BDO Canada tire la sonnette d’alarme sur l’écart de productivité au pays

Par La rédaction | 17 March 2025 | Last updated on 14 March 2025
4 min read
Un bras tenant un panneau avertisseur.
erhui1979 / iStock

Malgré ses ressources naturelles abondantes, sa main-d’œuvre hautement qualifiée et ses institutions solides, le Canada fait face à un défi économique majeur que BDO Canada qualifie de « paradoxe de la productivité ». Une étude récente réalisée par le groupe dévoile les facteurs contribuant à cet écart persistant et propose des recommandations concrètes pour redresser la situation.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un travailleur canadien doit fournir 1,4 fois plus d’efforts que son homologue américain pour générer la même valeur ajoutée à l’économie. En 2021, les investissements canadiens en technologies de l’information et des communications ne représentaient que 2,5 % du PIB, contre 3,7 % aux États-Unis. Quant au taux d’innovation commerciale du Canada (36 %), il reste bien en deçà de la moyenne de l’OCDE (45 %) et loin derrière les États-Unis (50 %).

« Le paradoxe de la productivité du Canada nécessite une attention urgente, surtout dans notre paysage géopolitique incertain et de plus en plus complexe », souligne Jeff Chapman, associé directeur des Services-conseils de BDO Canada. Cette urgence est d’autant plus palpable que l’OCDE prédit que le Canada sera au dernier rang du rendement des pays membres avancés au cours des quatre prochaines décennies en matière de PIB réel par habitant.

UN FREIN CULTUREL À L’INNOVATION
Parmi les causes identifiées figure un obstacle culturel majeur : la peur de l’échec. Avec un taux d’aversion au risque de 55 %, les Canadiens se montrent nettement plus frileux que leurs voisins américains (45 %) et que la moyenne des pays développés (44 %). Cette aversion au risque entrave l’innovation et freine les investissements dans de nouvelles initiatives.

Le rapport pointe également du doigt l’insuffisance des investissements en recherche et développement, plaçant le Canada au 19e rang des pays de l’OCDE en pourcentage du PIB consacré à ce domaine. À cela s’ajoute une adoption limitée des technologies avancées, notamment en intelligence artificielle, un taux qui s’établit à 22 %, ce qui place le Canada à l’avant-dernier rang parmi les pays du G7.

LE SECTEUR : DES DÉFIS PERSISTANTS
Le rapport dresse le portrait dans quelques secteurs d’activités, dont les services financiers, qui font figure d’exceptions relatives dans ce tableau. Entre 2000 et 2019, les secteurs de la finance, de l’assurance, de l’immobilier et de la location/crédit-bail ont affiché un taux de croissance de la productivité de la main-d’œuvre de 1,74 %, dépassant la moyenne nationale de 0,96 % tous secteurs confondus.

Malgré cette performance, le secteur financier canadien se situe simplement dans la moyenne des pays de l’OCDE, laissant entrevoir un potentiel d’amélioration significatif. Deux obstacles majeurs freinent sa progression :

  1. Un environnement réglementaire exigeant qui, bien que nécessaire pour protéger les consommateurs et assurer la stabilité du marché, peine à suivre le rythme des avancées technologiques comme l’intelligence artificielle générative (IAG).
  2. Une adoption technologique hésitante, particulièrement visible dans les établissements financiers de taille moyenne qui tardent à faire évoluer leurs projets pilotes d’IAG vers une implantation à grande échelle.

« Pour assurer une adoption réussie des nouvelles technologies, il est essentiel de les déployer en portions plus petites et plus fréquentes, et de recueillir une rétroaction continue, explique Rishan Lye, associé et chef des Services-conseils de BDO Canada. En acceptant les imperfections et en maintenant la lancée, les organisations peuvent favoriser une main-d’œuvre plus engagée et plus productive. »

DES RECOMMANDATIONS CONCRÈTES
Face à ces défis, BDO Canada formule plusieurs recommandations pour améliorer la productivité des entreprises canadiennes, notamment :

  • augmenter les investissements en recherche et développement pour rehausser le capital humain et la compétitivité ;
  • adopter les nouvelles technologies tout en s’assurant que cette adoption est efficace ;
  • développer des partenariats stratégiques pour accélérer la croissance ;
  • favoriser une culture de l’innovation qui encourage l’expérimentation et la prise de risques ;
  • et maximiser les incitatifs et programmes gouvernementaux disponibles.

Pour le secteur financier spécifiquement, le rapport recommande d’effectuer un audit complet des processus d’adoption technologique, d’impliquer uniquement les intervenants pertinents dans la prise de décisions, et d’adopter une approche progressive dans le déploiement des nouvelles technologies.

« On a tous vu des panneaux qui disent “En cas d’urgence, casser la vitre”. Eh bien, c’est le temps de la casser », affirme la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Rogers devant l’urgence de la situation.

Dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis et face aux défis de la transition verte, combler cet écart de productivité n’est plus une option, mais une nécessité pour assurer la compétitivité et la prospérité future du Canada, conclut BDO.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction