Des ex-cadres de la CDPQ au cœur d’une histoire de corruption

Par La rédaction | 3 December 2024 | Last updated on 2 December 2024
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Édifice de la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Photo : Josie_Desmarais / iStock

Deepak Malhotra, ex-directeur, infrastructures, à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Saurabh Agarwal ex-directeur de la CDPQ en Inde et Cyril Cabanes qui était vice-président, infrastructures, de la CDPQ pour l’Asie-Pacifique ont été accusés aux États-Unis dans une histoire de corruption.

Ce stratagème serait en lien avec des contrats obtenus par le producteur d’énergie solaire Azure Power Global, une société dans laquelle la CDPQ avait investi pour la première fois en 2016, avant d’en devenir l’actionnaire majoritaire en 2020. Avec plus de 600 millions de dollars canadiens investis, la CDPQ possédait ainsi une participation de 53,4 % dans l’entreprise, selon La Presse.

Un placement qui a coûté plus d’un demi-milliard de dollars au régime de retraite public québécois puisque l’entreprise a vu son titre s’effondrer. Le 29 août 2022, le titre a ainsi chuté de 44 % suite au déclenchement d’une enquête interne en raison d’allégations soulevées par un lanceur d’alerte à propos de manipulations de données et d’informations. Le titre d’Azure a été radié de la Bourse de New York peu après.

UN STRATAGÈME QUI COÛTE CHER AUX QUÉBÉCOIS

Les trois ex-employés de la CDPQ qui ont été accusés le 24 octobre dernier à New York auraient participé à ces manipulations d’informations. Cyril Cabanes, Saurabh Agarwal et Deepak Malhotra et cinq autres hommes d’affaires indiens auraient ainsi participé à partir de 2020 à un système de pots-de-vin totalisant 250 millions de dollars américains pour obtenir frauduleusement des contrats d’électricité.

« Les défendeurs ont orchestré un système élaboré pour corrompre des représentants du gouvernement indien et obtenir des milliards de dollars en contrats », selon le communiqué d’un procureur de New York, publié le 20 novembre dernier.

Outre les trois hommes, l’ex-PDG Ranjit Gupta, prédécesseur de Saurabh Agarwal à la tête d’Azure, est également mis en cause. C’est lui qui aurait informé son successeur, ainsi que les représentants de la Caisse, des pots-de-vin ayant permis à Azure d’obtenir les deux premières phases de contrats pour la production d’énergie solaire, totalisant près de 3000 mégawatts.

Selon l’acte d’accusation du département de la Justice aux États-Unis, les ex-dirigeants d’Azure et de la CDPQ se seraient associés à leur principal concurrent, le groupe Adani pour payer les pots-de-vin aux officiels Indiens. Les deux entreprises voulaient ainsi mettre la main sur des contrats susceptibles de générer des profits de 2 milliards de dollars américains sur 20 ans.

En avril 2022, Rupesh Agarwal, alors PDG d’Azure, ainsi que deux représentants de la CDPQ auraient rencontré les dirigeants d’Adani, qui les auraient informés des différents éléments du système de corruption.

Rupesh Agarwal aurait ensuite élaboré « plusieurs analyses sur PowerPoint et Excel pour évaluer quel paiement de corruption serait le plus avantageux pour l’entreprise ».

En plus de cela, les trois anciens dirigeants de la CDPQ ont tenté de faire entrave aux enquêtes d’un grand jury américain, du FBI et de la Securities and Exchange Commission sur leur système de corruption en effaçant notamment du matériel électronique, tels que des courriels et des documents sur les stratégies de corruptions.

Contactée par La Presse, la CDPQ n’a pas voulu commenter l’affaire puisque les procédures sont encore en cours. Elle a juste précisé via son directeur des communications Jean-Benoît Houde être au courant des accusations qui ont été portées contre ses ex-cadres et a rappelé que ces derniers « ont tous été congédiés en 2023 ». Elle a également souligné qu’elle coopérait avec les autorités américaines dans le cadre de leur enquête.

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La rédaction