Banques canadiennes : vers un nouveau paysage concurrentiel

Par La Presse Canadienne | 23 December 2025 | Last updated on 22 December 2025
6 min read
Bâtiments d'entreprise finance.
Pgiam / iStock

Les Canadiens qui ont regardé la Série mondiale de baseball cet automne ont peut-être remarqué un autre affrontement avec des enjeux élevés entre les matchs. 

RBC, la plus importante banque du pays, a diffusé des publicités dans lesquelles l’acteur Will Arnett vantait la confiance et les personnes réelles plutôt que les modes, tandis que la petite banque EQ Bank et le géant de la cryptomonnaie Coinbase ont présenté des publicités soulignant la nécessité d’un renouveau financier.

Ces publicités surviennent alors que le secteur bancaire canadien connaît des changements générationnels, notamment une vague de rachats de petits acteurs, l’émergence d’acteurs technologiques et un gouvernement fédéral qui a fait de grandes promesses et pris des mesures pour créer davantage de concurrence.

Bien que l’issue de cette évolution reste incertaine, il est clair que le secteur bancaire canadien est en pleine mutation.

« C’est très différent de ce que nous avons connu auparavant », a déclaré Adriana Vega, directrice générale de Fintechs Canada.

Elle s’est réjouie du fait que le gouvernement ait fait des ouvertures importantes dans le budget déposé cet automne pour renforcer la concurrence et qu’il ait rapidement commencé à tenir ses promesses en présentant un projet de loi qui comprenait des détails clés sur la mise en œuvre d’un système bancaire ouvert.

Ce système, également appelé « services bancaires axés sur le consommateur », a été salué par de nombreux acteurs comme le meilleur moyen de bouleverser le secteur. 

En donnant aux consommateurs le contrôle de leurs données financières, le système bancaire ouvert brise les silos entre les sociétés financières. Il facilite également la gestion centralisée de plusieurs comptes, la comparaison des offres et l’ajout de produits proposés par de nouveaux acteurs, ainsi que le transfert complet de comptes. 

Non seulement le gouvernement a déjà pris des mesures législatives pour le concrétiser, mais il a également affirmé explicitement que la promotion de la concurrence faisait partie de son mandat.

« C’était une demande importante pour le secteur », a affirmé Adriana Vega.

Et bien que le Canada ait pris du retard en matière de système bancaire ouvert, le gouvernement cherche à rattraper le temps perdu en incluant dans le mandat un large éventail de produits financiers, tels que les investissements et les prêts hypothécaires.

« Il ne s’agit pas vraiment de système bancaire ouvert, mais plutôt de finance ouverte. Il ne s’agit pas seulement pour le Canada de rattraper le reste du monde, mais aussi d’aller plus loin que de nombreux autres pays », a déclaré Steve Boms, directeur exécutif de la Financial Data and Technology Association.

Il se souvient avoir discuté pour la première fois de système bancaire ouvert avec l’ancien ministre des Finances Bill Morneau en 2016, mais il estime que cela pourrait désormais devenir une réalité, compte tenu de la conjoncture macro-politique.

« Il y a une telle volonté de rendre l’économie canadienne plus indépendante et plus compétitive, tant à l’échelle mondiale qu’au Canada, qu’on a vraiment l’impression que, cette fois-ci, c’est différent, et qu’il y a une réelle volonté d’y parvenir. »

Ces changements sont menés par le premier ministre Mark Carney, qui connaît déjà bien les avantages du système bancaire ouvert, puisqu’il était gouverneur de la Banque d’Angleterre lorsque le programme du pays a été mis en place en 2018.

« Il était aux premières loges », a souligné Andrew Spence, qui a écrit un livre dans lequel il affirme que les banques exploitent leurs clients. Il a œuvré dans le secteur et travaille désormais comme consultant.

Ces changements s’alignent également sur les conclusions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon lesquelles le système bancaire ouvert et l’accès des technologies financières au système sont les meilleurs moyens de garantir une concurrence efficace.

« Le budget a pour la première fois signalé un engagement politique significatif en faveur de l’introduction de la concurrence dans le secteur », a déclaré Andrew Spence.

DE NOUVELLES POSSIBILITÉS

Ces nouvelles perspectives de concurrence interviennent toutefois alors que d’autres tendances risquent de réduire le choix. 

Une vague de consolidation ces dernières années a vu RBC racheter HSBC Canada, tandis que la Banque Nationale a acquis la Canadian Western Bank et est sur le point d’acquérir le portefeuille de détail de la Banque Laurentienne.

Cela ne signifie pas nécessairement une diminution de la concurrence, selon Claire Celerier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en finances des ménages à la Rotman School of Management de l’Université de Toronto.

« Il n’y a aucune preuve qu’il existe un nombre idéal d’institutions pour assurer la concurrence. On pourrait avoir un marché très concurrentiel avec seulement quatre banques », a soutenu Claire Celerier. 

Selon elle, les facteurs les plus importants sont le niveau d’information des consommateurs et leur degré d’autonomie.

« Si les frais sont totalement transparents et si les gens peuvent changer de banque très facilement, cela peut être extrêmement efficace », a souligné Claire Celerier. 

Le gouvernement fédéral a au moins fait des promesses sur ces deux points.

Dans son budget, il a annoncé qu’il allait interdire les frais liés au transfert des comptes d’investissement et des comptes enregistrés, qui s’élèvent actuellement souvent à 150 $ par opération, tout en s’engageant de manière plus vague à collaborer avec les banques pour faciliter le transfert des comptes.

Le gouvernement fédéral a également chargé l’Agence de la consommation en matière financière du Canada d’examiner la structure, le niveau et la transparence des frais facturés par les banques canadiennes, et a fait savoir qu’il étudierait la possibilité d’améliorer la transparence des frais de transfert transfrontaliers. 

Les promesses visant à faciliter le transfert de comptes interviennent également alors que les développements récents pourraient offrir de nouvelles possibilités.

Wealthsimple a élargi son offre bancaire, notamment en lançant sa première carte de crédit cette année, tandis qu’en novembre, Questrade Financial Group a obtenu la licence bancaire qu’elle avait demandée en 2019. 

Et, au début du mois de décembre, EQ Bank, la seule banque cotée en bourse excluant les six grandes banques, a annoncé un partenariat avec Loblaw qui lui permettra de reprendre le portefeuille PC Financial du distributeur alimentaire et de l’ajouter comme investisseur majeur. 

Il existe également un potentiel de concurrence accrue du côté des coopératives de crédit, car le budget promet également de faciliter les consolidations et le passage au statut de coopérative de crédit nationale.

Si l’Association des banquiers canadiens soutient qu’il existe déjà une forte concurrence au pays, les mesures en cours pourraient contribuer à la renforcer et révéler le potentiel d’un système plus dynamique.

Michael Hatch, vice-président des relations gouvernementales à l’Association canadienne des coopératives financières, a déclaré que les membres étaient enthousiasmés par ce qui les attendait.

« Dans la mesure où nous pouvons mettre en place des politiques […] qui encouragent davantage d’institutions à se faire concurrence d’un océan à l’autre pour attirer les Canadiens, nous aurons évidemment un secteur plus concurrentiel, de meilleurs services et des prix plus bas pour les consommateurs. »

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