Combien faut-il pour la retraite ?

Par Nathalie Savaria | 17 June 2025 | Last updated on 17 June 2025
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Homme d’affaires incertain pensant et doutant avec le concept de point d’interrogation.
Diki Prayogo / iStock

Bien que l’idée d’un montant idéal pour la retraite soit courante, chaque situation est différente.

Pour Nathalie Bachand, ASA, AICA, Pl. Fin. et Fellow de l’Institut de planification financière, il est essentiel de planifier financièrement sa retraite plutôt que de se concentrer sur un chiffre magique qui n’existe pas.

« Les gens s’imaginent qu’il faut un million, deux millions, trois millions d’économies, mais dans les faits, cela dépend du niveau vie souhaité, de l’âge de la retraite et aussi des actifs accumulés », explique celle qui est également présidente et porte-parole d’ÉducÉpargne.

 « L’idée, poursuit-elle, c’est d’établir nos besoins, puis de voir si ce qu’on a accumulé est suffisant. Ensuite, il faut aussi considérer les revenus de l’État, qui sont de moins en moins négligeables, puis la stratégie de décaissement. »

LE RISQUE DE LONGÉVITÉ

Dans leur planification à la retraite, les clients doivent aussi tenir compte de l’augmentation croissante de l’espérance de vie.

« On ne peut pas avoir l’illusion de travailler pendant 30 ans pour financer une retraite qui va durer 40, 50 ans. À un moment donné, il faut mettre les bouchées doubles pour y arriver », prévient Mme Bachand.

« L’autre enjeu, pointe-t-elle, c’est que les gens ont l’impression qu’ils vont mourir à 82 ans. Mais, dans les faits, on a une chance sur deux de se rendre facilement à 90 ans, dépendamment de la situation. »

Ainsi, il faut aussi considérer le risque de longévité.

« C’est pour cela qu’on recommande souvent le report des rentes, et d’essayer de se garantir des revenus dans le futur pour pallier ce risque de vivre longtemps. »

LA DETTE HYPOTHÉCAIRE

Le remboursement de l’emprunt hypothécaire est fréquemment un objectif à atteindre avant de prendre sa retraite. Or, « ce n’est pas nécessairement obligatoire », estime Mme Bachand.

« Ça peut fonctionner, même si on n’a payé son hypothèque. Ça dépend des chiffres, des calculs, des revenus de retraite. […] Tout est relié à la situation de la personne. »

UN PEU DE TRAVAIL PRÉALABLE POUR LE CLIENT

Avant même de consulter un professionnel, les clients peuvent utiliser des outils disponibles en ligne, comme ceux de Retraite Québec, SimulRetraite et SimulR, pour calculer leurs besoins d’épargne, en fonction de l’âge de la retraite et des sources de revenus.

« On n’est pas dans le détail, mais ça peut donner une idée de départ pour commencer à faire un peu de travail de son côté », fait valoir Mme Bachand.

Toutefois, les choses se complexifient lorsqu’il est question d’établir une stratégie de décaissement.

« Ce qui est compliqué, c’est de prendre son épargne, puis de dire combien on va avoir réellement mis de côté, comment on va décaisser le REER, le CELI, ses placements, et comment on va les ajouter à ses rentes. »

UNE APPROCHE EN FLUX DE TRÉSORERIE

Ainsi, le recours au service d’un professionnel est préférable pour élaborer un scénario personnalisé de ses finances à la retraite.

Dans sa pratique, Nathalie Bachand n’utilise pas la règle du 4 % ou toute autre règle du pouce.

« Je préfère faire l’exercice de façon beaucoup plus précise. »

Elle évalue chaque client individuellement et, surtout s’ils approchent de la retraite, elle les oblige à établir un budget pour connaître leur coût de vie.

Ce budget permet de déterminer les besoins, l’âge de la retraite, l’argent accumulé et le décaissement, selon qu’il s’agit d’une personne seule ou d’un couple, en suivant l’approche en flux de trésorerie.

