Naviguer dans l’incertitude des projections financières

Par Institut de planification financière | 20 October 2025 | Last updated on 21 October 2025
4 min read
Couple senior assis dans le salon, regardant sérieusement des documents importants.
Inside Creative House / iStock

En planification financière, prévoir l’avenir est un incontournable. En effet, les planificateurs financiers (Pl. Fin.) effectuent des projections pour estimer la croissance des investissements de leur clientèle, anticiper ses besoins futurs et l’aider à atteindre des objectifs de vie majeurs tels que la retraite, le financement des études des enfants ou encore la couverture des besoins financiers au décès.

Toutefois, ces projections ne sont pas des certitudes. Elles reposent sur des hypothèses économiques, fiscales et démographiques qui peuvent évoluer. Elles doivent donc être préparées avec la plus grande rigueur, conformément aux normes professionnelles, tout en intégrant des approches prudentes et des analyses de sensibilité qui reflètent la volatilité des marchés et l’incertitude inhérente à l’avenir.

LES NORMES DE L’INSTITUT DE PLANIFICATION FINANCIÈRE

Depuis déjà plusieurs années, l’industrie s’appuie sur les Normes d’hypothèses de projection publiées par l’Institut de planification financière et FP Canada pour réaliser des projections financières. Ces normes exigent que les professionnels et professionnelles documentent leurs hypothèses, justifient les taux de rendement retenus et vérifient le réalisme des projections fournies aux clients et clientes, particulièrement lorsque l’horizon de projection s’étend sur plusieurs décennies.

En complément du scénario principal — celui jugé le plus probable —, le conseiller ou la conseillère devrait présenter des scénarios alternatifs illustrant l’impact de conditions moins favorables, comme un rendement inférieur de 1 %.

DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE

Pour illustrer concrètement cette approche et montrer l’impact réel de petites variations, voyons un exemple chiffré.

  • Exemple concret : Dans le scénario de base, un couple investit 500 000 $ avec un taux de rendement annuel moyen de 4 %. Le plan de retraite est viable.
  • Dans un scénario moins favorable, où le rendement est réduit à 3 %, le même couple se retrouve avec un déficit de liquidités dès l’âge de 82 ans.

Ces projections ne visent pas à inquiéter le client ou la cliente, mais à lui offrir une vision plus complète des risques susceptibles d’affecter ses objectifs financiers. Elles permettent de répondre à des questions clés, telles que :

  • « Que se passe-t-il si les marchés stagnent pendant cinq ans ? »
  • ou « Mes objectifs de retraite demeurent-ils atteignables si mon rendement est inférieur aux prévisions ? »

Certains logiciels permettent même d’effectuer des simulations de type Monte Carlo, qui évaluent la probabilité d’atteinte des objectifs financiers à partir de milliers de scénarios comportant des rendements variables. Cette approche enrichit considérablement l’analyse et offre une perspective probabiliste plus réaliste.

Le but de ces exercices n’est pas de prédire l’avenir, mais plutôt d’évaluer la faisabilité des objectifs financiers dans différents contextes. Cette démarche permet de mieux comprendre l’éventail des possibles et d’apporter, au besoin, des ajustements au plan — qu’il s’agisse d’accroître l’épargne, de modifier la répartition des actifs ou de réviser certains objectifs.

APPLICATION AUX PRODUITS D’ASSURANCE VIE

En assurance vie, les Lignes directrices de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP) encadrent les pratiques de l’industrie au Canada. Elles jouent un rôle essentiel lorsque les produits comportent des éléments non garantis, comme les polices avec participation, dont les valeurs de rachat et les dividendes dépendent des rendements d’investissement variables et incertains.

La Ligne directrice LD6 exige que les illustrations présentent au moins deux scénarios : un scénario principal basé sur des hypothèses jugées raisonnables par l’assureur, et un second, clairement identifié comme moins favorable. Par exemple, pour une assurance vie avec participation :

  • un scénario au taux d’intérêt du barème des participations en vigueur,
  • un scénario au taux d’intérêt du barème des participations en vigueur, moins 1 %.

Pour les produits d’assurance vie universelle, les Normes d’hypothèses de projection recommandent également d’intégrer un scénario basé sur un rendement moindre, avec des analyses de sensibilité illustrant l’impact des variations sur les résultats.

Quel que soit le produit, une analyse de sensibilité vise à protéger le client ou la cliente en offrant une vision réaliste, évitant ainsi les attentes trop optimistes. Chaque scénario doit illustrer clairement l’influence de variables clés comme l’inflation, les participations ou le rendement des placements sous-jacents.

CONCLUSION

L’analyse de sensibilité ne vise pas à vendre un produit, mais à aider le client ou la cliente à mieux comprendre la variabilité de différents facteurs et à renforcer la crédibilité du conseiller ou de la conseillère. En intégrant plusieurs scénarios et en respectant les normes de l’industrie, les projections deviennent un guide réaliste plutôt qu’une promesse. Elles favorisent la transparence et préparent aux aléas du marché.

Les projections ne sont pas une fin en soi, mais plutôt un point de départ…

Une chronique de David Truong, CIWM, CPA, Pl. Fin., M. Fisc., TEP

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