Ouvrir la gestion d’actifs aux femmes

Par Carole Le Hirez | 6 March 2026 | Last updated on 2 March 2026
5 min read
Deux professionnelles analysant des documents financiers, illustrant la transparence et la prise de décision éclairée.
courtneyk / iStock

Bien qu’elles représentent la moitié de la population, les femmes demeurent quasi absentes des salles où se prennent les grandes décisions d’investissement. Pour contribuer à corriger ce déséquilibre, l’Association des femmes en finance du Québec (AFFQ) lance un programme de stages en gestion d’actifs en partenariat avec quatre firmes : Van Berkom Gestion mondiale d’actifs, le Fonds de solidarité FTQ, Innocap et Walter Global Asset Management.

L’initiative s’inscrit dans les priorités stratégiques de l’organisation pour les trois prochaines années. « Ce sont les segments où les écarts de parité sont encore les plus importants », souligne Saloua Benkhouya, présidente du conseil d’administration de l’AFFQ.

AGIR EN AMONT

Plutôt que de concentrer ses efforts uniquement sur la progression des carrières, l’AFFQ veut intervenir en amont, auprès d’étudiantes n’ayant pas encore arrêté leur choix de carrière.

La première cohorte, formée en 2025, compte quatre stagiaires, toutes intégrées à des fonctions de front office. « Nous voulions éviter les stages en soutien administratif (back office). L’objectif est qu’elles soient au cœur des équipes d’investissement et qu’elles voient concrètement le métier », précise la présidente.

Chez Van Berkom, la stagiaire participera à l’analyse d’entreprises et à la modélisation financière, notamment lors de rencontres avec des équipes de direction.

Le Fonds de solidarité FTQ offrira une rotation dans quatre secteurs (capital de croissance, capital de risque, autres portefeuilles et ESG [environnement, social et gouvernance]) afin de donner à la stagiaire une vue d’ensemble de l’écosystème.

Innocap l’intégrera aux équipes de solutions d’impact et d’investissement.

Walter Global Asset Management l’associera à l’évaluation de placements, à la revue diligente et aux initiatives de création de valeur.

Chaque participante bénéficiera en outre de l’accompagnement de l’AFFQ incluant le mentorat d’une marraine et une bourse de 3 000 $.

MONTRER TOUTE LA RÉALITÉ

L’enjeu ne se limite pas à l’accès. Il concerne aussi la perception du métier. « On réduit souvent l’investissement à la modélisation financière. Or, il y a tout un volet relationnel essentiel », observe Saloua Benkhouya. Les rencontres avec les dirigeants, les discussions stratégiques, la capacité à évaluer les dynamiques humaines et à établir un climat de confiance font partie intégrante du processus décisionnel et font appel à des qualités développées chez les femmes.

Réduire la profession à la seule modélisation financière peut décourager certaines étudiantes qui recherchent davantage de contacts et d’échanges, considère la dirigeante. Dans ce contexte, l’objectif du stage consiste plutôt à offrir une première expérience positive et réaliste qui permette aux stagiaires de se projeter dans ces fonctions.

LA PRÉPARATION : UN ANGLE MORT

Le premier appel de candidatures a généré près de 75 dossiers provenant d’étudiantes de premier, deuxième ou troisième cycle. Pour élargir le bassin de candidates, l’association a étendu les critères d’admissibilité à d’autres disciplines que la finance, notamment la comptabilité, le génie, les mathématiques et l’administration des affaires.

La sélection a toutefois mis en lumière un angle mort : la préparation aux entrevues. « Les garçons ont souvent un père ou un oncle qui fait ce métier, qui leur transmet les codes. Les filles, elles, n’ont pas ces échanges en général », note Saloua Benkhouya.

Pour se démarquer, elle encourage les étudiantes à s’impliquer le plus tôt possible dans des clubs d’investissement et des compétitions universitaires de gestion de portefeuille afin d’acquérir le vocabulaire, les réflexes et la profondeur de réflexion attendus en entrevue.

Les candidates non retenues cette année recevront une rétroaction personnalisée. « Lorsqu’elles postuleront à nouveau, que ce soit pour un stage ou un emploi, elles seront ainsi mieux préparées », explique Saloua Benkhouya.

SE PROJETER POUR AVANCER

La question de la confiance revient souvent lorsqu’il est question de la rareté de la représentation féminine en investissement. Pour Saloua Benkhouya, il s’agit moins d’un déficit de confiance que d’un enjeu de projection et d’identification.

Ayant elle-même gravi les échelons dans l’industrie, elle estime qu’il est important de pouvoir se projeter dans ces fonctions, d’en comprendre les exigences et de reconnaître que l’on possède les compétences nécessaires pour réussir.

Elle insiste également sur l’importance de l’authenticité. « Il n’est pas nécessaire d’adopter un style de leadership qui ne nous ressemble pas pour réussir. On peut rester qui on est. L’essentiel est de connaître sa valeur ajoutée et d’affirmer sa pensée. »

Elle cite en exemple Janie Béïque, présidente et cheffe de la direction du Fonds FTQ, Bicha Ngo, PDG d’Investissement Québec, Deborah Orida, présidente d’Investissements PSP, et Kim Thomassin, première vice-présidente et cheffe, Québec, à la Caisse, comme des exemples de dirigeantes authentiques qui occupent des postes de premier plan en investissement.

Au cours des trois prochaines années, l’AFFQ prévoit étendre le programme de stages à d’autres secteurs de l’industrie où les femmes sont peu représentées – le marché des capitaux et la gestion de patrimoine – afin d’élargir le pipeline de talents féminins dans les segments les plus stratégiques de la finance

« Les femmes représentent la moitié de la population. Leur présence dans les décisions d’investissement n’est pas seulement une question d’équité. C’est un enjeu de performance et de pérennité économique », estime Saloua Benkhouya.

Faible représentation des femmes en finance
  • 12 % : proportion mondiale de femmes gestionnaires de portefeuille (Bureau des statistiques du travail)
  • 39 % : femmes gestionnaires et
  • 24 % de femmes cadres supérieures dans la finance et les assurances au Québec (Finance Montréal)
  • < 50 % : femmes estimant avoir des chances égales de promotion par rapport aux hommes (VersaFi)

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Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.