Des histoires financières cauchemardesques

Par Alizée Calza | 31 October 2024 | Last updated on 31 October 2024
6 min read
Ciel dramatique d'Halloween avec pleine lune, chauve-souris et arbres en silhouette.
iStock / subjug

Halloween est le moment idéal pour se replonger dans les classiques et moins classique du cinéma d’horreur. Mais parfois, la réalité est bien plus terrifiante que n’importe quel serial killer avec un masque blanc. C’est ce qu’ont démontré trois professionnelles lors d’un événement qui s’est tenu le 23 octobre dernier.

Annie Bertrand, gestionnaire de portefeuille à Liberty, gestion de placement international, Emilie Robillard, conseillère en sécurité financière à Gascon Gestion de patrimoine et Mélanie Bellemare, notaire, ont partagé plusieurs cas réels tirés de leur pratique et certainement de vos pires cauchemars.

UN HÉRITAGE SANS TESTAMENT

Mélanie Bellemare a brisé la glace avec l’histoire d’un couple marié dont le mari est décédé sans avoir laissé de testament.

« De son vivant, il assurait à son épouse : “Nous n’en avons pas besoin puisque nous sommes mariés, on est corrects” », rapporte la notaire qui rappelle que, sans testament, c’est la loi qui détermine les héritiers.

Dans ce cas-ci, la femme a eu la mauvaise surprise de découvrir, après le décès de son mari, qu’elle devrait partager l’héritage avec les deux filles que celui-ci avait eu d’un premier mariage. Et malheureusement, les relations entre les trois femmes sont très tendues.

Résultats : aucun liquidateur n’a encore été désigné, et des avocats ont été mêlés à l’affaire. Ceci, alors que la succession ne s’élève qu’à environ 15 000 $.

« Il ne restera pas grand-chose », calcule Mélanie Bellemare, soulignant que tout cela aurait pu être évité si l’homme avait pris le temps de rédiger un testament en désignant clairement ses héritiers et son liquidateur.

DES ASSURANCES MAL ADAPTÉES

Émilie Robillard, pour sa part, a partagé l’histoire tragique d’une entreprise familiale contrainte de fermer prématurément faute de protection adéquate.

« C’était un frère et une sœur qui avaient repris l’entreprise familiale. En début de carrière, ils avaient souscrit des assurances, mais malgré une valorisation importante de l’entreprise, celles-ci n’ont jamais été révisées », raconte la planificatrice financière.

Malheureusement, le frère est tombé malade et est décédé. Les protections en place n’étaient pas suffisantes, et l’entreprise n’avait pas les ressources financières nécessaires pour faire face aux obligations liées au rachat des parts des actionnaires.

« C’est très triste d’être un témoin impuissant de cela », assure Émilie Robillard, précisant qu’il y avait pourtant beaucoup de professionnels impliqués auprès de ces entrepreneurs. Pour expliquer cette situation catastrophique, elle accuse le cloisonnement fréquent entre les professionnels, encourageant plutôt une meilleure communication et une bonne collaboration entre eux.

« Pour moi, c’est vraiment un travail collaboratif, je ne suis pas en compétition avec les autres », assure-t-elle, en ajoutant qu’un autre professionnel peut souvent identifier des angles morts que l’on aurait pu négliger.

PLANIFIER LA RETRAITE… À PLUS DE 60 ANS

La planificatrice financière a également évoqué le cas d’une cliente qui s’est réveillée pour préparer sa retraite à 62 ans. « Dans ce cas, la dame n’avait pas de fonds de pension. Quand nous lui avons demandé de nous soumettre un budget, son coût de vie dépassait presque ses revenus, ce qui limitait sa capacité d’épargne », se souvient la planificatrice financière.

Selon leurs estimations, la cliente aurait épuisé toutes ses ressources à 70 ans. Il semblait évident qu’elle devrait vendre ou réhypothéquer sa maison pour subvenir à ses besoins. « Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas une solution », souligne Émilie Robillard, précisant que cette dame risquait de vivre avec des ressources limitées, dépendant de la société et des pensions de base, tout en étant contrainte de travailler plus longtemps que prévu.

« Ce n’est pas une retraite de rêve », conclut-elle. Malheureusement, cette situation n’est pas isolée, car beaucoup de gens ne savent pas à quoi s’attendre en matière de revenus à la retraite.

UN RETRAIT ÉMOTIF

« En finances, bien qu’on parle de chiffres, ça demeure un sujet extrêmement émotif », souligne Annie Bertrand, se remémorant un client qui a très mal vécu la crise de 2008.

Ce dernier, à quelques années de sa retraite, a « complètement paniqué » en voyant les marchés s’effondrer. « Il nous a demandé de vendre ses actifs au pire moment », se souvient Annie Bertrand, notant qu’il était pourtant un investisseur expérimenté et savait que les marchés étaient cycliques.

« Cela s’est produit à un moment de sa vie où il approchait de la retraite, ce qui a probablement exacerbé son anxiété », suggère Annie Bertrand.

Malgré leurs échanges, le client est resté sur sa décision. Lorsque les marchés ont commencé à remonter, encore craintif, il a préféré attendre, en dépit des conseils des experts. « Il a perdu toute la remontée qui a suivi, se souvient Annie Bertrand. Il lui a fallu sept ans pour retrouver la valeur de ses investissements de 2008 ! »

En conséquence, il a dû prolonger sa vie active quelques années de plus pour compenser cette perte.

LA CLÉ : PRÉVISION ET ACCOMPAGNEMENT

Dans les cas évoqués, les trois professionnelles pointent du doigt les fausses croyances et soulignent qu’un bon accompagnement aurait pu éviter de telles situations.

Cependant, elles précisent toutefois que, parfois, un suivi ne suffit pas, car ces croyances sont profondément ancrées. Annie Bertrand évoque une cliente convaincue qu’il était impératif de commencer à retirer des sommes de son REER dès qu’elle prendrait sa retraite. Même après avoir consulté des experts, établi un plan et s’être fait démontrer qu’il serait préférable de prioriser d’autres options, la femme est sortie de la rencontre deux heures plus tard en réaffirmant sa décision de toucher à son REER.

Un autre problème fréquemment rencontré est que les gens sollicitent trop souvent de l’aide une fois qu’il est trop tard. « À chaque nouveau mandat, j’ai souvent le sentiment d’arriver trop tard », témoigne Émilie Robillard, qui se fait régulièrement la réflexion qu’elle aurait aimé rencontrer ses clients plus tôt. « Souvent, ça prend un élément déclencheur pour que les gens viennent me consulter », déplore-t-elle.

Mélanie Bellemare note toutefois que, bien qu’elle observe fréquemment que les gens repoussent le moment de faire leur testament, elle rencontre aussi des clients prévoyants qui le font dès 25 ans, même si ces cas restent rares.

Les trois professionnelles apprécient dont particulièrement le transfert intergénérationnel qui leur permet de rencontrer des clients jeunes et de les accompagner sur le long terme. « Quand tu as cette proximité, tu deviens vraiment un témoin privilégié », affirme Émilie Robillard, qui, comme les deux autres, chérit ce type de relation.

« Évidemment, quand on établit un lien fort avec notre client et qu’on prend le temps d’apprendre à le connaître… », commence Mélanie Bellemare, « C’est une grande joie et une grande fierté », complète Annie Bertrand. « Pour moi, l’aspect relationnel, c’est ça l’essence du métier, même avant de parler de l’aspect financier », conclut-elle.

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Alizée Calza

Alizée Calza est rédactrice en chef adjointe pour Conseiller.ca et pour Finance et Investissement.