IA : un moteur pour les services financiers

Par Carole Le Hirez | 15 October 2025 | Last updated on 5 December 2025
4 min read
Une technologie commerciale performante dans votre main. Main d'homme tenant un graphique futuriste en croissance au centre et un circuit imprimé avec des transferts de données vibrantes, représentant la technologie de négociation évolutive du futur.
da-kuk / iStock

Plus qu’un outil technologique, l’intelligence artificielle (IA) permet des gains énormes de productivité et renforce la collaboration entre les banques et les entreprises de technologies financières, selon des participants à une table ronde organisée dans le cadre du Forum Fintech, tenu en septembre à Montréal.

Pour Julien Crowe, directeur principal, intelligence artificielle, à la Banque Nationale, l’IA exerce déjà un effet transformateur dans tous les segments de la banque : du front au back office, en passant par la génération de revenus, la réduction des coûts et la gestion des risques.

« Cela ne veut pas dire que c’est facile d’obtenir le résultat espéré. Mais la rentabilité de l’investissement est bien réelle lorsqu’on parvient à bien intégrer la technologie. L’IA a déjà un impact tangible sur les résultats financiers de la banque, et son rôle va s’intensifier », affirme-t-il.

Il observe que les grandes institutions financières, malgré des moyens importants, ne peuvent pas tout développer en interne. Le rythme effréné de l’innovation les amène à conclure des alliances avec des entreprises qui innovent plus rapidement. « Les fintechs ont démontré leur capacité d’innover rapidement. Donc je pense que ce n’est pas une option », résume-t-il.

L’intégration de l’IA dans les banques pourrait également bénéficier d’une plus grande littératie technologique chez les employés et les clients, et d’une culture organisationnelle plus souple, juge-t-il.

OPPORTUNITÉ STRATÉGIQUE

Pour Malik Yacoubi, cofondateur et PDG de la fintech montréalaise Nesto, spécialisée dans le financement hypothécaire, les institutions financières canadiennes doivent d’abord assainir leur fondation technologique pour exploiter efficacement l’IA, notamment en adoptant l’infonuagique. La fintech a lancé récemment une solution dans ce domaine.

Nesto voit dans l’IA une opportunité et non une menace pour son développement futur. Selon le dirigeant, ce n’est pas demain la veille que les banques se mettront à développer leurs propres technologies d’IA. Il y a donc un marché à saisir pour des entreprises technologiques innovantes.

Cette technologie aidera également les fintechs à être plus performantes. « Nous prévoyons augmenter la performance de l’entreprise de 100 % en un an grâce à l’IA », dit Malik Yacoubi. Cela passera notamment par l’automatisation des tâches répétitives et l’augmentation des capacités humaines par des outils robotiques.

Actuellement, Nesto utilise l’IA surtout pour améliorer ses processus internes (activités, finances, ressources humaines, analyse de données) ainsi que pour exploiter les données clients en vue d’optimiser l’expérience utilisateur.

REPENSER L’EXPÉRIENCE UTILISATEUR

Pour Patrick Surry, responsable des données scientifiques chez Hopper, une entreprise dans le domaine du voyage, l’IA va plus loin. Elle amène à reconsidérer de fond en comble la conception des services financiers pour les utilisateurs. « Je crois que l’une des évolutions les plus importantes est de revoir (…) tout ce que nous faisons en tant que produit pour l’utilisateur. La barre est vraiment élevée », dit-il.

Il prévoit des évolutions majeures dans deux secteurs stratégiques : les interfaces utilisateurs et la valorisation des données. Avec ses interfaces universelles, l’IA change la manière dont les clients interagissent avec les services financiers. « On a passé beaucoup de temps à construire des interfaces pour les humains qui parlent à des ordinateurs en cliquant et en pointant, et l’IA va complètement changer comment on pense à ça », dit-il.

Dans le cadre de son modèle d’affaires, Hopper collecte chaque jour des millions de données en provenance des aéroports. Elle veut faire de ces données un avantage compétitif. « Avoir des données uniques qui ne sont pas à l’intérieur de ChatGPT, c’est valable. L’IA va magnifier l’importance de ces données sous-estimées », souligne Patrick Surry.

INNOVER SANS OPÉRER À CŒUR OUVERT

Ellen Linardi, cheffe des produits et de la technologie chez Synctera, pointe un défi majeur des banques en lien avec l’IA : la rigidité de leurs infrastructures technologiques. « Modifier ces systèmes revient souvent à pratiquer une opération à cœur ouvert. Remplacer complètement cette technologie est irréaliste, sauf si l’on a construit sa propre infrastructure », explique-t-elle. Elle envisage plutôt une approche qui consiste à ajouter des services adjacents plutôt que remplacer le cœur du système, afin d’innover plus vite tout en limitant les risques.

Elle attire aussi l’attention sur l’urgence de répondre aux attentes croissantes des consommateurs à l’échelle mondiale : accès instantané à l’argent, transferts rapides à moindre coût, interopérabilité internationale des systèmes. « Si les banques n’innovent pas rapidement, ces fonctions seront développées en dehors du système bancaire traditionnel, ce qui affaiblira leur position », prévient-elle.

Qu’il s’agisse d’optimiser les processus internes, de repenser l’expérience utilisateur ou de répondre à des attentes des clients à l’échelle internationale, l’IA peut stimuler l’innovation dans le secteur, ont fait savoir les participants à la table ronde. Pour surfer sur cette vague, il reste toutefois aux banques à faire évoluer leur culture et leur infrastructure, tout en nouant des alliances avec des entreprises plus agiles qu’elles.

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Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.