider », souligne-t-il.

Lorsqu’un client devient inapte, les décisions financières doivent souvent être prises par un tiers. Mais si rien n’a été prévu, le conseiller se retrouve dans une impasse. « On ne sait plus à qui parler. On peut rester bloqué pendant des mois, voire des années, entre les premiers signes de déclin et la reconnaissance juridique de l’inaptitude », rappelle-t-il.

DEUX DOCUMENTS IMPORTANTS

Pour éviter cet imbroglio, deux documents sont essentiels : la procuration générale et le mandat de protection.

La procuration générale permet à une personne de confiance de gérer les finances tant que le client est encore jugé apte. Le mandat de protection, lui, entre en vigueur seulement après une déclaration d’inaptitude par le tribunal. Les deux sont complémentaires.

« La procuration comble la zone grise entre les premiers symptômes et la reconnaissance officielle de l’inaptitude. Le mandat prend ensuite le relais. Idéalement, les deux sont préparés ensemble », explique Serge Lessard.

Il recommande fortement de faire appel à un notaire. « Ce n’est pas obligatoire, mais c’est de loin la meilleure option. Le notaire peut s’assurer que le client est apte au moment de signer, et il va personnaliser les clauses pour éviter toute confusion. Les documents en ligne, c’est risqué. »

Autre conseil : il vaut mieux nommer la même personne dans les deux documents pour éviter les conflits d’interprétation.

LES OUTILS DE PLANIFICATION FINANCIÈRE

Au-delà des questions légales, des outils financiers permettent d’atténuer l’impact de la maladie sur le patrimoine.

1. Assurance maladie grave

Ce produit permet de recevoir un capital advenant un diagnostic d’une maladie couverte, comme l’Alzheimer. « C’est un des meilleurs moyens de générer des liquidités rapidement, pour rembourser des dettes ou couvrir des soins », estime Serge Lessard. L’inconvénient : il faut la souscrire bien avant que la maladie ne se manifeste, alors qu’on est encore assurable.

2. Rente viagère ou à terme

Elle garantit un revenu régulier, souvent à vie. « C’est un outil sécuritaire, particulièrement utile quand la personne n’a plus la capacité de gérer ses placements », dit-il. Il souligne que les rentes sont parfois boudées à cause de leur faible rendement. « Mais dans le cas de l’Alzheimer, la sécurité est plus importante que la performance », soutient-il.

3. Fonds distincts avec bénéficiaire désigné

Ces produits d’assurance permettent de transmettre des sommes rapidement au décès, sans passer par la succession. « Le paiement se fait souvent en 10 à 14 jours après la déclaration officielle du décès. C’est très utile quand un conjoint doit payer des soins ou stabiliser les finances. »

LE REEI : RAREMENT PERTINENT

Le Régime enregistré d’épargne-invalidité (REEI) est souvent mentionné comme outil de protection. Pourtant, il est rarement applicable dans le cas de l’Alzheimer.

« Le problème, c’est l’âge. Le REEI ne peut être ouvert ni alimenté après 59 ans. Or, la majorité des diagnostics d’Alzheimer surviennent après 65 ans », souligne Serge Lessard. Ce produit est donc réservé aux situations d’invalidité qui sont plus précoces.

PENSER AUSSI AU PROCHE AIDANT

La planification doit inclure les proches, en particulier le conjoint ou la conjointe. « Si cette personne décède sans avoir prévu de fiducie testamentaire, tous les actifs peuvent se retrouver entre les mains d’un conjoint devenu inapte. »

Pour éviter cette situation, Serge Lessard recommande d’ajouter une clause spécifique au testament ou de créer une fiducie qui protégera la personne vulnérable tout en assurant une transmission fluide vers les héritiers.

Par ailleurs, en cas d’inaptitude, les revenus cessent, mais les dettes demeurent. Pour ceux qui continuent à travailler après 65 ans ou qui ont encore des prêts importants, cette situation peut s’avérer risquée.

« Un fonds distinct structuré avec un bénéficiaire admissible permet de protéger les actifs contre les créanciers, même en cas de faillite », indique Serge Lessard. C’est une façon simple d’éviter qu’un diagnostic entraîne une perte de patrimoine inutile.

MIEUX VAUT TÔT QUE TROP TARD

Parler d’Alzheimer avec un client n’est jamais facile. Mais attendre peut avoir de lourdes conséquences. « On ne peut pas toujours prédire qui sera touché. Ce qu’on peut faire, c’est mettre en place les bons outils au bon moment », rappelle Serge Lessard.

« Notre travail, c’est de gérer les risques : invalidité, maladie, perte de capacité. Ce sont des conversations difficiles, mais c’est précisément là que la valeur du conseiller se manifeste », conclut-il.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.