Beau fixe sur le revenu fixe

Par Nicolas Ritoux | 3 December 2024 | Last updated on 2 December 2024
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Un homme d’affaires regarde vers la ville à l’horizon à travers une longue-vue.
nazarkru / iStock

Plus de stabilité, moins de volatilité : c’est le programme en perspective pour les placements à revenu fixe, croit Adam Ditkofsky, gestionnaire de portefeuille principal, titres à revenu fixe, Gestion d’actifs CIBC.

L’inflation s’est assagie cette année, tombant à 2 % au Canada et se situant entre 2,5 % et 3 % aux États-Unis selon la méthode de calcul privilégiée. Il semblait donc naturel que la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine (Fed) réduisent toutes deux leurs taux.

Le PIB canadien est soutenu par une forte immigration, ayant entraîné une croissance annuelle de la population de 3 %, ce qui a permis à la Banque du Canada de réduire son taux directeur de 1,25 % le ramenant ainsi à 3,75 %. Aux États-Unis, où l’inflation est demeurée plus élevée, la Fed n’a réduit son taux que de trois quarts de point, le faisant passer à 4,75 %.

Sur les marchés obligataires, ces décisions se sont traduites par un redressement de la courbe de rendement : les titres à court terme ont vu leur rendement diminuer, tandis que ceux à long terme ont connu l’effet inverse.

« L’an dernier à pareille date, la courbe de rendement était inversée, et on y voyait un signe de récession prochaine. Mais il semble que les banques centrales sont finalement parvenues à réaliser un atterrissage en douceur », note Adam Ditkofsky.

Le marché obligataire canadien a généré un rendement de 3,2 % depuis le début de l’année, et de 6,6 % au cours des six derniers mois, en raison des baisses de taux des banques centrales. Les obligations de sociétés ont surperformé par rapport à l’ensemble du marché, avec un rendement de 5,4 % depuis le début de l’année. L’écart de rendement avec les obligations gouvernementales s’est resserré à seulement 1 %, mais cela n’a pas refroidi l’intérêt des investisseurs. Un phénomène similaire est observable aux États-Unis.

« Les profits des sociétés sont historiquement favorisés par les politiques d’assouplissement monétaire, et c’est le cas encore cette fois. En conséquence, il y a beaucoup d’argent actuellement investi dans le système, tant dans les obligations que dans les marchés monétaires qui offrent aussi de bons rendements », observe Adam Ditkofsky.

Mais l’assouplissement va-t-il se poursuivre ? Les marchés des contrats à terme laissent envisager de nouvelles réductions de taux par la Banque du Canada, qui pourrait les ramener à 2,75 % d’ici 12 mois. Aux États-Unis, les prix actuels suggèrent deux à trois réductions supplémentaires, pour amener le taux des fonds fédéraux prèsdes 3 %. Mais les prévisions ont beaucoup évolué tout au long de l’année en fonction des données socio-économiques, et cette incertitude risque de se poursuivre. 

« Ce genre de prévisions influence surtout les obligations à court terme. Les titres à long terme sont plutôt affectés par la cible finale que par le rythme des réductions qui permettront de l’atteindre. Les rendements à court terme pourraient donc être volatiles dans les prochaines semaines, mais ceux à long terme prennent déjà en compte le résultat final », explique Adam Ditkofsky.

Dans ce contexte, l’expert entrevoit des rendements d’environ 3 % pour les obligations canadiennes sur cinq ans contre 3,25 % sur dix ans.

Aux États-Unis, la triple victoire du camp républicain à la présidence, au Sénat et à la chambre des représentants permettra à Donald Trump d’appliquer en bonne partie son programme, notamment en termes de tarifs douaniers, d’immigration, de baisses d’impôt et de déréglementation. Ces mesures ont pour but de gonfler le PIB à moyen terme. Elles pourraient donc avoir un effet inflationniste, ce qui n’est pas bon pour les obligations. Mais il est encore difficile de prédire à quel degré et à quel rythme elles seront appliquées.

L’expert souligne que le marché du revenu fixe a évolué depuis les hausses de taux de 2022, qui ont attiré de nombreux investisseurs. Désormais, il offre désormais des possibilités bien au-delà des obligations classiques, telles que les fonds de rendement stratégique, les fonds à maturité cible, et les fonds intégrant des produits dérivés pour exploiter certaines inefficacités du marché obligataire.

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.