Les dessous de la formation

Par Alizée Calza | 15 April 2025 | Last updated on 15 April 2025
7 min read
Vue arrière d'un grand groupe d'étudiants sur une classe à la salle de conférence.
skynesher / iStock

« Parfois je taquine [certains professionnels] en leur disant qu’ils ont plus de lettres après leur nom que dans leur nom. Je leur dis qu’ils codent ! », plaisante Chantal Lamoureux, LL. B., CRHA, Distinction Fellow, IAS.A, présidente-directrice générale et secrétaire de l’Institut de planification financière (Institut). 

Si cette remarque est évidemment humoristique, elle n’en reste pas moins révélatrice, car nombre de professionnels en finance accumulent un nombre impressionnant de diplômes. Mais, loin d’être de simples ajouts à une signature, les formations jouent un rôle très important dans une carrière et particulièrement dans ce secteur. La valeur de ces heures passées sur des bancs d’école ou derrière un ordinateur est parfois sous-estimée. Baccalauréat, maîtrise, certifications, formation continue, découvrons les coulisses et l’impact réel des certifications et des diplômes.

LE RÔLE DES FORMATIONS

Pour exercer la plupart des métiers, il est nécessaire de suivre un parcours académique concret et bien dessiné. En finance, cependant, la réalité est plus complexe. Le nombre de formations disponibles semble illimité, et même après avoir décroché le titre de conseiller en services financiers, il faut encore obtenir régulièrement des unités de formation continue.

C’est sans doute pourquoi on compte presque autant de conseillers différents que de professionnels sur le marché. Alors que certaines formations, comme le baccalauréat en finance, semblent incontournables, les conseillers ont ensuite la liberté de déterminer le parcours qui convient le mieux à leurs aspirations et objectifs. Les formations permettent non seulement de se spécialiser, mais aussi de se démarquer des autres professionnels dans un environnement concurrentiel.

Après son baccalauréat en finances, Anabelle Corbeil, conseillère associée en gestion de patrimoine au sein de Corbeil Boudreau, Groupe financier, a ainsi décidé de poursuivre une maîtrise en fiscalité et d’obtenir son titre de planificatrice financière auprès de l’Institut.

« Je voulais vraiment me démarquer des autres, me dire que j’étais différente, explique-t-elle en entrevue. Si un client veut faire affaire avec Anabelle, ce n’est pas juste parce que c’est une conseillère en placement, mais aussi parce que c’est une fiscaliste, une planificatrice financière, en bref, une experte qui se distingue. »

Afin de déterminer la formation à suivre, Chantal Lamoureux recommande de se demander quelle est la valeur que l’on désire apporter à son client. Anabelle Corbeil cherchait ainsi à adopter « une approche plus globale ». « Quand on va voir le médecin, il fait un bilan médical, quand on va voir une conseillère en placement, Pl. Fin., fiscaliste, on ressort avec un plan financier. Je voulais pouvoir analyser la situation de mes clients au complet, afin de pouvoir détecter des éléments que je n’aurais pas vu en faisant uniquement une transaction boursière », explique-t-elle.

D’autres gens misent davantage sur des aspects spécifiques comme les assurances ou les questions juridiques, rapporte Chantal Lamoureux. « Est-ce que je veux être un spécialiste dans un domaine ou être un professionnel avec une vision plus globale ? Avant de choisir sa formation, je dois penser à la valeur que je veux apporter à mon client puis à ce que la formation va m’apporter à moi, à mon parcours », résume-t-elle.

Au-delà de la spécialisation, la formation joue un rôle clé en renforçant la confiance, souligne la PDG de l’Institut. Dans un secteur où l’expérience prime, elle permet aux jeunes professionnels d’aborder leurs clients avec assurance. Elle offre aussi l’occasion d’approfondir les connaissances acquises sur le terrain et « donne les bons outils » pour une pratique efficace, complète Anabelle Corbeil.

UNE RÉALITÉ TOUJOURS PLUS COMPLEXE

La formation vient également soutenir le professionnel face à une réalité de plus en plus complexe. En effet, les conseillers sont désormais confrontés à des situations variées, comme des familles recomposées, des travailleurs autonomes, des immigrants, des entrepreneurs qui vendent ou reprennent une entreprise, ou encore, à des clients qui partent travailler à l’étranger.

« Les situations sont de plus en plus complexes. D’où l’importance d’être bien formé pour bien accompagner ses clients », observe Chantal Lamoureux.

Sans compter l’omniprésence croissante de la technologie et de l’intelligence artificielle (IA). Grâce à ces outils, les clients sont mieux renseignés, car ils effectuent leurs propres recherches et deviennent ainsi plus exigeants. « Ils arrivent avec plein de questions ou des informations provenant de différentes sources », prévient Chantal Lamoureux.

