Les meilleurs gestionnaires de portefeuille québécois

Par Carole Le Hirez | 30 September 2024 | Last updated on 7 January 2025
7 min read
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L’univers de la gestion de portefeuille est dominé par des experts mondiaux. Cependant, quelques figures québécoises se distinguent par leur capacité à battre les indices boursiers sur des périodes prolongées. Dans son livre Les maîtres de la bourse au Québec, André Gosselin, ancien gestionnaire de portefeuille et chroniqueur financier, livre les secrets de 12 gestionnaires québécois qui se distinguent. Il en retire également des leçons pour les conseillers.

DEUX STYLES, DEUX SUCCÈS

François Rochon, fondateur de Giverny Capital, est un gestionnaire de portefeuille québécois connu pour son approche méthodique et disciplinée. Inspiré par Warren Buffett, ce collectionneur d’art éclairé privilégie une stratégie de croissance axée sur les entreprises exceptionnelles dont les modèles d’affaires sont difficiles à répliquer. Ce n’est pas un hasard s’il bat ses indices de référence deux années sur trois, y compris des indices réputés comme le S&P 500, dominé par des géants tels qu’Apple et Microsoft.

La clé de son succès ? La patience et la rigueur. « Rochon attend le moment opportun pour acheter des actions, souvent lors de corrections mineures ou majeures. Cette approche disciplinée lui permet de construire un portefeuille solide, tout en minimisant les risques », dit l’auteur qui le fréquente depuis une vingtaine d’années.

Les clients de François Rochon sont souvent attachés à son approche transparente et pédagogique. Ils sont nombreux à suivre ses conseils année après année et n’hésitent pas à assister à l’assemblée annuelle de Giverny Capital accompagnés de leurs adolescents pour leur présenter le gestionnaire.

Le gestionnaire publie chaque année une lettre où il partage ses réflexions et sa sélection d’entreprises, créant ainsi un lien de confiance durable avec ses clients. Sa capacité à communiquer efficacement sa stratégie est un aspect essentiel pour fidéliser sa clientèle.

La stratégie de Nadim Rizk repose aussi sur des entreprises solides, comme Microsoft et Mastercard. Cependant, il garde en portefeuille pendant parfois plus de 10 ans, là où François Rochon les conserve environ 5 ans. Originaire du Liban, Nadim Rizk a étudié à l’Université Mc Gill en finance et a fait ses débuts à la Caisse de retraite du Canadien National avant de rejoindre l’équipe de gestionnaires de Fiera Capital. En 2022, il quitte Fiera pour fonder sa propre entreprise, Pinestone, spécialisée dans la gestion des caisses de retraite et des fonds de dotation.

 « Ce qui distingue Nadim Rizk, c’est sa confiance dans la direction des entreprises qu’il sélectionne. Même dans les périodes de sous-performance, il est convaincu que les dirigeants parviendront à surmonter les défis et à générer d’excellents rendements », indique André Gosselin.

Cette approche démontre l’importance de réaliser une analyse approfondie des titres et de mettre en place une gestion de portefeuille axée sur la confiance dans les entreprises sélectionnées. Elle illustre également que la patience et une stratégie à long terme peuvent offrir des résultats probants.

L’IMPORTANCE D’UNE APPROCHE LOCALE

André Gosselin souligne que de nombreux gestionnaires québécois, bien qu’indépendants des grandes institutions, obtiennent d’excellents résultats. Marc Lecavalier, gestionnaire du Fonds Croissance Québec de BNI chez Fiera Capital, est un exemple de succès avec une orientation vers les PME québécoises, contrairement à d’autres qui se concentrent davantage sur les grandes entreprises internationales.

La spécialité de Marc Lecavalier consiste à investir dans des entreprises locales qui se développent par des acquisitions, comme Alimentation Couche-Tard, qui a réalisé plusieurs acquisitions à l’étranger pour devenir une multinationale.

Les conseillers peuvent s’inspirer de ces stratégies en intégrant des actions d’entreprises locales dans les portefeuilles de leurs clients, surtout dans un contexte où les clients recherchent des placements plus proches de leurs valeurs et de leur communauté.

DES LEÇONS À RETENIR

Une des leçons qui ressort du parcours de ces grands gestionnaires, parmi lesquels figurent aussi Robert Beauregard de Global Alpha, Carl Simard de Gestion de portefeuille stratégique Medici et Philippe Hynes de Tonus Capital, est l’importance de la rigueur et de la discipline.

Tous les gestionnaires présentés dans le livre ont su maintenir leur approche d’investissement au fil des ans, même dans des périodes plus difficiles. La constance dans la stratégie, couplée à une passion pour l’investissement et les entreprises, est un facteur clé de leur succès.

De plus, ces gestionnaires sont tous de grands lecteurs, curieux et ouverts à de nouvelles idées. Leurs intérêts vont au-delà des chiffres. En plus de scruter les résultats des entreprises, ils s’intéressent à l’économie mondiale, à la psychologie et aux sciences sociales, ce qui enrichit leur compréhension des entreprises dans lesquelles ils investissent. Cette ouverture à l’apprentissage continu est essentielle pour rester à jour avec les nouvelles tendances du marché, estime l’auteur.

DES PARCOURS FAÇONNÉS PAR LA CURIOSITÉ

Maxime Lemieux, chez Fidelity, a vu son parcours façonné par un environnement familial propice à l’investissement. C’est un de ses oncles qui, désireux de transmettre sa passion pour la finance, a formé un club d’investisseurs avec ses neveux, dont Maxime faisait partie aux côtés de ses cousins. Ce club a été pour lui le point de départ d’une réelle curiosité pour les marchés financiers, qui s’est progressivement renforcée avec le temps.

Souvent, cet intérêt pour la bourse émerge pendant les études secondaires et se développe au Cégep, où de nombreux jeunes investisseurs commencent à explorer des ouvrages grand public sur le sujet, tel que le livre de l’investisseur américain Peter Lynch, traduit en français sous le titre Et si vous en saviez assez pour gagner en bourse. Cet ouvrage a souvent été l’élément déclencheur d’un engagement sérieux dans le domaine financier.

Philippe Leblanc, président de COTE 100, a été influencé comme plusieurs autres par les écrits de Warren Buffett, légende vivante de l’investissement. La découverte de cette figure emblématique a éveillé en lui une véritable fascination pour l’investissement. Une philosophie qui se retrouve dans l’approche de sélection de titres rigoureuse de la firme.

Aucune femme ne figure parmi les gestionnaires présentés par André Gosselin. Bien que les gestionnaires québécois soient majoritairement des hommes, la nouvelle génération, notamment des femmes comme Karine Turcotte chez Medici, commence à se faire une place dans le domaine, précise-t-il.

Si les femmes ne sont pas plus présentes en gestion de portefeuille, c’est qu’elles se concentrent davantage sur la gestion de patrimoine, préférant adopter une approche plus globale des finances des clients, avance l’auteur. Toutefois, il est probable que de plus en plus de femmes se tournent vers la gestion de portefeuille active dans les années à venir.

GESTION ACTIVE OU PASSIVE ?

Cette éternelle question est toujours d’actualité. Dans son livre, Gosselin plaide en faveur de la gestion active, tout en reconnaissant que la gestion passive a ses avantages. Les fonds indiciels, par exemple, offrent une option simple et peu coûteuse pour les investisseurs à long terme. Cependant, la gestion active, lorsqu’elle est bien exécutée par des gestionnaires compétents, peut générer des rendements nettement supérieurs à l’indice boursier.

Il suggère que les conseillers financiers devraient envisager un équilibre entre ces deux approches dans les portefeuilles de leurs clients. En combinant une gestion passive avec une sélection de gestionnaires actifs talentueux, les clients peuvent obtenir le meilleur des deux mondes : des rendements solides tout en minimisant les risques liés à une gestion uniquement active ou passive.

L’AVANTAGE D’ÊTRE PETIT

Bon nombre de gestionnaires qui réussissent ne se trouvent pas au sein de grandes structures. Beaucoup d’entre eux ont choisi de créer leur propre entreprise, devenant ainsi des entrepreneurs à part entière, comme le groupe Ouellet Bolduc, basé à Rimouski, fondé par Daniel Ouellet et Jonathan Bolduc en 2000. Ce cabinet d’une vingtaine d’employés qui gère plus de 2 milliards d’actifs sert la clientèle du Bas-St-Laurent et de la Gaspésie avec une approche globale tout en obtenant des rendements supérieurs de 1,87 %, 2,08 % et 3,62 % à l’indice de référence avec ses trois portefeuilles « croissance ».

Au Québec, bien que l’industrie de la gestion de portefeuille soit relativement petite et fragile, elle constitue un écosystème dynamique qui doit être consolidé pour prospérer, estime André Gosselin.

C’est aussi à partir de ces petites entreprises, souvent créées par des entrepreneurs passionnés, que se forme la relève de demain. Elles jouent donc un rôle crucial dans la formation des nouveaux gestionnaires de portefeuille, car elles créent un attachement fort entre les jeunes professionnels et la firme en leur offrant la possibilité de devenir rapidement associés.

Ces jeunes gestionnaires s’impliquent ainsi davantage dans le succès de l’entreprise. Cette implication directe les motive à prendre à cœur les intérêts de la firme et à adopter une vision entrepreneuriale, favorisant un succès durable tant pour l’individu que pour l’organisation.

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Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.