Les défis financiers des femmes

Par Nathalie Savaria | 31 May 2024 | Last updated on 30 May 2024
5 min read
Deux femmes assises à une table et semblant apprendre quelque chose.
kate_sept2004 / iStock

Si elles s’impliquent et si elles sont bien accompagnées, les femmes peuvent relever avec brio les défis financiers qui se présentent à elles tout au long de leur vie.

Selon une étude récente, seulement 20 % des couples participent de façon équitable aux décisions financières. Pourtant, 80 % des femmes seront probablement, à un moment donné dans leur vie, les seules à prendre des décisions au sujet de leurs finances[1].

UN INTÉRÊT ET UNE IMPLICATION À DÉVELOPPER

Ces statistiques interpellent alors que le contrôle de richesse des femmes au Canada s’accroît.

« En 2018, les femmes contrôlaient 37 % de la richesse au Canada. Et maintenant, elles sont rendues à 45 %. On prévoit qu’en 2030, les femmes vont gérer autour de 4 billions de dollars d’actifs. Puis juste dans les dix prochaines années, c’est un billion de dollars en transfert d’héritage », rapporte Suzanne Tremblay, vice-présidente et chef de région, Services privés chez Gestion de patrimoine TD.

« Si on tient compte de l’actif qui ne cesse d’augmenter, il y a un enjeu en matière des finances. Il faut vraiment s’impliquer », estime-t-elle.

D’après elle, comme les couples ont tendance à se partager les responsabilités, les femmes vont laisser à leur conjoint la tâche d’aller rencontrer leur conseiller en gestion de patrimoine.

« Et dans plusieurs cas, ajoute-t-elle, la femme va dire qu’elle a moins d’intérêt pour les rencontres avec le conseiller et va déléguer cette responsabilité au conjoint. Alors, souvent, on se rend compte que ce ne sont pas les deux conjoints qui participent aux rencontres avec les conseillers en gestion de patrimoine pour toute l’évolution de la situation financière, les décisions à prendre, la planification. »

Or, au cours de leur existence, les femmes vont vivre des étapes de transition où elles peuvent devoir gérer des actifs importants.

« Un divorce, par exemple, peut amener un partage du patrimoine. Un décès aussi. On sait que, selon les statistiques, les hommes décèdent avant les femmes. Les femmes peuvent hériter deux fois plutôt qu’une. Elles peuvent hériter de leurs parents et de leur conjoint et elles se retrouvent ainsi avec des actifs importants à gérer. Et là, elles sont seules à prendre des décisions. »

Cette responsabilité sera d’autant plus ardue si elles ne se sont jamais impliquées dans la gestion du patrimoine auparavant.

« Ça amène un stress important parce que, en plus de la charge émotive, on doit prendre des décisions. Et c’est encore plus stressant surtout quand on a l’impression de ne pas avoir tout le bagage nécessaire », souligne Suzanne Tremblay.

LES GRANDES ÉTAPES DE TRANSITION DE VIE

La maternité et la parentalité figurent parmi les grandes étapes de transition de vie.

La venue d’un enfant suppose en effet plusieurs changements, dont un congé de maternité, qui entraîne une baisse de revenu ainsi qu’un temps d’arrêt dans la carrière plus ou moins prolongé, selon les choix qui seront faits dans un couple. Par exemple celui de rester à la maison pour s’occuper des enfants lorsqu’ils sont jeunes.

« Ces défis sont reliés à la planification, explique la conseillère. Si on prend un congé de maternité, on n’a pas le choix, on arrête six mois, neuf mois ou un an. On sait que nos revenus diminuent durant cette période-là. Alors, il faut prendre les moyens pour planifier, pour dire que, si pendant un an je n’ai pas de revenu, comment je vais récupérer mon épargne par la suite pour être sûre d’être en ligne avec mon plan ? »

Plus tard, pour d’autres étapes de transition comme un divorce ou un deuil, c’est différent, car il ne s’agit plus seulement de planifier sa retraite, mais de gérer un patrimoine important.

« Ce sont des défis liés à des décisions importantes à prendre, poursuit-elle. Cela apporte un stress financier et c’est là que la réalité par rapport à notre implication et à notre connaissance de la finance nous rattrape. »

L’IMPORTANCE D’ÊTRE CONSEILLÉE ET ACCOMPAGNÉE

Ainsi, les femmes ont tout intérêt à faire appel à un conseiller pour assurer la gestion de leur patrimoine et de leur santé financière.

À ce propos, Suzanne Tremblay croit que beaucoup de femmes ignorent à quel point le travail du conseiller en gestion de patrimoine a changé au cours des dernières années.

« Il y a quelques années, les conseillers parlaient de gestion de portefeuille. C’était essentiellement ça, les rencontres, mais la situation a évolué. On a intégré par la suite la planification financière. On touche à tous les volets de la gestion de patrimoine et ça, ça intéresse vraiment les femmes. […] Elles nous disent, moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir si mon plan financier est toujours en ligne avec mes objectifs, et si le marché fluctue. Elles veulent savoir comment transférer leur patrimoine à leurs enfants. Elles veulent aussi entendre parler de philanthropie. »

« Maintenant, ajoute-t-elle, un conseiller, ça devient un guide qui va nous accompagner, qui donne de l’éducation financière, puis qui va nous aider à prendre des décisions. Quand on se retrouve avec un patrimoine important à gérer, puis qu’on a quelqu’un qui est là, qui nous connaît, en qui on a confiance, ça peut réduire le stress. »

Selon Suzanne Tremblay, donner de son vivant est une autre préoccupation chez les femmes qui se retrouvent avec un patrimoine considérable.

Ainsi, qu’il s’agisse de venir en aide à sa progéniture pour l’achat d’une propriété ou de soutenir une cause qui nous tient à cœur, des stratégies fiscales s’imposent.

« C’est un autre élément sur lequel le conseiller va pouvoir aider, parce qu’il y a des équipes de fiscalistes qui accompagnent les conseillers. C’est très difficile d’avoir soi-même des connaissances fiscales, car ça évolue chaque année. »

UNE RESPONSABILITÉ À PRENDRE

Pour Suzanne Tremblay, « les femmes ont tout ce qu’il faut pour bien prendre les bonnes décisions. D’ailleurs, elles prennent de très bonnes décisions en finance. Il faut juste qu’elles s’impliquent et l’intérêt vient ».

TROIS CONSEILS EN RÉSUMÉ

  • Se prendre en main et s’impliquer.

« Il faut arrêter de penser que tout va être correct. Il faut vraiment s’impliquer, puis avoir confiance. »

  • Trouver un bon conseiller.

« C’est la clé ! Il faut trouver un conseiller en qui on a confiance, puis partager nos préoccupations : quels sont les objectifs que je veux atteindre, quels sont mes enjeux, sur quoi je veux travailler. À partir de là, on peut bâtir un plan. »

  • Participer à des séminaires et à des activités.

« Il y a tellement d’activités qui sont proposées pour enseigner et accompagner les femmes maintenant. »


[1] Women Still Not Equal In Financial Decisions, UBS Says (fa-mag.com); Women In Transition: Navigating Life’s Transitions and (Re)Building Confidence (td.com)

 

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Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante.