Réclamer sa rente du RRQ à 60 ans

Par Nathalie Savaria | 17 December 2024 | Last updated on 16 December 2024
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Photo portrait de Nicolas Monette.
Gracieuseté

Chaque année, des milliers de Québécois prennent leur retraite. Et en raison de biais cognitifs, comme l’aversion à la perte et la sous-évaluation de la probabilité de survie, plusieurs d’entre eux choisissent de réclamer leur rente du Régime des rentes du Québec (RRQ) à 60 ans plutôt qu’à 65 ans. Un pari coûteux et perdant.

C’est ce que soutiennent les auteurs du cahier de recherche Le choix du RRQ : le pari du perdant ravi, Marc Bachand, professeur titulaire, Nicolas Lemelin, professeur titulaire et Nicolas Monette, chargé de cours au département des sciences comptables à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Avec cette publication, les trois auteurs se sont donné une mission très claire : s’adresser à l’ensemble des Québécois. Le cahier de recherche est ainsi une version adaptée et vulgarisée de la thèse réalisée par Nicolas Monette dans le cadre de sa maîtrise en administration des affaires à l’UQTR[1].

« On veut que monsieur et madame Tout-le-Monde, qui sont potentiellement à même de prendre leur retraite ou d’atteindre 60 ans, soient au courant de ces informations, parce qu’ils prennent peut-être la décision de demander leur rente du Régime des rentes du Québec de manière trop hâtive », explique Nicolas Monette, qui est également représentant en épargne collective chez IG Gestion de patrimoine.

UNE APPROCHE INÉDITE DE LA QUESTION

En résumé, les auteurs entendent démontrer, chiffres à l’appui, aux Québécois qui approchent de l’âge de la retraite la nécessité de fonder leurs décisions financières sur des choix rationnels plutôt que sur des émotions et des biais comportementaux.

« Selon des études cognitives, il est démontré scientifiquement que les gens aiment moins perdre que gagner, mentionne Nicolas Monette. Nous nous sommes donc dit que si nous montrons aux gens ce qu’ils perdent, cela pourrait influencer davantage leur attitude que de leur présenter l’avantage de reporter ? »

C’est d’ailleurs cette dernière approche que le gouvernement du Québec a choisi d’adopter auprès des futurs rentiers. Or, l’âge moyen des nouveaux bénéficiaires de la rente du Régime de rentes du Québec (RRQ) était de 62,2 ans en 2021.

« Clairement, quelque chose ne fonctionne pas dans l’approche pour influencer le comportement », constate-t-il.

UN CHOIX SANS LOGIQUE MONÉTAIRE

Bien que certains facteurs, tels que des conditions médicales particulières, puissent pousser les gens à prendre leur retraite à 60 ans, Nicolas Monette estime qu’il n’y a aucune raison valable pour prendre la décision de devancer le versement de la RRQ, à l’exception, entre autres, de la sous-évaluation de la probabilité de survie, l’un des biais cognitifs traités dans le cahier de recherche.

« Si vous êtes encore en vie à 60 ans, selon différentes études actuarielles qui ont été faites, les probabilités d’être encore en vie à 70, 80, 90 ans sont beaucoup plus élevées qu’à la naissance. »

« C’est pour ça, poursuit-il, qu’on dit que c’est un pari que les gens font. Mais, au final, il n’y a aucune logique monétaire derrière le fait de dire : j’ai 90 % de chances de prendre une mauvaise décision financière. Je suis content de la prendre, c’est moi qui l’ai choisie. »

L’ARGENT PERDU

Afin de montrer le coût monétaire d’une rente réclamée dès l’âge de 60 ans, les auteurs se sont appuyés sur diverses statistiques qu’ils ont résumées dans une infographie.

Ils y présentent le cas fictif de Louise, 60 ans, dont l’espérance de vie est estimée à 91 ans, selon les études actuarielles. En choisissant de toucher sa rente à 60 ans, Louise a 91 % de chances de perdre jusqu’à 160 000 $. En revanche, si elle décide de réclamer sa rente à 65 ans, elle a 91 % de chances de gagner jusqu’à 160 000 $.

Comme l’indique le tableau ci-dessous, en réclamant sa rente à 60 ans, une personne est immédiatement pénalisée, ne touchant que 64 % du montant mensuel maximal contre 100 % à 65 ans et 158,8 % à 72 ans, soit l’âge maximal pour réclamer le RRQ.

Montants mensuels maximaux pour les gens qui commencent à recevoir leur rente de retraite en 2024

Tableau tiré de : Le choix du RRQ : le pari du perdant ravi, page 8

« Si nous avions montré l’écart monétaire entre 60 ans et 72 ans, il aurait été encore plus important. Une personne peut perdre jusqu’à environ 350 000 $ en faisant ce choix-là », souligne Nicolas Monette.

Dans leurs calculs, les auteurs ont pris l’exemple le plus simple, « l’âge neutre de 65 ans du RRQ, soit celui où il n’y a pas de bonification ni de pénalité ».

Cependant, à la fin de l’étude, ces derniers suggèrent que le gouvernement provincial augmente l’âge neutre, pour inciter encore davantage les Québécois à retarder leur rente du RRQ, ce qui leur permettrait d’optimiser leur valeur nette financière.

« Tout tend vers l’idée que les gens, potentiellement, ne pourront pas prendre leur retraite aussi jeunes qu’autrefois, parce qu’on est en santé plus longtemps et qu’on vit plus longtemps. Avant, les gens prenaient leur retraite à 60 ans parce qu’ils mouraient à 75 ans. Si on vit jusqu’à 90 ans, on pourrait arrêter de travailler à 70 ans », suggère le conseiller.

« Le report est presque toujours la meilleure solution, dit-il. À la limite, peut-être pas à 72 ans, mais plus que 60 ans assurément. »

L’IMPORTANCE DES CONSEILLERS

« Il y a beaucoup de travail cognitif à faire au niveau de la société pour briser cette image que la retraite doit être prise à 60 ans, que c’est l’âge magique », estime Nicolas Monette.

D’où l’importance de consulter un professionnel en gestion de patrimoine et en planification de la retraite avant de prendre une telle décision.

« Toute personne qui arrive à un âge où il devient pertinent de ne plus travailler devrait consulter un planificateur financier pour planifier sa retraite, afin de déterminer si cela est faisable, à quel âge cela est possible, et quel niveau de vie elle pourra maintenir à la retraite en fonction des liquidités qu’elle a accumulées. »

« Quant à nous, continue-t-il, c’est notre devoir, notre travail et notre responsabilité de conseiller au meilleur de nos compétences afin de maximiser le patrimoine des familles. Et l’une des décisions les plus importantes pour lesquelles nous devrions assister nos clients concerne l’âge auquel ils devraient prendre la rente du Québec et celle du fédéral. »


[1] Monette, Nicolas, Les facteurs déterminants pour une optimisation du RRQ chez les Québécois et les Québécoises à l’approche de la retraite. Sous la direction de Marc Bachand.

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Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante.