Capital-investissement : un rebond, mais pression sur les rendements

25 February 2026 | Last updated on 24 February 2026
5 min read
Flèche en néon rouge rebondissant vers le haut
Photo : PeskyMonkey / iStock

Après trois années de ralentissement, le capital-investissement mondial a nettement repris des couleurs en 2025. Les transactions ont redécollé, les sorties se sont raffermies et les introductions en Bourse soutenues par des fonds ont fait un retour remarqué. Mais derrière ce regain d’activités, le terrain est devenu plus technique et plus exigeant. C’est le constat du Rapport mondial sur les marchés privés 2026 de McKinsey & Company.

L’étude révèle un environnement plus mature, plus concurrentiel et structurellement transformé. Les règles du jeu changent : moins d’effet de levier, plus de discipline sur les prix, et une place centrale accordée à la création de valeur opérationnelle.

RETOUR DES GRANDES TRANSACTIONS

L’année 2025 marque un rebond significatif. La valeur mondiale des transactions en capital-investissement a progressé de 19 %, pour atteindre 2 600 milliards de dollars américains (G$ US). Les opérations de rachat (buyout) représentent près des trois quarts de cette hausse, avec une progression de 20 % et un volume frôlant 1 800 G$ US.

Les transactions supérieures à 500 millions de dollars (M$) ont bondi de 44 %, dépassant les 1 000 G$, un record, supérieur même au pic de 2021. Les mégatransactions de plus de 2,5 G$ ont également fait leur retour.

Mais ce rebond s’accompagne d’un paradoxe : le nombre total de transactions a reculé de 5 %. Autrement dit, la hausse provient avant tout d’opérations plus grosses, réalisées par des acteurs de grande taille. Les fonds capables de piloter des transactions majeures exercent désormais une influence disproportionnée sur les statistiques globales.

L’AMÉRIQUE DU NORD EN TÊTE, L’ASIE EN RETRAIT

La reprise est inégale selon les régions. En Amérique du Nord, la valeur des rachats a progressé de 29 %, représentant 57 % de la valeur mondiale. L’Europe affiche une croissance plus modérée (+8 %), tandis que l’Asie-Pacifique recule de 3 %.

Cette divergence régionale se retrouve dans les grandes transactions : les rachats nord-américains supérieurs à 500 M$ ont grimpé de 74 %, alors que l’Asie a enregistré un recul de 5 %.

DES VALORISATIONS À DES SOMMETS

Le retour des mégatransactions s’accompagne d’une pression accrue sur les prix. Le multiple médian payé par les fonds de rachat a atteint 11,8 fois l’EBITDA en 2025, un sommet historique.

Pour les transactions de plus de 500 M$, les multiples moyens dépassent largement ce niveau. La rareté des actifs de qualité et l’abondance de capitaux non déployés alimentent cette « fuite vers la qualité ».

Le phénomène est accentué par l’accumulation de « dry powder » vieillissant. Plus de 40 % des capitaux disponibles pour l’investissement sont en attente depuis plus de deux ans. Cette pression à déployer les fonds peut inciter certains gestionnaires à accepter des valorisations élevées.

Conséquence directe : plus le prix d’entrée est élevé, plus la création de valeur opérationnelle devient essentielle pour générer des rendements satisfaisants.

DES RENDEMENTS SOUS PRESSION

Malgré le rebond des volumes, les rendements restent modestes comparativement aux marchés publics dopés par l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle (IA). En 2025, les fonds de rachat du premier quartile ont affiché un taux de rendement interne moyen de 7 %, contre 18 % pour l’indice S&P 500 et 22 % pour MSCI World.

Les millésimes plus anciens, notamment ceux de 2015 à 2017, tirent la moyenne vers le bas. Ils génèrent des rendements d’environ 2 %, ce qui pèse sur la performance globale de la décennie.

Pour McKinsey, les facteurs qui ont porté les rendements entre 2010 et 2022 — expansion des multiples et levier bon marché — se sont largement épuisés. Entre 2010 et 2022, 59 % des rendements provenaient du levier et de l’expansion des multiples. Désormais, l’accent se déplace vers la croissance des revenus et l’amélioration des marges.

L’IA COMME CATALYSEUR… ET COMME FILTRE

L’intelligence artificielle s’impose comme un facteur structurant. Les secteurs de la santé (+51 %), des technologies (+29 %) et de l’énergie (+28 %) figurent parmi ceux ayant connu les plus fortes hausses de valeur en 2025.

Mais l’impact de l’IA dépasse la sélection sectorielle. Elle modifie la manière dont les équipes d’investissement évaluent les actifs : avantage concurrentiel lié aux données, capacité à automatiser des processus, résilience des marges face aux transformations technologiques.

Les fonds les plus avancés intègrent désormais explicitement l’IA dans leurs thèses d’investissement et leurs plans de création de valeur. D’autres expérimentent encore sans en tirer de gains significatifs. L’écart entre leaders et suiveurs se creuse.

UN EMBOUTEILLAGE À LA SORTIE

Du côté des sorties, la valeur globale des désinvestissements a progressé de 41 %, atteignant 1 300 G$, soit le deuxième plus haut niveau jamais enregistré. Les introductions en Bourse soutenues par des fonds ont presque doublé en valeur.

Cependant, le nombre total de sorties a diminué de 15 %. Surtout, l’arriéré d’entreprises détenues depuis plus de quatre ans atteint environ 16 000 sociétés, soit 52 % du portefeuille mondial de rachats. Les périodes de détention dépassent désormais en moyenne six ans et demi.

Pour répondre aux besoins de liquidité des investisseurs institutionnels, les fonds ont recours à des solutions alternatives : ventes secondaires, véhicules de continuation, financements adossés à la valeur nette d’actifs. Les transactions sur le marché secondaire ont progressé de 48 % en 2025 pour atteindre 240 G$.

VERS UN SECTEUR PLUS MATURE

Pris isolément, certains indicateurs pourraient suggérer un environnement plus risqué : valorisations élevées, rendements sous pression, liquidité contrainte. Mais pour les auteurs du rapport, ces signaux traduisent surtout la maturation d’une industrie.

Dans ce nouveau contexte, l’exposition à la classe d’actifs ne suffit plus. La performance dépend davantage de choix stratégiques précis : discipline sur les prix d’entrée, spécialisation sectorielle, profondeur des équipes opérationnelles, capacité à intégrer l’IA, qualité du leadership des entreprises en portefeuille.

En somme, le private equity n’est plus une question de « timing du prochain cycle », mais de positionnement stratégique. Les « véhicules » mal équipés pour un terrain plus accidenté risquent de décrocher. Les gestionnaires capables de générer de l’alpha par l’exécution opérationnelle et l’innovation organisationnelle continueront, eux, à tirer leur épingle du jeu.

Abonnez-vous à nos infolettres