Face à cette réalité, il est essentiel de bien maîtriser ses bases et de continuer à se former pour pouvoir répondre efficacement à ces situations encore inédites ou pour répondre aux attentes de clients toujours plus informés.

Quant aux jeunes professionnels qui comptent sur l’IA au détriment de leurs connaissances de base, Chantal Lamoureux les prévient qu’au contraire, il est crucial de maîtriser ces fondamentaux. Cela permet « de développer son esprit critique par rapport aux outils d’IA » et de pouvoir évaluer correctement ses propositions ou réponses.

DES FORMATIONS À AVOIR

Bien qu’Anabelle Corbeil convienne que les conseillers n’ont pas besoin d’obtenir tous ces diplômes pour être de bons professionnels, elle estime que certaines formations sont des incontournables.

C’est ainsi le cas du Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada offert par le Canadian Securities Institute (CSI) qui permet de « maîtriser les bases de la finance ». Ce cours permet de bien comprendre les véhicules d’investissements, les ratios de dette, mais aussi la gestion du portefeuille, notamment comment investir, comment choisir un titre et faire un profil d’investisseur, explique-t-elle.

Le diplôme de Pl. Fin. serait un autre incontournable, selon Anabelle Corbeil. « Je pousse beaucoup pour que la planification financière soit presque obligatoire. Je pense que c’est vers là qu’on se dirige dans les années à venir, parce qu’un conseiller en placement ne serait pas capable de bien parler des sept champs de la gestion de patrimoine sans cette formation-là. »

« C’est la formation qui est la plus complète, qui offre une vision globale », renchérit Chantal Lamoureux.

LA RAISON DE LA FORMATION CONTINUE

« Lorsque l’on prend l’avion, on est rassuré de savoir que le pilote fasse des heures de simulation chaque année. De même, je suis heureuse que mon médecin soit tenu de suivre une formation continue. Et bien, c’est la même chose dans le domaine financier ! », déclare Chantal Lamoureux, répondant à ceux qui s’interrogent sur l’importance de la formation continue.

D’autant plus que le secteur ne cesse d’évoluer. Parmi les changements notables, on peut mentionner la mise en place du régime d’union parental depuis l’automne dernier, l’émergence de nouvelles technologies et les exigences réglementaires qui s’y rattachent. Les attentes des clients évoluent également, notamment avec l’intérêt croissant pour les critères ESG (environnement, social et gouvernance).

Chantal Lamoureux recommande donc à ceux qui se plaignent de couvrir toujours les mêmes sujets de faire un choix plus réfléchi dans leurs choix de formations. Si le prix est évidemment un facteur à considérer, il ne devrait pas être le critère principal dans leur décision, contrairement à ce qu’elle observe parfois. La PDG de l’Institut conseille également de ne pas aller vers la facilité et de sortir un peu de sa zone de confort. « Il faut regarder encore une fois ce que cette formation va me permettre d’apporter comme valeur à mes clients », souligne-t-elle.

LE FUTUR DE LA FORMATION

Bien qu’Anabelle Corbeil estime que les formations en ligne ne sont pas toujours idéales pour les professionnels de la finance, en raison de la nature du métier, Chantal Lamoureux estime que l’avenir réside dans ces formations. Même si elle aussi admet que certaines formations devraient être dispensées en présentiel, elle prévoit un développement continu des formations en ligne, car c’est ce que les professionnels réclament.

Toutefois, selon elle, ces formations deviendront plus interactives et immersives, notamment grâce à l’aide de l’IA. « On va gagner en agilité, en rapidité et en qualité pour produire de la formation qui est plus que de l’information », se réjouit-elle.

La formation dans ce secteur est ainsi loin d’être statique. Elle est constamment révisée et améliorée. Actuellement, Chantal Lamoureux rapporte que l’Institut « revoit tout le programme de formation professionnelle ».

BIEN S’ENTOURER

En conclusion, si les deux experts que nous avons consultés sont unanimes quant à l’importance de la formation, mais insistent aussi sur la nécessité de s’entourer d’un réseau de professionnels. « Développer son réseau, c’est cliché, mais c’est la clé », souligne Chantal Lamoureux, rappelant qu’un professionnel a le droit d’orienter ses clients vers des collègues plus spécialisés dans un domaine particulier quand le besoin s’en fait sentir.

« On ne peut pas être expert dans tout. Une personne qui se prétend bonne en tout n’est en réalité bonne en rien, renchérit Anabelle Corbeil. Pour ma part, j’ai cessé de vouloir me disperser. Oui, je m’éduque encore, mais je me tourne également vers d’autres experts quand j’en ai besoin. »

Abonnez-vous à nos infolettres

Alizée Calza

Alizée Calza est rédactrice en chef adjointe pour Conseiller.ca et pour Finance et Investissement.