Des banques américaines abandonnent l’alliance Net-Zero

Par Sylvie Lemieux | 16 January 2025 | Last updated on 15 January 2025
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Embrasure de porte et homme d'affaires.
timoph / iStock

Un mouvement agite le secteur financier : les principales institutions financières américaines quittent tour à tour la Net-Zero Banking Alliance (NZBA), un regroupement international créé en 2021 lors de la COP26 à Glasgow. Morgan Stanley et BlackRock sont les dernières en date à annoncer leur départ, rejoignant ainsi Bank of America, Goldman Sachs, Citigroup, JP Morgan Chase et Wells Fargo qui ont déjà quitté l’alliance ces dernières semaines, rapporte bfmtv.com.

Cette vague de défections affaiblit considérablement la NZBA, qui rassemblait initialement plus de 140 banques issues d’une quarantaine de pays. L’alliance avait pour objectif d’atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre dans les activités de prêts, d’investissements et de marchés de capitaux d’ici 2050.

L’ESG, UN TERRAIN DE BATAILLE DEVENU POLITIQUE
Ces départs s’expliquent principalement par un contexte politique tendu aux États-Unis, où l’ESG (environnement, social et gouvernance) est devenu un sujet de polarisation. Tandis que les progressistes soutiennent ces mesures, les conservateurs dénoncent un « capitalisme woke », relate un article de Zone Bourse. Les républicains accusent les banques de restreindre le financement des énergies fossiles, créant ainsi une distorsion de la concurrence. Certains États, notamment le Texas, menacent même d’entamer des poursuites judiciaires.

Dans ce climat de tensions, les banques américaines tentent de maintenir leur engagement environnemental tout en se distanciant de l’alliance. Morgan Stanley, par exemple, affirme vouloir « contribuer à la décarbonisation de l’économie réelle » et maintenir ses objectifs de réduction d’émissions pour 2030, mais en dehors du cadre de la NZBA.

Cette tendance dépasse le secteur bancaire : l’Alliance de Glasgow, regroupant les assureurs, a perdu deux tiers de ses membres récemment. Les gestionnaires d’actifs comme Vanguard réduisent également leur soutien aux résolutions ESG, illustrant un mouvement plus large de recul face aux pressions politiques.

À l’inverse, les principales banques françaises, dont BNP Paribas, Crédit Agricole SA, et Société Générale, maintiennent leur engagement au sein de la NZBA, marquant une différence d’approche significative entre les deux côtés de l’Atlantique.

LES BANQUIERS CANADIENS EN RÉFLEXION
Le mouvement pourrait se transporter au Canada. Selon Financial Post, la Banque Royale du Canada (RBC) et la Banque de Montréal (BMO) montrent des signes de distanciation vis-à-vis de l’alliance climatique. Dave McKay, directeur général de RBC, a récemment suggéré qu’un retrait de la NZBA ne signifierait pas nécessairement un désengagement de leurs objectifs climatiques. Dans la même veine, Darryl White, directeur général de BMO, a remis en question la pertinence du « mécanisme » de l’alliance, tout en réaffirmant l’engagement de sa banque dans la transition énergétique.

Cette position ambivalente des banques canadiennes s’explique notamment par leur rôle majeur dans le financement des énergies fossiles. En 2024, quatre banques canadiennes — la Banque Toronto-Dominion, RBC, BMO et CIBC — figuraient parmi les dix plus importants financeurs du secteur pétrolier, gazier et charbonnier, selon un rapport d’Investors for Paris Compliance.

Les six principales banques canadiennes, qui avaient rejoint collectivement la NZBA en octobre 2021, semblent, elles aussi, être tiraillées entre leurs engagements climatiques et leurs intérêts commerciaux dans le secteur des énergies fossiles.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.