Quand les dettes cachées mettent un couple en difficulté

Par Sylvie Lemieux | 15 November 2024 | Last updated on 15 November 2024
4 min read
Couple choqué qui a l’air inquiet en utilisant un téléphone portable et une carte de crédit à la maison.
triloks / iStock

Un jour ou l’autre, tout conseiller est susceptible de recevoir une demande qui sort de l’ordinaire de la part de ses clients. Dans cette série d’articles, des professionnels partagent leurs expériences et les leçons qu’ils en ont tirées.

À ses débuts en planification financière, Léa Saadé, aujourd’hui vice-présidente régionale chez FDP gestion privée, a vécu une situation pour le moins délicate. Un couple de nouveaux clients dans la cinquantaine est venu la consulter. Dès leur arrivée, ils ont confié leur honte face à l’état de leurs finances, et plus précisément leurs dettes de cartes de crédit.

Monsieur estimait le total à environ 100 000 $, un montant déjà conséquent, mais il était loin de se douter que sa femme, visiblement anxieuse, choisirait ce moment pour avouer d’autres dépenses qu’elle lui avait cachées. Le montant réel des dettes atteignait plutôt… 250 000 $ ! Une révélation qui a mené à une confrontation.

« Le couple a commencé à se chicaner devant moi, raconte Léa Saadé. L’homme n’en revenait pas des cachettes de sa femme. Elle avait tellement peur de lui en parler qu’elle avait attendu d’être devant moi pour sortir tous les relevés. »

Les dettes provenaient principalement d’achats de luxe : voyages, bateau et autres dépenses non essentielles, effectués par madame qui ne travaillait pas, alors que monsieur occupait un bon emploi.

UN PLAN DE MATCH

Cette expérience a été formatrice pour la jeune conseillère qu’elle était alors. « Sur le coup, je me suis fait une note à moi-même : toujours être transparente avec mon conjoint ! », confie-t-elle en riant. Elle a aussi pris conscience de l’importance de l’empathie dans ces situations délicates. « J’ai essayé d’être empathique autant envers monsieur que madame. On fait tous des erreurs. »

Léa Saadé leur a proposé quelques stratégies afin de reprendre le contrôle de leurs dépenses. Elle a détaillé un plan de remboursement et un budget ajusté. En raison de l’équité sur leur propriété, elle leur a suggéré de refinancer leur maison pour rembourser leurs dettes de cartes de crédit, qui avaient des taux d’intérêt élevés de 21 % et 22 %.

Pour aider le couple à éviter de nouvelles dettes, elle leur a recommandé de réduire le nombre de cartes de crédit à une seule par personne, avec une limite de 1000 $ maximum. « J’ai moi-même pris les ciseaux pour découper les cartes inutiles. C’est le genre de décision qu’il ne faut pas remettre, sinon, on risque de ne pas le faire, assure-t-elle. J’ai également encouragé madame à envisager un emploi à temps partiel pour contribuer au budget familial. »

UNE RENCONTRE EMBARRASSANTE

Quelques mois plus tard, Léa Saadé a croisé par hasard le couple dans un magasin de grande surface. Leur chariot était rempli d’articles non essentiels. « Gênés d’avoir été pris sur le fait, ils se sont mis à retirer des items du panier prétextant qu’ils n’étaient pas certains de les acheter de toute façon, se souvient-elle avec amusement. Je leur ai dit que je n’étais pas là pour les surveiller, mais que leurs excès ne nuisaient qu’à eux-mêmes. »

Cette situation met en lumière un problème courant : la honte de l’endettement et la difficulté d’aborder la question des finances. « Beaucoup de couples se séparent à cause de problèmes d’argent, » observe Léa Saadé. En affrontant leurs dettes et en acceptant l’aide d’un conseiller, ce couple a franchi une étape importante. « C’est courageux de reconnaître un problème de surconsommation et de chercher de l’aide. »

Quelques années plus tard, le couple est revenu pour un renouvellement hypothécaire. Même s’ils n’avaient pas suivi toutes les recommandations à la lettre, leur situation s’était améliorée. « La mise en place d’une épargne forcée par prélèvements automatiques avait aidé à limiter les dépenses discrétionnaires. Madame avait aussi trouvé un emploi à temps partiel et, surtout, le couple semblait plus ouvert à discuter de leurs finances ensemble. »

Pour Léa Saadé, cette expérience souligne que le rôle d’un conseiller va au-delà des simples chiffres : il s’agit d’éduquer, de soutenir, et de donner aux clients les outils pour retrouver un équilibre financier. Cependant, la mise en pratique de ces conseils, elle, appartient toujours aux clients.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.