L’indépendance financière des femmes

Par Nathalie Savaria | 18 March 2025 | Last updated on 22 April 2025
5 min read
Des amies souriantes discutant ensemble près d’une fenêtre lors d’une retraite de bien-être.
mapodile / iStock

Malgré les progrès réalisés ces dernières années, les femmes se heurtent encore à des obstacles et à des stéréotypes qui nuisent à leur autonomie financière. C’est dans cette optique qu’Annamaria Testani, cheffe de la stratégie et de l’expérience conseiller et client chez IG Gestion de patrimoine, a notamment accepté ses fonctions.

« Être chef de la stratégie et de l’expérience client, c’est dire aux entreprises : écoutez, vos connaissances sont basées sur le passé, mais le futur change quotidiennement. La moitié de la population, dans n’importe quelle société, comporte une représentation féminine. Donc, de quelle façon devons-nous repenser le parcours pour ouvrir une perspective différente ? »

Selon Mme Testani, les anciennes approches étaient basées sur des profils de risques principalement centrés sur un profil masculin. Actuellement, il existe une plus grande diversité de profils, « au-delà des hommes et des femmes », précise-t-elle.

Ainsi, les entreprises doivent comprendre que leurs produits n’ont pas nécessairement besoin de changer, mais qu’elles doivent ajuster leur manière de reformuler et de communiquer pour s’adresser à une diversité de profils. L’objectif est que les entreprises s’alignent sur les besoins des clients et non l’inverse.

« C’est un virage corporatif et non un virage de société », affirme-t-elle.

METTRE L’ACCENT SUR LA LITTÉRATIE FINANCIÈRE

Pour la dirigeante, il est important que les femmes comprennent la « mécanique mathématique » qui sous-tend la gestion financière.

« La littératie financière est importante pour plusieurs raisons. Premièrement, elle permet une meilleure compréhension de la gestion de ses finances. […] Deuxièmement, elle permet d’optimiser son parcours financier, que ce soit en matière de retraite, de dépenses ou d’épargne. Troisièmement, elle amène une indépendance financière, […] car elle permet d’être en contrôle des décisions que l’on peut influencer quotidiennement. »

Elle croit aussi que la littératie financière est essentielle pour élever nos enfants et influencer notre communauté et notre société.

« Et, en plus, ajoute-t-elle, ça nous rend de meilleures gestionnaires dans le domaine du travail. Parce que ces compétences et cette compréhension font partie de l’ADN essentiel d’un leader. »

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SURMONTER LES STÉRÉOTYPES ET LES ÉCARTS DE REVENU PERSISTANTS

Annamaria Testani détermine deux grands défis pour les femmes :

  • les stéréotypes sociaux
  • et les écarts de revenu.

L’un des stéréotypes courants est que les femmes n’aiment pas le risque.

« Non, quand nous ne comprenons pas, nous ne voulons pas prendre de risque, corrige-t-elle. Un risque, c’est la capacité de comprendre la volatilité dans le temps. […] Donc, la société, par défaut, a des stéréotypes lorsqu’elle observe un profil féminin. »

De plus, on aura beau éduquer nos enfants à faire de bons choix, à mieux gérer leurs dettes et leurs placements, si les femmes gagnent 60 % du salaire des hommes pour un travail équivalent, avec les mêmes compétences, elles rencontreront des obstacles à l’indépendance financière, « parce que ça va leur prendre deux fois plus de temps pour l’atteindre », calcule-t-elle.

Avec l’augmentation de tous les coûts, continue-t-elle, si notre salaire est limité à cause de stéréotypes féminins, il sera encore plus difficile pour les femmes d’accéder à cette indépendance financière.

En fait, pour la dirigeante, il n’y a pas de différences notables entre les hommes et les femmes en matière de gestion financière.

« Je demande souvent aux gens : quel est le but de l’investissement ? La retraite ? Donc, je veux être indépendante financièrement, je veux prendre ma retraite en même temps que mon conjoint. Pour les deux, on part avec le même besoin. Ensuite, on va prendre en considération le salaire, les dépenses et ce qu’on est prêt à sacrifier à court terme pour y arriver. »

Ainsi, la démarche est sensiblement la même pour les hommes et pour les femmes, mais chaque individu peut avoir des comportements différents, notamment face aux risques. Par exemple, elle-même s’expose davantage au risque que son conjoint. Elle attribue cela à ses connaissances financières qui lui permettent de mieux supporter la volatilité.

ÊTRE À L’ÉCOUTE, REFORMULER ET EXPLIQUER

Ainsi, Mme Testani indique que les conseillers en services financiers doivent orienter leur travail en fonction des profils de compétences et de connaissances de leurs clients, en recourant à l’écoute active pour cerner les besoins, les valeurs et les croyances.

« Il n’y a pas assez d’écoute active, déplore-t-elle. On assume que tous les clients sont égaux et poursuivent le même objectif. Oui, le but peut être le même, mais le cheminement est différent. »

D’après la dirigeante, « un conseiller doit s’adapter au changement de dialogue, en permettant à ses clients de bien comprendre la complexité de ce qu’ils peuvent réaliser ».

Elle conseille d’éviter de demander à la cliente si elle a bien compris, et de privilégier plutôt la demande de reformulation de ce que l’on vient d’expliquer, afin de s’assurer de sa compréhension.

MISER SUR LA PLANIFICATION

Mme Testani confie qu’elle s’est aussi jointe à IG Gestion de patrimoine en raison de l’historique de la société, qui est d’abord et avant tout axée sur la planification financière.

« On parle tout le temps du choix des produits, mais c’est seulement 10 % du problème. La planification permettra de résoudre les 90 % restants. Et, on ne se le cachera pas, un conseiller va aborder des sujets émotifs dont on ne veut pas parler, comme un testament. »

ACCROÎTRE LA CONFIANCE EN SOI

Enseignante au programme de leadership dans le cadre du MBA pour cadres à l’Université Concordia, conférencière et animatrice d’ateliers sur l’écoute active et les biais inconscients, Annamaria Testani observe les effets de son travail tous les jours, en inspirant et en encourageant les gens à croire en eux.

« Cette semaine, j’ai présenté une conférence pour les femmes. Je leur ai dit : “Arrêtez d’avoir un dialogue juste avec vous-mêmes. Prenez la responsabilité d’aller chercher de l’information pour prendre la meilleure décision pour vous”. […] Je ne leur ai pas enseigné les éléments de finance, mais je leur ai montré comment défaire leurs pensées pour leur permettre d’aller chercher l’information. J’espère continuer à faire ça quotidiennement pendant les 30 prochaines années. »

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Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante.