Quand De Champlain embrasse l’IA

Par Sylvie Lemieux | 15 April 2025 | Last updated on 15 April 2025
4 min read
Homme d’affaires et robot se serrant la main. Caractère de robot aider un homme.
Guzaliia Filimonova / iStock

Chaque matin à 8 h, un message apparaît sur le cellulaire de Sylvain De Champlain, lui suggérant des actions à poser pour gagner en efficacité au travail :

  • « Détermine la tâche la plus importante que tu dois faire et exécute-la sans tarder. »
  • ou « Prends cinq minutes pour organiser ta journée. »

Ce n’est pas un assistant zélé qui le relance, mais le coach en développement personnel de ChatGPT, une fonctionnalité qu’il a lui-même configurée sur son téléphone.

« C’est comme avoir un coach virtuel personnel, confie le président de De Champlain Groupe financier. Ses conseils, bien que simples, ont un réel impact sur ma productivité. »

Le planificateur financier se qualifie lui-même comme un early adopter en matière de technologies. Il a commencé à utiliser ChatGPT dès son lancement en 2022. « Pendant un an, je m’en suis servi pour rédiger des textes et comme moteur de recherche avancé sur des sujets précis », confie-t-il.

Mais c’est grâce à Sophie Babeux, son associée chez Virage Coaching, une entreprise spécialisée dans l’accompagnement individuel et collectif des professionnels des services financiers, qu’il a pris conscience de l’ampleur du changement que pouvait représenter l’intelligence artificielle (IA) dans la gestion de son entreprise. Depuis, son utilisation s’est diversifiée.

« En début d’année, on a défini nos dix objectifs prioritaires pour 2025. J’ai soumis cette liste à ChatGPT et lui ai demandé d’établir un plan d’action détaillé, qu’il a généré en quelques minutes », illustre Sylvain De Champlain.

L’IA a également été mise à profit pour choisir le mot de l’année, une tradition instaurée par la firme pendant la pandémie.

« En 2020, alors que le contexte était difficile, on avait choisi le mot plaisir pour guider nos actions au quotidien. Cette année, ChatGPT a proposé élévation, qui a fait consensus parmi les associés. Cela nous a fait gagner un temps précieux. Autrement, nous aurions rempli les murs de post-it avec différentes suggestions et organisé une séance de remue-méninges d’une demi-journée pour en arriver au même résultat », soutient-il.

UNE LIMITE ESSENTIELLE
Sylvain De Champlain apprécie les gains de productivité que lui apporte l’IA. Toutefois, au sein de la firme, les conseils en investissement restent du ressort exclusif des conseillers.

« L’IA ne remplacera jamais l’humain dans la relation client. C’est un outil pour améliorer notre gestion, nos communications, mais nous privilégions toujours l’échange direct entre un conseiller et ses clients », affirme-t-il.

UNE NOUVELLE APPROCHE DU COACHING
L’IA a également transformé les pratiques chez Virage Coaching, qui a accompagné plus de 1 500 conseillers depuis sa création il y a une quinzaine d’années.

« Cela change complètement la façon de coacher », explique Sophie Babeux, qui a suivi des formations sur l’IA à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et aux États-Unis.

L’innovation majeure : un assistant virtuel intelligent. « En coaching privé, j’ai désormais une approche “deux pour un”, où je coache en collaboration avec ChatGPT, offrant ainsi un soutien encore plus personnalisé et continu aux participants », précise-t-elle.

Virage Coaching a aussi mis en place un consultant virtuel qui aide les conseillers à appliquer rapidement les connaissances acquises lors des formations, palliant ainsi l’un des principaux défis des formations traditionnelles.

Deux mois après l’introduction de l’IA dans son programme de coaching, une rencontre a révélé que la grande majorité des participants avaient intégré des changements concrets dans la gestion de leur cabinet.

Si ChatGPT demeure l’outil privilégié, Virage Coaching commence à diversifier ses solutions avec notamment Copilot de Microsoft, perçu comme plus sécurisé, mais plus limité. Sylvain De Champlain mentionne également Perplexity AI, qui « à l’avantage de fournir des sources pour les informations qu’il génère ».

CRAINTES ET RÉTICENCES
Malgré l’enthousiasme de certains, l’adoption de l’IA par les conseillers reste timide. « Elle est souvent limitée à la rédaction de courriels ou de documents », observe Sophie Babeux.

Des obstacles persistent, notamment des inquiétudes liées à la confidentialité des données et aux aspects déontologiques. « Notre objectif est de fournir un cadre clair et balisé, permettant aux conseillers d’utiliser l’IA en toute sécurité », explique-t-elle.

CONSEILS POUR UNE ADOPTION RÉUSSIE
Pour les entreprises souhaitant intégrer l’IA, Sophie Babeux met en garde contre l’erreur de vouloir ajouter de l’IA partout sans réflexion stratégique. Selon elle, « chaque entreprise ayant sa propre identité et ses besoins spécifiques, il est essentiel que l’IA soit adaptée et personnalisée en fonction des objectifs de l’organisation. »

Sylvain De Champlain insiste sur l’importance d’être ouvert au changement : « L’IA représente une révolution, et il est préférable de l’adopter intelligemment plutôt que de la combattre. »

Il estime que les débats autour de l’IA se focalisent trop sur les risques, alors qu’il est essentiel d’en reconnaître les opportunités.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.