Naviguer dans le labyrinthe de la performance

Par Carole Le Hirez | 27 June 2024 | Last updated on 26 June 2024
4 min read
Pascal François alternate text for this image
Pascal François. Gracieuseté.

Lorsque les environnements économiques sont mouvants, il est plus complexe d’évaluer la performance des portefeuilles. Les gestionnaires de portefeuille doivent se former et se documenter pour trouver leur chemin dans ce labyrinthe, déclare Pascal François, professeur titulaire au département de finance de HEC Montréal et coauteur d’un nouveau guide sur la gestion de la performance des portefeuilles.

« Nous avons écrit ce livre pour fournir aux gestionnaires d’actifs, aux conseillers, aux analystes, aux régulateurs et aux investisseurs un outil rassemblant toutes les connaissances nécessaires à l’évaluation et à l’amélioration de la performance des portefeuilles », indique Pascal François, à propos de The Complete Guide to Portfolio Performance: Appraise, Analyse, Act, qu’il cosigne avec Georges Hübner, professeur de finance à l’Université de Liège.

Les auteurs y analysent plus d’une centaine de mesures de performance. Ils y présentent également des stratégies et des ressources afin de sélectionner les mesures appropriées en fonction de la situation.

Fonds de couverture, portefeuilles liquides, private equity, investissements en infrastructures, la multiplication des classes d’actifs n’a jamais été aussi rapide, ce qui rend le défi de la mesure de performance moins monolithique, signale le professeur à HEC Montréal.

Face à cette complexité, le pouvoir de la diversification, même s’il reste fort, tend à diminuer depuis quelques années, notamment parce que la corrélation entre les classes d’actifs augmente, ce qui rend la mesure de la performance plus ardue, mentionne l’expert.

GÉRER LA RELATION AVEC LE CLIENT

En gestion de la performance, la communication entre le gestionnaire et l’investisseur est particulièrement importante, tant au niveau réglementaire que marketing, considère le professeur.

Le fait que l’investisseur peut avoir accès à la pondération du portefeuille lui donne des outils supplémentaires pour mesurer la performance du gestionnaire, notamment en ce qui concerne la sélection de titres.

Plus la qualité de l’information fournie par le gestionnaire est élevée, plus l’investisseur peut exprimer des attentes claires par rapport au type de performance qu’il attend.

Le gestionnaire doit communiquer clairement l’information pertinente sur la manière dont il gère le portefeuille, tandis que l’investisseur doit lui envoyer des messages clairs sur ses attentes afin d’éviter les malentendus, qui peuvent entraîner un sentiment de déception.

Les gestionnaires doivent être à l’écoute des signaux par lesquels les clients essayent d’exprimer les préférences. Or, en fonction du degré de littératie financière des clients, la qualité de ces signaux peut être plus ou moins bonne.

En gestion de la performance, de tous les biais de perception, l’enjeu de prédictibilité est l’un des plus répandus, signale Pascal François. « C’est le Graal que tout le monde recherche », précise le professeur.

Bon nombre de gestionnaires ont tendance à surestimer la prédictibilité. « Les outils statistiques peuvent aider à établir correctement de la prévisibilité ou au contraire entraîner une forme d’illusion de prévisibilité à laquelle le gestionnaire et l’investisseur doivent faire attention. »

INVESTIR EN FONCTION DE LA PLANÈTE

Les critères ESG (environnement, société, gouvernance) prennent de plus en plus de place, mais la mesure de leur performance reste hasardeuse. Les pratiques évoluent. L’expert signale que des mesures dans l’esprit des modèles multifactoriel tendent à voir le jour. De nouveaux outils pour mesurer la performance ESG apparaissent. Cependant, les métriques utilisées ne s’accordent pas toujours selon les fournisseurs. Les gestionnaires manquent alors d’indications pour savoir quels outils de mesure utiliser.

« C’est une phase transitoire. Il y a encore une clarification à faire au niveau des méthodologies, mais le marché va s’améliorer dans cette dimension », croit Pascal François.

La formation des conseillers est un autre élément primordial, souligne l’expert. Les aspects méthodologiques de la gestion de la performance, plus rébarbatifs, sont souvent absents de la formation universitaire, ce qui constitue un manque criant, dit le professeur. Certaines certifications professionnelles, comme la certification du CFA Institute en mesure de performance (CIPM) permettent aux gestionnaires de se former dans ce domaine, mais elles restent rares.

Il s’agit d’une épée de Damoclès pour l’industrie, alors que le niveau de connaissance en finance des investisseurs augmente et que leurs requêtes aux conseillers deviennent plus exigeantes, les obligeant à mettre constamment leurs connaissances à jour.

Selon Pascal François, l’équilibre à trouver est subtil entre l’approche de type analytique et l’aspect relationnel avec le client. Les gestionnaires d’actifs doivent maîtriser les chiffres et effectuer des calculs de performance rigoureux, tout en simplifiant la matière. « C’est le principal service qu’un investisseur recherche chez un conseiller. Celui-ci doit être en mesure de lui expliquer une stratégie avec une intuition économique et cette stratégie doit reposer sur des calculs rigoureux. Sinon, l’investisseur pourrait gérer ses placements lui-même. »

Abonnez-vous à nos infolettres

Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.