« Il s’agit de dire : cette année, je prévois telles dépenses, je vais puiser dans mon REER pour combler le manque, puis retirer telle somme de mes autres actifs. Puis l’année d’après, je vais sortir cet autre montant, puis, je vais aller chercher la pension de vieillesse, et ainsi de suite, année après année », illustre-t-elle.

Plus on effectue cet exercice tôt, plus on gagne en latitude pour prendre une retraite plus tôt ou simplement pour avoir plus de choix devant soi.

« Si on fait cet exercice à 45 ans, c’est sûr que ça va être difficile de prévoir exactement les chiffres dans 30 ans. Ce seront des estimations. Mais il n’en demeure pas moins que ça peut donner une vision et une orientation », affirme Nathalie Bachand.

Évidemment, il faudra ajuster ces estimations au fil des ans. De plus, étant donné qu’il s’agit d’hypothèses, il est nécessaire d’adopter une approche plus conservatrice.

« Quand quelqu’un décide de prendre sa retraite sur la base d’un calcul, il faut être un peu conservateur pour être sûr qu’il ne prend pas une mauvaise décision, et qu’il ne sera pas obligé de retourner travailler à 75 ans. »

Dans sa pratique, Mme Bachand utilise un outil de projection qu’elle a elle-même créé. Elle note également que plusieurs outils similaires sont disponibles sur le marché pour les conseillers.

« Ces outils de projection, c’est le moteur. On rentre des chiffres, puis on essaie de voir quelle est la meilleure solution. Les Normes de l’Institut de planification financière, ce sont des hypothèses qu’on met dans la machine. Quel rendement s’attend-on à avoir pour les prochaines années, en fonction du profil du client ? Quelle probabilité de survie va-t-on utiliser pour faire ses calculs ? »

Elle précise à ce propos que les normes de l’Institut suggèrent d’utiliser une période de projection où la probabilité de survie ne dépasse pas 25 %. Ainsi, d’après l’Institut de planification financière, un homme de 70 ans a 25 % de probabilité d’être toujours en vie à 94 ans, et une femme du même âge, à 96 ans.

LA SUCCESSION AUSSI

D’autres éléments doivent être pris en compte dans la planification financière, comme la succession, qui peut aussi faire partie des objectifs des clients.

« Si c’est le souhait du client, je fais les calculs en fonction de cet objectif. Je serai peut-être amenée à lui dire : vous avez le choix de travailler plus longtemps pour être certain de laisser un million à vos enfants, ou d’accepter qu’il en reste moins à la fin, mais avec davantage de latitude pour vous durant votre retraite. »

Ainsi, il se peut que certains clients doivent réviser leurs objectifs et se tourner vers des solutions d’assurance, s’ils veulent absolument enrichir leur succession.

L’INFLATION ET LES SOINS DE SANTÉ

Par ailleurs, il est essentiel que les clients tiennent compte de l’inflation sur le coût des soins de santé, surtout qu’ils atteignent l’âge de 75 ans.

« Selon les situations, j’ai tendance à maintenir le même budget à long terme, en me disant que peut-être les loisirs vont être remplacés par des soins de santé ou de l’aide à domicile. »

Pour rassurer les clients, « il est toujours possible d’établir différents scénarios, mais il ne faut pas non plus penser que nos dépenses vont certainement beaucoup diminuer à 75-80 ans », prévient-elle.

LA PLUS-VALUE HUMAINE

Pour les conseillers, il est important d’accompagner leurs clients dans cette démarche, au fil des ans, afin de les aider à évaluer et à atteindre leurs objectifs.

« Plus on va arriver avec l’intelligence artificielle et les robots, plus cette plus-value humaine est importante. […] Et puis, c’est prouvé que les clients qui sont accompagnés sont moins anxieux et en meilleure santé financière », conclut Nathalie Bachand.

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Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante.