Aider la génération Z à trouver l’équilibre financier

Par Jonathan Got | 24 November 2025 | Last updated on 21 November 2025
4 min read
Jeune adulte au sommet d'une montagne
Photo : South_agency / iStock

Si tous les clients ressentent une forme de pression sociale, les jeunes adultes, plus exposés au contenu des réseaux sociaux, y sont particulièrement vulnérables, souligne Shawn Filion, conseiller principal chez Desjardins, à Cornwall (Ont.).

Ils voient défiler les mêmes plateformes où l’on glorifie la consommation et où pullulent des finfluenceurs douteux.

Un sondage de TD publié en octobre révèle que 53 % des Canadiens nés en 1997 ou après avouent ressentir la pression de projeter une certaine image financière en ligne ; une proportion plus élevée que chez les millénariaux (45 %), la génération X (23 %) et les boomers (14 %).

Et si un jeune sur cinq (19 %) s’intéresse à l’achat d’une maison, la moitié avoue dépenser davantage pour les voyages et les sorties au restaurant.

Dans le même temps, des objectifs de long terme comme la retraite reposent davantage sur l’épargne personnelle, les régimes à prestations déterminées disparaissant progressivement, alors que les prix des maisons ont largement dépassé l’inflation, souligne Kate Childerhose, conseillère chez Edward Jones à London (Ont.).

« Ce n’est pas nécessairement du gaspillage. Ils ont simplement bien plus de priorités concurrentes que les générations précédentes », soutient-elle.

Selon les conseillers habitués à cette clientèle, la clé consiste :

  • à contrer les mauvais conseils par de bons conseils,
  • à suivre l’évolution de leurs attitudes financières au fil de leur revenu
  • et à les aider à trouver l’équilibre entre profiter du moment présent et bâtir leur avenir.

DÉMYSTIFIER, RASSURER ET RENFORCER LA CONFIANCE

Les jeunes adultes sont souvent mieux informés financièrement que leurs aînés au même âge, mais ils consomment aussi davantage de contenu non réglementé, qui peut susciter un intérêt pour des cryptomonnaies ou d’autres placements spéculatifs, note Leslie Logan, planificatrice financière principale chez Gestion de patrimoine TD, à Toronto.

Lorsque ces questions surgissent, le conseiller doit expliquer pourquoi ces produits ne correspondent pas forcément aux objectifs du client.

Le contexte social pèse lui aussi : les amis, qui ne sont pas toujours au même stade de vie, peuvent influencer leur vision financière. « Ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas forcément pour l’autre », rappelle Kate Childerhose.

Si un client évoque une stratégie inadaptée, demandez-lui d’où vient l’information et remplacez les idées reçues par des conseils fiables.

Les parents, eux, tentent souvent d’inculquer de bonnes habitudes, mais ont de la difficulté à parler d’argent à la maison. Ils se tournent alors vers leur conseiller. « Je peux répéter les mêmes choses à mes enfants sans être entendue. Mais ils vont souvent écouter quelqu’un d’autre », constate Kate Childerhose.

L’objectif : donner au jeune adulte suffisamment de bons repères pour qu’il puisse prendre des décisions éclairées de façon autonome.

LES ATTITUDES ÉVOLUENT RAPIDEMENT

Entre 20 et 35 ans, les besoins et la vision de l’argent changent vite. Au début, un client Gen Z peut craindre qu’une erreur le fasse reculer longtemps. Les conseillers doivent alors l’aider à assimiler les bases financières, explique Leslie Logan.

Lorsqu’ils décrochent un premier emploi à temps plein, les jeunes négligent souvent les avantages offerts, notamment les options d’achat d’actions ou l’adhésion à un régime de pension. « Parfois, les actions ne sont acquises qu’après deux ans, mais ce type d’avantage peut aller très loin », précise-t-elle.

Offrir un espace sécuritaire où le client peut exprimer ses objectifs, ses défis et ses questions, demeure essentiel, souligne Shawn Filion.

Et lorsqu’une augmentation salariale survient, Kate Childerhose recommande de discuter de la façon de l’utiliser et de vérifier si elle suffit à couvrir l’inflation, certaines dépenses progressant plus vite que le coût de la vie.

TROUVER L’ÉQUILIBRE ET RENDRE L’ÉPARGNE PLUS ATTRAYANTE

Un jeune client peut viser l’achat d’une maison dans quelques années tout en souhaitant voyager maintenant, note Leslie Logan. Aider à prioriser les dépenses et montrer l’impact des choix actuels sur les objectifs futurs crée souvent une dynamique de « tiraillement », constate-t-elle.

Kate Childerhose distingue les essentiels des petits plaisirs. Elle utilise des projections affichées sur un écran de 60 pouces pour illustrer comment les dépenses immédiates influencent l’épargne future, moment où « l’ampoule s’allume » chez plusieurs clients.

Les conseillers peuvent aussi proposer la mise en place d’épargnes automatiques pour différents objectifs et diviser les cibles financières pour rendre l’avenir moins abstrait.

L’une des clientes Gen Z de Leslie Logan s’est récemment offert des billets pour un match de Série mondiale des Blue Jays, un achat coûteux, mais financé par un compte réservé aux dépenses « coup de cœur », sans entamer son plan d’épargne.

Shawn Filion suggère également de gamifier l’épargne : comparer l’évolution du patrimoine à une série gagnante dans un jeu vidéo, ou fixer des défis intermédiaires pour atteindre, par exemple, un premier million.

Et lorsque l’un de ces jalons est atteint, il faut le souligner. « C’est extrêmement gratifiant pour le client et pour le conseiller aussi », assure l’expert.

Le sondage en ligne bilingue de TD a été réalisé du 28 au 29 juillet par Edelman Data & Intelligence, via Harris Poll Omni, auprès d’un échantillon représentatif de 3 037 Canadiens, dont près de 500 âgés de 18 à 28 ans.

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Jonathan Got

Jonathan Got est journaliste pour Investment Executive.