Méfiant envers le système bancaire, il encaisse tous ses actifs

Par Sylvie Lemieux | 13 November 2024 | Last updated on 12 November 2024
3 min read
Un homme et une femme se serrent la main dans l’ombre.
DNY59 / iStock

Un jour ou l’autre, tout conseiller est susceptible de recevoir une demande qui sort de l’ordinaire de la part de ses clients. Dans cette série d’articles, des professionnels partagent leurs expériences et les leçons qu’ils en ont tirées.

En 2022, alors que l’actualité était marquée par la guerre en Ukraine et les restrictions liées à la COVID-19, Félix Caron a reçu un appel pour le moins inhabituel. Un de ses clients en préretraite, visiblement inquiet, lui a fait part de sa volonté de retirer la totalité de ses actifs du système bancaire — une somme à six chiffres, répartie entre CELI, REER et placements non enregistrés.

« Il prétendait que les grandes banques canadiennes étaient contrôlées par les gouvernements », raconte Félix Caron, conseiller en sécurité financière chez Caron et associés. Le client était tellement perturbé qu’il envisageait même de quitter le Québec, bien qu’il ait affirmé en même temps ne faire confiance ni au gouvernement fédéral ni au provincial.

Malgré les explications et tentatives de Félix Caron pour rassurer son client sur la fiabilité du système bancaire, il est resté sur ses positions. « L’homme souhaitait encaisser l’intégralité de ses actifs. Après le paiement des impôts liés à ces retraits, il envisageait de conserver l’argent physiquement chez lui, un choix qui, pour lui, restait la seule option », explique le conseiller. La peur de voir son argent disparaître au profit des banques ou des gouvernements semblait surpasser tout raisonnement financier.

UN REVIREMENT INATTENDU

L’histoire ne s’est pas arrêtée là. En 2023, le client est revenu vers Félix Caron, cette fois pour réinvestir ses actifs (du moins, ce qu’il en restait) auprès des institutions financières. Surpris à nouveau par cette demande, le conseiller a dû choisir de mettre fin à leur relation d’affaires.

« Je ne pouvais plus continuer à le conseiller. Il avait pris des décisions contraires à mes recommandations et nos valeurs ne s’alignaient plus. C’était une question d’éthique professionnelle », confie-t-il.

La relation s’est toutefois terminée de façon respectueuse. « Il a compris ma position et m’a remercié pour les services que je lui avais rendus », souligne Félix Caron, qui n’a pas cherché à connaître les raisons de son virage à 180 degrés. Cela n’aurait pas changé sa décision de ne plus faire affaire avec ce client de toute façon.

TRACER LA LIGNE

Cette expérience a été particulièrement marquante pour Félix Caron, qui compte neuf ans de carrière. « Comme conseiller, on a un devoir d’éducation et d’information envers nos clients pour qu’ils puissent prendre des décisions éclairées. Néanmoins, le client a toujours le droit de prendre ses propres décisions, c’est son argent », souligne-t-il.

Cette situation l’a amené à se questionner sur sa pratique. « Je me suis remis en question, à savoir si j’avais mal expliqué certains concepts. Mais en relisant mes notes et en évaluant le déroulement des rencontres, j’ai réalisé que ce n’était pas lié à mon travail », dit-il.

Cet épisode témoigne des effets de la désinformation et de la peur, amplifiés dans des périodes d’incertitude économique et géopolitique, ce qui peut se traduire en décisions radicales et coûteuses pour les clients.

« Mon rôle n’est pas de juger, mais d’offrir les meilleures options possibles. Toutefois, face à des convictions si profondes, il arrive un moment où il faut respecter la décision du client, aussi irrationnelle soit-elle, tout en traçant une ligne claire lorsque la relation n’est plus viable », conclut-il.

Abonnez-vous à nos infolettres

Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.